jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107586 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | FAINE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2107586, enregistrée le 1er décembre 2021, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 191,11 euros au titre de la rémunération due pour son travail en détention.
Il soutient qu'il n'a pas été rémunéré au taux horaire correspondant au salaire minimum de croissance.
La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit de mémoire.
Par une décision du 15 janvier 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête n° 2203639, enregistrée le 27 juin 2022, M. A B, représenté par Me Feydeau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 215,26 euros correspondant aux rémunérations dues pour son travail en détention au titre des mois de mai 2018 à janvier 2019, décembre 2019 et janvier 2020, assortie des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute dans le calcul de sa rémunération dès lors qu'il aurait dû être rémunéré sur la base d'un taux horaire minimum égal à 45 % du salaire minimum de croissance et qu'il ressort de ses bulletins de paie qu'il a perçu une rémunération inférieure à ce taux horaire ;
- il a subi un préjudice matériel à hauteur de 1 215,86 euros.
La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit de mémoire.
Par une décision du 22 août 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le décret n° 2017-1719 du 20 décembre 2017 ;
- le décret n° 2018-1173 du 19 décembre 2018 ;
- le décret n° 2019-1387 du 18 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri ;
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été incarcéré au centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses du 16 décembre 2016 au 1er février 2021. Il a signé un acte d'engagement à l'emploi avec l'entreprise Sodexo le 25 avril 2018 et a occupé un emploi d'opérateur atelier entre mai 2018 et janvier 2019, puis en décembre 2019 et janvier 2020. Par un courrier du 7 février 2022, il a introduit une demande indemnitaire préalable auprès du garde des sceaux, ministre de la justice, au titre du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'un calcul de rémunération erroné. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur sa demande. Par les présentes requêtes, M. B doit être regardé comme demandant la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 216,26 euros au titre des rémunérations dues pour son travail en détention pour les mois de mai 2018 à janvier 2019, décembre 2019 et janvier 2020.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2107586 et 2203639 concernent le même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la responsabilité pour faute de l'Etat :
3. Aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées. ". Aux termes de l'article 33 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire applicable à la date du présent litige : " La participation des personnes détenues aux activités professionnelles organisées dans les établissements pénitentiaires donne lieu à l'établissement d'un acte d'engagement par l'administration pénitentiaire. Cet acte, signé par le chef d'établissement et la personne détenue, énonce les droits et obligations professionnels de celle-ci ainsi que ses conditions de travail et sa rémunération. ". Aux termes de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; / 33 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe I ; / 25 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe II ; / 20 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe III. / () La rémunération des activités proposées dans le cadre de l'insertion par l'activité économique ne peut être inférieure à un taux horaire de 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance. ". Les décrets des 20 décembre 2017, 19 décembre 2018 et 18 décembre 2019 portant relèvement du salaire minimum de croissance fixent le montant du salaire minimum de croissance à hauteur de 9,88 euros l'heure à compter du 1er janvier 2018, 10,03 euros l'heure à compter du 1er janvier 2019 et 10,15 euros l'heure à compter du 1er janvier 2020.
4. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'acte d'engagement et des fiches de salaire de M. B, que l'intéressé a occupé des fonctions d'opérateur en restauration entre les mois de mai et décembre 2018, puis en décembre 2019 et janvier 2020, et qu'il a été rémunéré selon un montant horaire brut compris entre 1,47 et 4,42 euros l'heure. Or, il résulte des dispositions de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale alors applicable, citées au point précédent, que compte tenu de son activité d'opérateur, relevant d'une activité de production, sa rémunération brute ne pouvait être inférieure à 45 % du montant horaire du salaire minimum de croissance, soit 4,45 euros l'heure pour l'année 2018, 4,51 euros l'heure pour l'année 2019, et 4,56 euros l'heure pour l'année 2020. Par suite, M. B est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat en raison d'un calcul de rémunération erroné.
Sur l'évaluation du préjudice :
5. D'une part, aux termes de l'article D. 366 du code de procédure pénale dans sa version applicable au litige : " Les détenus sont affiliés, dès leur incarcération, au régime général de la sécurité sociale. () ils bénéficient () des prestations en nature de l'assurance maladie et maternité servies par le régime général dans les conditions fixées par les articles L. 381-30 à L. 381-30-6 du code de la sécurité sociale. ", et de son article D. 433-4 : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. ".
6. Selon l'article R. 381-99 du code de la sécurité sociale : " Le taux de la cotisation d'assurance maladie et maternité sur les rémunérations versées aux détenus est fixé à 4,20 % du montant brut de ces rémunérations. Cette cotisation est à la charge de l'employeur. ". Aux termes de l'article R. 381-104 du même code : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". L'article D. 242-4 de ce code, dans sa version applicable au litige, prévoit que le taux de la cotisation de l'assurance vieillesse est fixé à 6,90 % de la rémunération du salarié dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale et à 0,40 % de la rémunération totale du salarié. L'article R. 381-105 du même code dispose que : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. ". Enfin, selon l'article R. 381-107 de ce code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105. ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 3 et aux deux points précédents que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations salariale et patronale relative à l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche lorsque le travail est effectué au titre d'une activité de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale relative à l'assurance vieillesse, qui reste à la charge de la personne détenue.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; ". En outre, aux termes de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale dans sa version applicable au présent litige : " I.-Il est institué une contribution sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés aux articles L. 136-2 à L. 136-4 du code de la sécurité sociale perçus du 1er février 1996 jusqu'à l'extinction des missions prévues à l'article 2 par les personnes physiques désignées à l'article L. 136-1 du même code. / Cette contribution est assise sur les revenus visés et dans les conditions prévues aux articles L. 136-2 à L. 136-4 et au III de l'article L. 136-8 du code de la sécurité sociale. ". Ces dispositions sont rendues applicables aux rémunérations dues aux personnes détenues en contrepartie du travail qu'elles effectuent par les articles 713-3, D. 366 et D. 4333-4 du code de procédure pénale précités.
9. Enfin, conformément aux dispositions des articles L. 136-1-1, L. 136-2, L. 136-8 et D. 242-2-1 du code de la sécurité sociale, la contribution sociale prévue par les dispositions de l'article L. 136-1 du même code s'élève à 9,2 % du montant brut des rémunérations, réduit de 1,75 %, après exclusion de l'assiette de la contribution de 38 % des revenus concernés à compter du 1er janvier 2020. Il résulte en outre des dispositions de l'article 19 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 précitée que la contribution pour le remboursement de la dette sociale, prévue à l'article 14 de l'ordonnance, s'élève à 0,5 % du montant brut des rémunérations, réduit de 1,75 %, après exclusion de l'assiette de la contribution de 38 % des revenus concernés à compter du 1er janvier 2020. Enfin, la contribution relative à l'assurance vieillesse ainsi que la contribution sociale généralisée doivent être appliquées sur une assiette de 98,25 % du salaire brut en ce qui concerne les rémunérations antérieures au 1er janvier 2020, et sur une assiette de 98,25 % de 62 % du salaire brut en ce qui concerne les rémunérations perçues à compter de cette même date.
10. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 4 que le requérant a perçu une rémunération brute égale à 3 241,98 euros au titre de l'activité de production qu'il a exercée en détention entre les mois de mai et décembre 2018, en décembre 2019 et en janvier 2020, alors qu'il aurait dû percevoir une rémunération brute totale égale à 4 445,58 euros. Son préjudice matériel s'élève donc à la somme de 1 203,60 euros, dont il faut déduire la contribution sociale généralisée, la contribution pour le remboursement de la dette sociale et la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse, selon les modalités décrites aux points 5 à 9. Par suite, il convient de renvoyer M. B devant le garde des sceaux, ministre de la justice afin de déterminer le montant de sa rémunération nette.
Sur les intérêts :
11. M. B a droit au versement des intérêts au taux légal afférent à la somme citée au point précédent à compter du 30 mars 2022, date à laquelle son recours indemnitaire préalable a été réceptionné par l'administration pénitentiaire.
Sur les frais au titre de l'instance n° 2203639 :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Feydeau, avocate de M. B, de la somme de 1 500 euros sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 1 203,60 euros au titre de la rémunération brute qui lui est due, dont il conviendra de déduire les contributions obligatoires applicables dans les conditions décrites aux points 5 à 9 du présent jugement. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 mars 2022.
Article 2 : L'Etat versera à Me Feydeau, avocate de M. B, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Feydeau et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2107586, 2203639
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026