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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200007

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200007

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2022, Mme E A, représentée par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour sous couvert d'un changement de statut, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation personnelle, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Les décisions attaquées :

- ont été prises par une autorité incompétente ;

La décision portant refus de renouvellement de séjour :

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 décembre 2022 à 12 h 00.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, ressortissante togolaise née le 6 février 1994, est entrée en France le 5 septembre 2013 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a bénéficié d'un droit au séjour afin d'y poursuivre des études jusqu'au 1er octobre 2020, puis elle a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", valable du 8 septembre 2020 au 7 septembre 2021. Le 6 septembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son droit au séjour sous couvert d'un changement de statut au profit d'un titre " entrepreneur / profession libérale ", sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs que si elle était inscrite depuis le 9 août 2021 au répertoire des entreprises et des établissements en qualité d'auto-entrepreneur en conseil en relations publiques et communication, elle ne justifiait pas du caractère viable de son entreprise exigé pour le bénéfice des dispositions de l'article L. 421-5 dudit code et que, compte tenu de sa qualité de célibataire et sans charge de famille et de la présence de ses parents au Togo, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse en date du 7 juin 2022, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet et il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 20 septembre 2021 publié le lendemain au recueil administratif spécial n° 31-2021-325, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, ainsi que les décisions prises en application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation, décrite au point 1, de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour du 3 décembre 2021 que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre ladite décision. Le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" est délivrée en application du 2° de l'article L. 422-10, l'intéressé justifiant de la création et du caractère viable d'une entreprise répondant à la condition énoncée au même 2° se voit délivrer, à l'issue de la période d'un an, la carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" prévue à l'article L. 421-5 () ". Aux termes de l'article L. 421-5 du même code : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" d'une durée maximale d'un an ".

6. Il résulte des dispositions précitées que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

7. Il est constant que Mme A, titulaire d'un master de droit, économie et gestion, mention administration économique et sociale, spécialité gestion et droit de l'économie numérique, obtenu en 2017, est inscrite depuis le 9 août 2021 au répertoire des entreprises et des établissements en qualité d'auto-entrepreneur pour une activité de conseil en relations publiques et communication. Pour apporter la preuve, qui lui incombe, de la viabilité économique de son activité, elle produit, d'une part, un dossier de créateur d'entreprise accompagné d'une étude financière prévisionnelle sur trois ans, établi par elle-même, d'autre part, trois factures en franchise de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant respectif de 40, 30 et 60 euros, correspondant à des prestations de photographie commerciale et de réalisation d'une affiche, de prospectus et de publications sur Instagram réalisées en septembre et octobre 2021. Ces seuls documents ne sauraient sérieusement suffire à démontrer la viabilité économique de l'activité de conseil de la requérante. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que la décision de refus de renouvellement de séjour du 3 décembre 2021 a été prononcée quatre mois après le début de l'activité de Mme A, ladite décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de la viabilité économique de cette activité au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième et dernier lieu, alors qu'il résulte de ce qui précède que la requérante ne justifie pas de la viabilité économique de son activité professionnelle, il est constant qu'elle est célibataire et sans enfant et que la durée de sa présence en situation régulière en France s'explique par la poursuite de ses études et il n'est pas contesté que ses parents résident toujours dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la seule circonstance qu'une de ses sœurs et une de ses cousines résideraient en France n'est pas de nature à établir que la décision de refus de renouvellement de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de séjour pour demander l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de séjour et obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de celle fixant son pays de renvoi.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire de Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Laclau et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDERENLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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