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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200062

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200062

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 janvier 2022 et le 24 juin 2022, M. E C, représenté par Me Bachet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement combiné des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement des avis médicaux concernant les étrangers malades dès lors que l'existence de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit faute pour le préfet de la Haute-Garonne d'avoir procédé à l'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 21 avril 2022 et le 27 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juillet 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté ministériel du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lucas, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais né le 2 février 1978, déclare être entré en France le 25 février 2020. Il a sollicité l'asile et sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 18 décembre 2020. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 29 mars 2021. Le 8 avril 2021, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par une décision du 29 juin 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 17 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 10 mai 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-132 du même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions défavorables au séjour des étrangers à quelque titre que ce soit. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les motifs pour lesquels le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et par suite, elle est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C, de telle sorte que l'erreur de droit invoquée doit également être écartée.

5. En troisième lieu, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 juin 2021, relatif à l'état de santé de M. C et à la disponibilité des soins en Albanie, a été produit en défense devant le tribunal. Les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration composant le collège ont signé cet avis qui indique, par ailleurs, qu'un rapport médical a été préalablement établi, le 31 mai 2021, par un médecin ne faisant pas partie de ce collège. Dans ces conditions, le vice de procédure invoqué ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 juin 2021 le concernant, par lequel ce collège a considéré que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que M. C, qui a levé le secret médical, souffre de spondylarthrite ankylosante. L'intéressé produit des certificats médicaux qui, s'ils détaillent ses pathologies et son traitement et établissent la nécessité d'hospitalisations de jour régulières dans le cadre de ce traitement, ne se prononcent pas sur la disponibilité de ce traitement en Albanie. En outre, si le requérant soutient qu'il ne pourrait pas assumer financièrement le coût du traitement en Albanie, il ne produit au soutien de ses affirmations que des articles de journaux très généraux relatifs à l'accessibilité financière des soins en Albanie et à la circonstance qu'une partie de la population albanaise n'est pas couverte par une assurance santé. Il produit également un certificat médical d'une rhumatologue qui fait état de ce que " le système de soins en Albanie ne permettrait pas au patient d'avoir ce traitement qui a un coût très élevé ". Toutefois, ce seul certificat est insuffisamment circonstancié et n'est ainsi pas de nature à remettre en cause l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 16 juin 2021. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'en a pas davantage fait une inexacte application.

9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Un requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre d'un refus de titre de séjour en qualité d'étranger malade, sauf dans le cas où l'autorité qui édicte cette décision examine elle-même la possibilité d'une atteinte au droit à la vie privée et familiale. En l'espèce, le préfet de la Haute-Garonne s'étant fondé, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C, sur la seule circonstance que ce dernier peut bénéficier des soins nécessaires à sa pathologie dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, et eu égard au fait que l'intéressé ne résidait en France que depuis moins d'un an et demi à la date de la décision attaquée et ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2021. Sa requête doit donc être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Bachet.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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