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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107441

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107441

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPONS-GUEDDICHE VALENTINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 décembre 2021 et 15 février 2022, M. C A, représenté par Me Pons-Gueddiche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation en fait et en droit ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L 435-1, L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Pons-Gueddiche, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant tunisien, née le 5 novembre 1996, est entré en France, pour la dernière fois, le 1er janvier 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 25 décembre 2016. L'intéressé a sollicité, le 4 mai 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 novembre 2021 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, l'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la circonstance que le préfet ait indiqué que le requérant envisageait une reprise future de ses études alors qu'il a validé sa licence d'histoire avant de solliciter son admission exceptionnelle au séjour ne saurait être regardée comme révélant un défaut d'examen circonstancié de sa situation ou une erreur de fait dès lors que l'intéressé a expressément fait part de sa volonté d'effectuer une année de service civique avant, précisément, de reprendre ses études. Au demeurant, il est constant que l'intéressé s'était inscrit en troisième année de licence d'histoire puis en deuxième année de licence de sociologie alors qu'il était dépourvu de tout titre de séjour l'autorisant à suivre des études en France. Par ailleurs, en indiquant que l'intéressé avait vécu dans son pays jusqu'à l'âge de 20 ans, le préfet, qui s'est prononcé au regard des pièces dont il disposait, n'a pas davantage entaché sa décision d'un défaut d'examen ou d'une erreur de fait susceptible d'exercer une influence sur le sens de sa décision, M. A étant effectivement entré en France pour la dernière fois en janvier 2016, à l'âge de 19 ans et 3 mois. Enfin, l'intéressé n'établit ni s'être prévalu de son état de santé, ni avoir informé les services de la préfecture du décès de son père, survenu en mai 2021 alors que l'extrait du registre de l'état civil qu'il produit date d'un mois avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, les moyens soulevés dans les dernières écritures du requérant tenant au défaut d'examen circonstancié de sa situation et d'erreurs de fait ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, selon l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. " En vertu de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Enfin, aux termes de l'article L. 412-3 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1, l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; / () ".

5. Il n'est pas contesté que M. A ne peut prétendre à un titre de séjour de plein droit en qualité d'étudiant dès lors qu'il ne peut justifier de la détention d'un visa de long séjour nécessaire à cet effet. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a validé une licence en histoire en 2021 à l'Université Toulouse 3 Jean-Jaurès puis s'est inscrit en deuxième année de sociologie pour l'année 2021-2022 alors même qu'il ne disposait pas de titre de séjour à cet effet. De plus, et bien qu'il soit entré de manière régulière sur le territoire français en 2016, il s'y est maintenu de manière irrégulière à l'expiration de son visa d'un an et ne justifie ni d'une échéance imminente de son cursus universitaire, dès lors qu'il fait valoir sa volonté d'effectuer une année de service civique avant de s'inscrire en première année de Master, ni d'une impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine ou même éventuellement de revenir en France, de manière régulière, muni du visa de long séjour requis. Dans ces conditions, le requérant ne peut pas être regardé comme justifiant d'une situation de " nécessité liée au déroulement de ses études " au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en refusant de le faire bénéficier d'un titre de séjour " étudiant " à titre dérogatoire.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 4121 () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2016, dans le cadre d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", et s'y est maintenu à l'issue de la durée de validité de son visa, en toute illégalité. S'il fait valoir son engagement bénévole pour la Croix-Rouge, sa présence discontinue pendant onze ans ainsi que sa scolarisation sur le territoire français, ces circonstances ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que, au demeurant, il a poursuivi ses études en l'absence de toute autorisation lui permettant de séjourner régulièrement en qualité d'étudiant. En outre, la présence de son frère, en situation régulière en France, ne lui confère aucun droit au séjour. Si le requérant fait également valoir sa relation avec une ressortissante française, il ne démontre pas la stabilité et l'ancienneté de cette relation. Enfin, le requérant n'est pas isolé en Tunisie où réside, a minima, sa mère. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, le préfet de la Haute-Garonne, en ne faisant pas usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé.

8. En dernier lieu, selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 5 et 7 du présent jugement, la décision contestée ne méconnaît ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'apparaît pas que le préfet aurait procédé à une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

T. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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