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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107447

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107447

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL LUDOVIC RIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel la préfète du Tarn lui a retiré son certificat de résidence algérien valable du 12 février 2021 au 12 février 2022, l'a obligé à restituer ce titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de retrait de son certificat de résidence :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation en fait et en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'accord franco-algérien ne prévoit pas la possibilité de retirer un certificat de résidence et que le 6° de l'article R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants algériens ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de restituer son titre :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui retirant son certificat de résidence algérien ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui retirant son certificat de résidence algérien ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'exécution d'une décision judiciaire dès lors qu'il est soumis à l'obligation de respecter un dispositif de détention à domicile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Tarn, régulièrement mise dans la cause, n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 5 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Rivière, représentant de M. C, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 18 juin 1999, est entré en France, selon ses déclarations, le 30 juillet 2015. Le 22 juin 2018, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 8 novembre 2018, le préfet du Tarn a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Cet arrêté a été annulé par un jugement en date du 28 mai 2019 du tribunal administratif de Toulouse qui a enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de M. C. Par un arrêté du 18 juillet 2019, et après réexamen de sa situation, le préfet du Tarn a refusé d'accorder à l'intéressé le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cet arrêté a été annulé par un jugement du 27 janvier 2020 du tribunal administratif de Toulouse qui a enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. C un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En exécution de ce jugement, un certificat de résidence a été délivré à M. C, valable du 12 février 2020 au 11 février 2021, puis renouvelé pour la période du 12 février 2021 au 11 février 2022. Toutefois, à la suite de la condamnation de l'intéressé, le 9 juillet 2021, à une peine principale de douze mois d'emprisonnement dont cinq mois assortis d'un sursis probatoire de vingt-quatre mois pour des faits de violence avec menace ou usage d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis à Albi le 7 juillet 2021, la préfète du Tarn, par un arrêté du 24 novembre 2021, lui a retiré son certificat de résidence algérien valable du 12 février 2021 au 12 février 2022, l'a obligé à restituer ce titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office. Par la présente requête, le requérant sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur la légalité de l'arrêté :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent [] ". Aussi, aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. La préfète du Tarn, qui se borne à énoncer dans l'arrêté attaqué que " le comportement de Monsieur B C est de nature à troubler gravement l'ordre public, que dès lors il n'est plus autorisé à séjourner en France ", sans mentionner ni viser les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle entendait faire application, n'expose pas les considérations de droit qui constituent le fondement de sa décision, de sorte qu'à sa simple lecture l'intéressé n'était pas en mesure d'en connaître le fondement légal. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la préfète du Tarn a insuffisamment motivé l'arrêté attaqué en droit.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article R. 432-4 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-41, R. 422-7, R. 423-2 et R. 426-1, le titre de séjour peut être retiré dans les cas suivants : () 6° L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Et selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'autorité administrative ne peut refuser de faire droit à une demande de carte de séjour temporaire ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. Pour retirer le certificat de résident dont M. C était bénéficiaire, la préfète du Tarn s'est fondée sur le fait que le comportement de l'intéressé était de nature à troubler gravement l'ordre public. S'il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné, pour des faits de " violence avec menace ou usage d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours " commis à Albi le 7 juillet 2021, à une peine principale de douze mois d'emprisonnement dont cinq mois assortis d'un sursis probatoire de vingt-quatre mois, il est constant que le juge de l'application des peines a fait bénéficier le requérant d'une mesure de détention à domicile sous surveillance, en considération de sa bonne intégration en France, de sa situation professionnelle et également de sa situation familiale, ainsi que d'éléments positifs relatifs à son comportement. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux produits et non utilement contestés en défense que, compte tenu de la réactivation et de l'évolution de la maladie de sa mère, sa présence auprès d'elle, en tant que soutien moral et pour les tâches quotidiennes, est indispensable pour permettre à celle-ci d'affronter psychologiquement la maladie et la lourdeur des traitements. M. C établit également lui apporter un soutien financier. Au surplus, le requérant justifie de ses efforts d'intégration dès lors que, après avoir obtenu son certificat d'aptitude professionnelle de technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques en juin 2017, il a intégré au titre de l'année scolaire 2017-2018 la classe de 1ère Bac Pro de technicien d'études du bâtiment et au titre de l'année scolaire 2018-2019 la classe de terminale Bac Pro plombier-chauffagiste. Le 7 juillet 2021, le requérant a conclu un contrat de travail à durée indéterminée, à temps plein, avec la société " Transports Nicolas Verines ". En outre, si la préfète du Tarn se prévaut dans l'arrêté attaqué des liens personnels et familiaux dont M. C disposerait en Algérie, du fait de l'éloignement de son père vers son pays d'origine, il ressort toutefois des conclusions, non contredites, de l'évaluation sociale du 10 février 2017 diligentée par les services sociaux du conseil départemental du Tarn que M. C, qui a confirmé aux enquêteurs sociaux les violences conjugales et intrafamiliales commises par son père à l'encontre de sa mère, sa sœur et lui-même, a exprimé son opposition au projet de son père de retourner en Algérie avec ses deux enfants. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C entretiendrait des relations avec son père depuis le retour de celui-ci en Algérie, ni que son père participerait à son entretien ou à son éducation. Il ressort, au contraire, de ces mêmes pièces que les attaches familiales du requérant sont situées principalement en France puisqu'il y dispose de sa mère et de sa sœur, avec lesquelles il entretient, ainsi qu'il a été dit, des liens étroits.

6. Dès lors, compte tenu, d'une part, des seuls faits pour lesquels M. C a été condamné et de l'absence d'antécédents judiciaires de l'intéressé, qui ne suffisent pas à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public, le préfet se bornant d'ailleurs à invoquer des risques de troubles graves à l'ordre public sans les étayer aucunement et, d'autre part, des attaches familiales dont l'intéressé dispose en France et de son intégration, celui-ci est fondé à soutenir que l'arrêté en litige, qui porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'il poursuit, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2021 par laquelle la préfète du Tarn lui a retiré son certificat de résidence algérien et, par voie de conséquence, des décisions contenues dans le même arrêté par lesquelles la préfète l'a obligé à restituer ce titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Tarn du 24 novembre 2021 pris à l'encontre de M. C est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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