jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BARBOT-LAFITTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 décembre 2021, Mme A E, représentée par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard et subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté querellé est insuffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que son admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels ;
- la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est privée de base légale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2022 en application des dispositions de l'article R. 611-11 du code de justice administrative.
La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Haute-Garonne qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Mme E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. C,
-et les observations de Me David, substituant Me Barbot-Lafitte, représentant Mme E
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante algérienne née le 6 avril 1991 à Mostaganem (Algérie), est entrée sur le territoire français le 14 juillet 2017 munie d'un visa touristique. Elle s'est mariée le 17 octobre 2020 avec M. B, ressortissant turc résidant régulièrement en France, avec lequel elle a eu un enfant le 23 avril 2019. Le 11 mars 2021, l'intéressée a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre du travail, respectivement sur le fondement des stipulations des articles 6 alinéas 5° et 7° (b) de l'accord franco-algérien. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a opposé un refus à cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi et dès lors qu'elles n'ont pas à décrire de façon exhaustive la situation de l'intéressée, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de la requérante, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne particulièrement la décision de refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). Le certificat de résidence délivré au titre du présent article donne droit à l'exercice d'une activité professionnelle. ( ". Par ailleurs, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Si Mme E se prévaut de la présence en situation régulière de son conjoint, de nationalité turque, et de la naissance en France de leur enfant mineur, elle ne démontre toutefois pas une insertion particulière dans la société française en se bornant à se prévaloir du fait qu'elle maîtriserait parfaitement la langue française et qu'elle s'est investie au sein d'activités associatives, notamment au sein de la confédération syndicale des familles à Cugnaux, ni ne justifie d'attaches fortes autres que sa propre cellule familiale, alors, par ailleurs, qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français durant près de quatre années. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Elle ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En deuxième lieu, la circonstance selon laquelle la requérante dispose d'une promesse d'embauche, en qualité de secrétaire au sein de la société de carrelage dont son époux est le gérant, ne suffit pas, à elle seule, à faire regarder sa demande comme relevant de motifs exceptionnels. Les pièces versées dans l'instance ne révèlent pas, par ailleurs, que la situation de Mme E relèverait de considérations humanitaires justifiant une régularisation. Dans ces conditions l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que, pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. La seule circonstance que Mme E et son époux sont parents d'une jeune enfant, âgée d'un an à la date de la décision contestée ne suffit pas à établir que le préfet, en prenant cette décision, n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de cet enfant dès lors, au surplus, que l'exécution de cette décision n'implique pas que la jeune F soit privée de la présence permanente de l'un de ses deux parents, ni ne fait obstacle à ce que l'époux de Mme E présente, dans les conditions prévues par la législation sur les étrangers, une demande de regroupement familial au profit de l'intéressée et, le cas échéant, de leur fille ou que la requérante sollicite des autorisations pour entrer sur le territoire français. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Le présent jugement rejette les conclusions présentées par Mme E tendant à l'annulation de la décision portant refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, du défaut de fondement légal de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5 ci-dessus, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée, au regard des buts poursuivis par l'administration, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Enfin, si Mme E soutient que la décision querellée emporte pour sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle ne l'établit pas par les seuls arguments dont elle se prévaut dans l'instance. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, dans ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que dans celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Barbot-Lafitte.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme D, magistrate honoraire,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le président rapporteur,
B. C
La magistrate honoraire,
C. D
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026