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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200102

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200102

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantALLENE ONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 janvier 2022 et le 6 juin 2022, M. D C, représenté par Me Allene Ondo, demande au tribunal dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, ainsi que tous les actes subséquents ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision de refus de séjour attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet, qui s'est cru lié par l'absence de visa de long séjour, n'a pas exercé l'étendue de sa compétence ;

- les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise ont été méconnues ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 7 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les conclusions tendant à l'annulation de tous les actes subséquents sont irrecevables comme tardives ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais né le 3 mai 1998, est entré en France le 4 septembre 2015 sous couvert d'un visa de long séjour " mineur scolarisé " valant titre de séjour et valable du 28 août 2015 au 28 juillet 2016, puis a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire " étudiant " du 2 juillet 2017 au 27 novembre 2020. Il a sollicité le 26 février 2021 le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

3. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir constaté que M. C ne disposait pas d'un visa de long séjour, a examiné s'il pouvait toutefois délivrer le titre de séjour sollicité au vu de la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de la convention du 2 décembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants gabonais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis, outre des pièces mentionnées à l'article 1er ci-dessus et notamment du visa de long séjour, des justificatifs prévus aux articles 5 à 8 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". L'article 9 de cette convention stipule : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". En vertu de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants :/ 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ". L'article R. 431-8 du même code dispose : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été en dernier lieu mis en possession d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant, valable jusqu'au 27 novembre 2020. S'il n'a effectivement sollicité le renouvellement de son titre de séjour que le 26 février 2021, soit trois mois après l'expiration de ce titre, il n'était toutefois pas tenu de justifier à nouveau de la possession d'un visa de long séjour, cette obligation n'étant requise, en application des dispositions précitées de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que dans le cas où la demande de renouvellement du titre de séjour a été présentée six mois après sa date d'expiration. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait opposer à M. C l'absence de visa de long séjour pour rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant.

8. Il résulte toutefois de l'instruction que pour rejeter la demande de M. C, le préfet de la Haute-Garonne s'est également fondé sur l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies. Il ressort des pièces du dossier que M. C a échoué à deux reprises en juin 2018 et en juin 2019 aux épreuves du baccalauréat. S'il a finalement obtenu ce diplôme en juin 2021, sa moyenne générale à l'issue du premier semestre de sa première année de brevet de technicien supérieur (BTS) en communication, pour l'année scolaire 2019-2020 est de 3,3 sur 20, avec un taux d'absentéisme de plus de 44 %. M. C s'est ensuite inscrit en BTS " commerce international ". Il ressort de son relevé de notes du premier semestre que le requérant n'a pu être noté dans la plupart des matières, étant mentionné comme absent et qu'il a obtenu la note de 15 sur 20 en management, et celle de 7 sur 20 en communication. S'il se prévaut de son inscription en deuxième année de BTS pour l'année scolaire 2021-2022 et de sa convocation au concours d'entrée au programme " Business et Management 3 +2 " d'une école de commerce, ces circonstances sont en tout état de cause postérieures à la décision attaquée. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne pouvait, pour ce motif, refuser de délivrer à M. C un titre de séjour en qualité d'étudiant. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, pour les motifs qui viennent d'être énoncés, et alors que M. C ne peut se prévaloir utilement des mesures d'assignation à résidence prononcées ultérieurement par le préfet de la Haute-Garonne pour soutenir que celui-ci aurait reconnu le caractère sérieux de ses études à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

12. En second lieu, pour les motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. C doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. C à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

14. Si M. C demande au tribunal, dans ses dernières écritures, d'annuler " tous les actes subséquents " à l'arrêté attaqué du 6 juillet 2021, il n'identifie pas ces actes. S'il entendait demander l'annulation de la mesure d'assignation prononcée à son encontre en dernier lieu le 23 mai 2022, de telles conclusions sont en tout état de cause tardives, ainsi que le fait valoir le préfet de la Haute-Garonne en défense, comme ayant été présentées après le délai prescrit par les dispositions de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les conclusions susvisées doivent dès lors être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de sa tardiveté, que la requête de M. C doit être rejetée, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Allene Ondo et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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