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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200028

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200028

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2022, M. A B, représenté par la Scp Artaud Belfiore Castillon Grebille-Romand, aux écritures de Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision 48 SI, jamais reçue, par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé à l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 11 octobre 2021 ;

2) d'annuler les décisions successives par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré respectivement deux, six et deux fois trois points consécutivement aux infractions commises les 14 juillet 2018, 19 mai 2019, 3 octobre 2020 et 19 janvier 2021 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'affecter à son permis de conduire quatre points à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué avant toute réception régulière de la décision 48 SI ;

4) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer, sous huitaine à compter de la signification du jugement à intervenir, son permis de conduire au capital reconstitué ;

5) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'il a été alerté par les forces de l'ordre que son permis de conduire était invalidé pour défaut de points, il n'a jamais reçu de lettre 48 SI et la mention " valide " figurant sur son relevé d'information intégral, il a contesté l'invalidation de son permis de conduire par recours gracieux auquel l'administration n'a pas répondu ;

- il peut utilement contester la légalité de chacun des retraits de points dont il a fait l'objet dans la mesure où le délai pour exciper l'illégalité de ces décisions n'est pas expiré, étant précisé qu'il ne s'est jamais vu notifier les retraits de points contestés ;

- la formalité d'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été satisfaite lors du constat des infractions au code de la route qui lui sont reprochées ;

- il appartient à l'administration d'apporter la preuve que l'information préalable a bien été remise au contrevenant en produisant le double du formulaire d'information dressé et prouvant, par son émargement, qu'il a bien été averti avant tout paiement ;

- le Conseil d'Etat a sanctionné récemment des décisions ponctuelles et isolées de certains tribunaux administratifs qui estimaient que la proximité d'infractions antérieures à celle pour laquelle le retrait de point est contesté devait permettre nécessairement à l'automobiliste d'être dûment informé des droits légalement prévus ;

- l'émission d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne signifie pas que la formalité d'information lui a bien été dispensée ;

- la présence d'une signature sur le procès-verbal électronique ne démontre pas non plus que l'information relative aux pertes de points a bien été effectuée auprès du contrevenant ;

- ayant contesté auprès de différents officiers du ministère public des avis de contraventions ayant entraîné des pertes de points, ces contraventions ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant tribunal ne pourront aboutir à la décision de retrait de points du permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le relevé d'information intégral de M. B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu:

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de la décision 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé à l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que des décisions successives de retrait de points afférentes aux infractions commises les 14 juillet 2018, 19 mai 2019, 3 octobre 2020 et 19 janvier 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux réceptionné le 11 octobre 2021.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la procédure de notification des retraits de points :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Dès lors, M. B ne saurait utilement se prévaloir de ce que les retraits de points successifs ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

4. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affectés au permis de conduire est réduit de plein droit, lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire ou par une condamnation définitive ou par l'émission du titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu au retrait des points et en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, lorsque l'intéressé est avisé qu'une infraction passible d'un retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé de la perte des points qu'il est susceptible d'encourir, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

5. Pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, il est prescrit depuis l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, dont les dispositions pertinentes sont codifiées aux articles A. 37 à A. 37-4 du même code, que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

S'agissant des infractions commises les 14 juillet 2018, 3 octobre 2020 et 19 janvier 2021 :

6. D'une part, il résulte de l'instruction que les infractions commises les 14 juillet 2018 et 3 octobre 2020, qui ont été constatées avec interception du véhicule, ont donné lieu chacune à l'établissement d'un procès-verbal électronique mentionnant, d'une part, le déroulé de l'interpellation, la nature de l'infraction et les dispositions du code de la route la réprimant et, d'autre part, le fait que ces infractions entraînaient respectivement des retraits de deux et trois points. M. B a apposé sa signature sous la mention : " Signature de M. B A qui reconnaît avoir été informé, avant paiement, des dispositions suivantes : () ", laquelle mention est suivie d'une information relative au retrait de points conforme aux exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information s'agissant des infractions commises les 14 juillet 2018 et 3 octobre 2020 manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.

7. D'autre part, s'agissant de l'infraction du 19 janvier 2021, le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique afférent à cette infraction, qui est revêtu de la mention " Vu la situation sanitaire actuelle liée au covid-19, la personne est informée de sa verbalisation et de la non apposition de sa signature " pour indiquer la non-apposition de la signature en raison de ce contexte sanitaire, et qui comporte l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les mentions de ce procès-verbal, qui font foi jusqu'à preuve contraire, attestent ainsi que l'administration s'est acquittée envers le requérant, lors de l'établissement de ce procès-verbal, de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le retrait de trois points à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 19 mai 2019 :

8. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B, extrait du système national du permis de conduire édité le 21 février 2022, produit par le ministre, que la réalité de l'infraction commise le 19 mai 2019 par M. B, ayant entraîné le retrait de six points de son permis de conduire, est établie au sens des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route par la condamnation prononcée par le tribunal de grande instance de Toulouse le 7 octobre 2019, devenue définitive le 21 novembre 2019. Dans ces conditions, l'absence de délivrance de l'information générale requise par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'est pas de nature à entacher d'irrégularité ce retrait de points. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de six points faisant suite à l'infraction commise le 19 mai 2019 est entaché d'illégalité.

En ce qui concerne la prise en compte d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière :

9. Il résulte de l'instruction que si M. B soutient qu'il a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière avant toute réception régulière de la décision 48 SI, il ne produit aucune attestation en ce sens. Par suite, le moyen tiré de l'absence de prise en compte d'un stage de sensibilisation doit être écarté. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information intégral de M. B, que l'intéressé a bénéficié, le 17 février 2021, d'un ajout de quatre points à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a réalisé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision " 48 SI ", en tant qu'elle invalide son permis de conduire, serait illégale, faute pour le ministre d'avoir pris en compte ce stage de sensibilisation, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.".

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à payer à M. B la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La présidente,

Isabelle Carthé Mazères

Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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