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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200126

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200126

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDERBALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 janvier 2022 et le 12 juillet 2022, M. B C A, représenté par Me Derbali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé, dès la notification de la décision à intervenir ;

3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivé en fait et en droit, et révèle un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de procédure en ce que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ne peut bénéficier d'un traitement médical adapté dans son pays d'origine, la Tunisie, dès lors qu'il a été victime d'un accident de travail pour lequel il fait l'objet d'un suivi médical en France et qu'il n'a pas récupéré l'usage de ses jambes ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est disproportionnée, en ce que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M.Katz ;

-et les observations de Me Derbali, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien entré irrégulièrement en France le 14 octobre 2017 selon ses déclarations, a sollicité le bénéfice de l'asile le 15 décembre 2017 et a vu sa demande définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 1er octobre 2019. Il a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire le 18 mai 2020. Le 21 janvier 2021, il a sollicité son admission au séjour pour motif familial et en raison de son état de santé dû à un accident de travail survenu le 9 juillet 2020. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis le 10 mars 2021, aux termes duquel l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et lui permet tout de même de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un arrêté du 9 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de faits qui en constituent le fondement. En outre, la circonstance que le requérant ne partage pas les appréciations de l'administration contenues dans cette motivation ne saurait, à elle seule, démontrer une absence d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen suffisant de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de procédure en ce que le préfet de la Haute-Garonne ne lui a pas transmis l'avis du collège des médecins de l'OFII, il ne démontre ni même n'allègue avoir sollicité cet avis auprès du préfet ou de l'OFII. Au demeurant, aucune disposition n'impose à l'autorité préfectorale de communiquer d'office cet avis à l'intéressé. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Par un avis du 10 mars 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne pouvait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine, la Tunisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été hospitalisé à la clinique de Verdaich suite à un accident de travail survenu le 9 juillet 2020, qui l'a atteint aux jambes. Par une décision du 14 octobre 2021, la Maison départementale des personnes handicapées lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 50% et inférieur à 80%. M. A soutient qu'il ne peut bénéficier d'un traitement médical adapté dans son pays d'origine, la Tunisie, mais ne produit toutefois aucune pièce en ce sens et ne donne pas davantage de précision pour étayer son affirmation. Dans ces conditions, ni les arguments, ni les autres pièces versées au dossier par le requérant ne permettent de remettre sérieusement en cause l'avis précité du collège des médecins de l'OFII. Par suite, c'est sans erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne, dont rien ne permet d'établir qu'il se serait estimé lié par l'avis précité, a rejeté la demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester l'obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré irrégulièrement en France en 2017 est célibataire et sans charge de famille. En outre, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la Tunisie, où résident son épouse, ses six enfants et sa mère, et où il a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour interdire à M. A de revenir sur le territoire français en fixant la durée de cette interdiction à un an, le préfet de la Haute-Garonne, après avoir relevé que le comportement de l'intéressé ne troublait pas l'ordre public, s'est fondé sur la circonstance selon laquelle il s'est maintenu en France en dépit d'une mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait et ne démontre pas avoir créé sur le territoire national des liens personnels et familiaux intenses et stables. Compte tenu de ces éléments, la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an prise par le préfet à l'encontre du requérant, n'est pas disproportionnée dans ses effets eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Derbali et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. KATZLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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