jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | DUJARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2022 et un mémoire enregistré le 11 avril 2022, M. A B, représenté par Me Dujardin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait en ce que d'une part, le préfet a indiqué que toute sa famille résidait au Cameroun alors que sa mère est décédée, qu'il n'a jamais connu son père et qu'il n'a pas de frères et sœurs et que d'autre part, il justifie d'une autonomie financière et d'une insertion professionnelle ;
- le préfet a commis une erreur de droit en ce qu'il n'a pas examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sous l'angle de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.
Vu :
- le jugement rendu sous ce numéro par le magistrat désigné par le tribunal le 27 janvier 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant camerounais, entré en France le 13 juin 2017 selon ses déclarations, a sollicité une première admission exceptionnelle au séjour le 18 octobre 2018 en tant que travailleur salarié. Le 29 janvier 2019, le préfet du Tarn lui a opposé un refus de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un jugement du 3 octobre 2019, confirmé par la Cour administrative d'appel de Bordeaux le 20 juillet 2020, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté la requête formée par M. B à l'encontre de cet arrêté. Le 14 février 2020, l'intéressé a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 20 novembre 2020, le préfet du Tarn a, une nouvelle fois, rejeté sa demande et lui a notifié une seconde obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 17 septembre 2021, le tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois. La préfecture a alors invité M. B à fournir tous les éléments utiles pour le réexamen de son dossier. Par un arrêté du 10 novembre 2021, la préfète du Tarn a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Le 19 janvier 2022, l'intéressé a été assigné à résidence dans le département du Tarn pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. M. B ayant été assigné à résidence par un arrêté de la préfète du Tarn du 19 janvier 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a statué, par un jugement rendu sous ce même numéro le 27 janvier 2022, au titre de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, et de l'arrêté portant assignation à résidence et a renvoyé les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 10 novembre 2021 à une formation collégiale. Il n'y a donc plus lieu de statuer, par le présent jugement, que sur les conclusions d'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Aux termes de son arrêté, la préfète du Tarn a visé l'ensemble des textes dont elle a fait application, en particulier l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle a précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. B, ainsi que les conditions de son entrée en France. Elle a également exposé les raisons pour lesquelles elle a considéré que M. B ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait en relevant qu'il ne justifiait pas de motifs exceptionnels par la seule production d'une promesse d'embauche pour un emploi d'une durée d'un mois et d'un contrat d'apprentissage conclu dans le cadre d'un BEP de maçonnerie en alternance avec la société Bati Reno, ni de considérations humanitaires, alors que célibataire, sans enfant, ayant sa famille au Cameroun, il ne disposait pas de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté contesté ni d'aucune pièce du dossier que la préfète du Tarn ne se serait pas livrée à un examen réel et sérieux de la situation de M. B avant de statuer sur la demande de titre de séjour dont elle était saisie.
6. En troisième lieu, le requérant soutient que la préfète du Tarn a entaché sa décision d'erreurs de fait en mentionnant que toute sa famille résidait au Cameroun alors que sa mère est décédée, qu'il n'a jamais connu son père et qu'il n'a pas de frères et sœurs. Toutefois, la préfète a seulement indiqué que la famille de M. B résidait au Cameroun sans identifier précisément les membres la composant. Le requérant a, par ailleurs, précisé dans sa demande de titre de séjour, qu'il avait son père, une sœur et deux frères au Cameroun et n'établit pas avoir rompu tout lien avec ceux-ci. Enfin, s'il fait valoir qu'il justifie d'une autonomie financière, l'autorité préfectorale ne s'est pas fondée sur cette considération pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
9. D'une part, il résulte de la motivation de la décision contestée que la préfète du Tarn, qui ainsi qu'il a déjà été dit, a considéré que le requérant, célibataire sans enfant, et dont la famille vivait au Cameroun, ne disposait pas d'attaches personnelles et familiales en France d'une particulière intensité et stabilité, et ne justifiait pas ainsi de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, a, contrairement à ce que soutient M. B, examiné si celui-ci pouvait faire l'objet d'une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale ".
10. D'autre part, M. B, qui est entré en France le 13 juin 2017, se prévaut de la durée de son séjour, de sa réussite scolaire, de sa capacité d'intégration professionnelle et de son insertion, ainsi que de ses attaches sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu sur le territoire français en dépit d'une première mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 29 janvier 2019. S'il a effectivement obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en maçonnerie en 2020, s'est inscrit en CAP " peintre applicateur revêtements " au titre de l'année 2020/2021, pour compléter sa formation, et a effectué plusieurs stages, il ressort des pièces du dossier que le contrat d'apprentissage avec la société Bâti Réno que l'intéressé a produit lors du réexamen de sa demande de titre de séjour n'a pas reçu de début d'exécution et que la promesse d'embauche du 14 octobre 2021 de la société Bigard qu'il a ensuite transmise à l'administration porte sur un emploi d'une durée d'un mois sans lien avec sa formation. Par ailleurs, à la date de l'arrêté en litige, M. B était célibataire et sans charge de famille. Il disposait d'attaches importantes dans son pays d'origine où résidaient son père, sa sœur et ses deux frères, ainsi qu'il l'a mentionné dans sa demande de titre de séjour. Les liens personnels qu'il a tissés en France et son insertion ne sont pas tels qu'ils puissent être regardés comme suffisants pour caractériser des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels susceptibles de justifier une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Tarn a pu sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions, rejeter la demande de titre de séjour de M. B.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, la décision de refus de titre de séjour en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Par suite, la préfète du Tarn n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dujardin et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Leymarie, conseiller,
Mme Rousseau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
V. D
L'assesseur le plus ancien,
A. LEYMARIE
La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026