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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107540

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107540

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantESCUDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 30 décembre 2021 et 17 mars 2022, Mme A E épouse C, représentée par Me Escudier, demande au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté en date du 10 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son droit au séjour sous couvert d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) l'injonction au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) la mise à la charge de l'Etat de la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du droit au séjour :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation, notamment en fait ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en ce que le préfet ne l'a pas mise à même, compte tenu de la brièveté de l'instruction de sa demande, de compléter son dossier ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation particulière ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation relative à la réalité de la communauté de vie des époux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas examiné d'office son droit à un changement de statut en qualité de salariée ou de travailleur temporaire ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est privée de base légale, la décision de refus de renouvellement du droit au séjour sur laquelle elle est fondée étant illégale ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, notamment en fait ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est privée de base légale, la décision de refus de renouvellement du droit au séjour sur laquelle elle est fondée étant illégale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation, notamment en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation particulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E épouse C, ressortissante sénégalaise née le 2 avril 1991, est entrée en France le 24 janvier 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de Français, valable jusqu'au 9 décembre 2021, à raison de son mariage le 7 décembre 2019 à Oussouye (Sénégal) avec M. F C, ressortissant français né le 10 juillet 1952. Le 13 octobre 2021, l'intéressée a sollicité auprès du préfet de la Haute-Garonne le renouvellement de son droit au séjour sous couvert d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 10 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son droit au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité, aux motifs qu'elle ne remplissait pas la condition de communauté de vie exigée par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa situation ne justifiait pas de passer outre à titre dérogatoire à cette condition, que, compte tenu notamment de son âge lors de son arrivée en France et de la présence au Sénégal de ses parents, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle ne faisait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'elle n'établissait pas être exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par la présente requête, Mme E épouse C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du droit au séjour :

2. En premier lieu, il résulte de la motivation susdécrite de la décision de refus de renouvellement du droit au séjour que celle-ci vise les textes dont elle fait application et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent. Ainsi, le moyen tiré de son insuffisance de motivation, notamment en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si la requérante fait valoir que la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière en ce que le préfet ne l'a pas mise à même, compte tenu de la brièveté de l'instruction de sa demande, de compléter son dossier, d'une part, le délai d'environ deux mois entre la demande de renouvellement du droit au séjour et ladite décision ne saurait être regardé comme anormalement bref, d'autre part, non seulement Mme E épouse C n'établit ni même n'allègue avoir été empêchée de présenter au soutien de sa demande toute précision utile, mais elle n'apporte aucune indication sur les éléments qu'elle aurait été susceptible de produire pour compléter son dossier. Dans ces conditions, le vice de procédure allégué manque en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation décrite au point 1 de la décision de refus de renouvellement de séjour, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre ladite décision. Le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit dès lors être écarté.

5. En quatrième lieu, et à titre principal, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du droit au séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête de communauté de vie établi le 20 octobre 2021 par les services de la direction départementale de la sécurité publique de la Haute-Garonne, et il n'est au demeurant pas contesté par Mme E épouse C, qu'alors que l'intéressée réside à Toulouse, M. C demeure dans la Somme depuis, a minima, décembre 2020 et la requérante ne l'a pas revu depuis son entrée en France en janvier 2021. Si Mme E épouse C fait valoir que son époux, atteint de diverses pathologies, dont un état dépressif réactionnel, est dans l'incapacité de se déplacer, la seule circonstance qu'elle a trouvé à Toulouse un emploi de commis de cuisine ne permet pas d'établir qu'elle aurait été dans l'impossibilité de rechercher un emploi équivalent à proximité du domicile de son mari ou, à tout le moins, de rendre visite à celui-ci depuis son entrée en France. Dans ces conditions, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant que Mme E épouse C ne justifiait pas d'une communauté de vie avec son époux à la date de la décision attaquée. La condition relative à la communauté de vie n'étant pas remplie, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en lui refusant le renouvellement de son droit au séjour en qualité de conjoint de Français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de droit en n'examinant pas d'office son droit au séjour sous couvert d'un changement de statut en qualité de salariée ou de travailleur temporaire.

8. En sixième lieu, en l'absence de preuve non seulement d'une communauté de vie mais d'une relation affective entre Mme E épouse C et son époux à la date de la décision attaquée, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ladite décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ."

10. Alors que Mme E épouse C ne justifie pas d'une communauté de vie avec son conjoint de nationalité française, non seulement il est constant que la durée du séjour en France de l'intéressée à la date de la décision attaquée n'est que de dix mois, mais il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête de communauté de vie du 20 octobre 2021, que ses parents, les membres de sa fratrie et, surtout, son fils mineur G B, âgé d'un peu moins de quinze ans à la date de ladite décision, résident au Sénégal. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de renouvellement du droit au séjour du 10 décembre 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme E épouse C, qui n'a pas établi l'illégalité du refus de renouvellement du droit au séjour qui lui a été opposé, n'est pas fondée à l'invoquer, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 2 que la décision de refus de renouvellement du droit au séjour est suffisamment motivée en droit et en fait et qu'il ressort des pièces du dossier que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français sont rappelées, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En troisième lieu, dès lors que la requérante n'allègue ni avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux ni avoir été empêchée de présenter des observations avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ne peut qu'être écarté.

15. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de Mme E épouse C doit être écarté pour les mêmes motifs qu'au point 10.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme E épouse C , qui n'a pas établi l'illégalité du refus de renouvellement du droit au séjour qui lui a été opposé, n'est pas fondée à l'invoquer, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

18. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation décrite au point 1 de la décision fixant le délai de départ volontaire, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre ladite décision. Le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit dès lors être écarté.

19. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu'elle justifie d'une intégration professionnelle en France au titre de son emploi de commis de cuisine, la requérante n'établit pas que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire supérieur à un mois.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, il résulte de la motivation, décrite au point 1, de la décision fixant le pays de destination, laquelle vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent. Ainsi, le moyen tiré de son insuffisance de motivation, notamment en fait, doit être écarté.

22. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation sus-évoquée de la décision fixant le pays de destination, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre ladite décision. Le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit dès lors être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par Mme E épouse C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

J-C. D

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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