jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2022, Mme D A H A I, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter le français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à venir et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A H A I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 10 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A H A I, ressortissante marocain, née le 13 octobre 1968, est entrée en France, pour la dernière fois, le 2 juillet 2019 sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa touristique valable du 1er juillet 2019 au 15 août 2019. S'étant maintenue sur le territoire français à l'expiration de son visa de court séjour, elle a sollicité, le 19 janvier 2021, son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir ses liens personnels et familiaux, son ancienneté de résidence ainsi qu'une promesse d'embauche. Par un arrêté du 4 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A H A I sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté contenant les décisions litigieuses est signé par Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, laquelle a reçu délégation du préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 10 mai 2021 publié le jour même au recueil administratif spécial de la préfecture de la Haute-Garonne aux fins de signer, notamment, les décisions relatives au refus d'admission au séjour et les mesures d'éloignement de ressortissants étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit donc être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige qu'il comporte, de façon suffisamment circonstanciée, l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, celles des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait, par ailleurs, état de la demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié de Mme A G, de ses conditions d'entrée et de séjour ainsi que de l'absence de risque avéré en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de la décision attaquée, ainsi qu'il vient d'être dit, que le préfet de la Haute-Garonne, qui a notamment fait état de l'invocation de ses liens personnels et familiaux par Mme A H A I, se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et circonstancié de la situation de la requérante, contrairement à ce que se borne à alléguer cette dernière.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " éventuellement assorties de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour en continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans () ". L'article 9 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. "
7. L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 cité ci-dessus délivré sur présentation d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes ", des dispositions des articles R. 5221-17 et suivants du code du travail, qui précisent les modalités et les éléments d'appréciation en vertu desquels le préfet se prononce, au vu notamment du contrat de travail, pour accorder ou refuser une autorisation de travail.
8. Dans ces conditions, en admettant que la requérante ait entendu se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations en arguant de l'erreur de droit dont serait entaché l'arrêté contesté, et alors même qu'elle a présenté à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat à durée indéterminée à temps complet pour un poste de cuisinière-commis, le préfet de la Haute-Garonne pouvait à bon droit, comme il l'a fait, rejeter sa demande de titre de séjour au motif de l'absence de visa de long séjour et de présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Dans ces conditions, Mme A H A I n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait fait une inexacte application des stipulations et dispositions précitées.
En ce qui concerne le refus de séjour au titre de la vie privée et familiale :
9. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Et aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
10. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
11. Si Mme A H A I se prévaut de sa présence entre 1982 et 1992 et depuis 2019 sur le territoire français ainsi que celle de ses deux enfants mineurs, compatriotes et scolarisés en France, il est constant qu'elle n'est entrée que très récemment en France à l'âge de 51 ans, avec ses deux enfants nés au B en 2005 et 2007 où elle a elle-même vécu au cours des vingt-sept dernières années, en compagnie de son époux et de ses quatre enfants de nationalité marocaine et nés au B. Par ailleurs, l'intéressée ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français, dès lors qu'elle a vécu séparément des membres de sa famille qui y résident, notamment ses parents, pendant plus de vingt-cinq ans, et alors que ses deux autres enfants majeurs résident toujours dans son pays d'origine et qu'enfin rien ne s'oppose à ce que sa cellule familiale se reconstitue au B. En effet, rien ne fait obstacle à ce que ses enfants y soient à nouveau scolarisés et à ce qu'elle y vive séparément de son mari, dont elle n'est pas divorcée, et alors même que les violences conjugales alléguées, dont elle ne s'est aucunement prévalue lors de l'introduction de sa demande, ne sont, en toute hypothèse, ni établies ni même documentées. Par ailleurs, si elle se prévaut d'activités bénévoles et d'une demande d'autorisation de travail, ces seuls éléments ne sauraient être regardés comme attestant d'une intégration particulière sur le territoire français et ne sauraient constituer, par elles-mêmes, des considérations humanitaires ou des circonstances exceptionnelles justifiant une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, alors que Mme A H A I s'est maintenue irrégulièrement en France depuis l'expiration de son visa touristique le 15 août 2019, qu'elle conserve des attaches familiales, notamment en la personne de ses deux enfants, au B, où elle a vécu la majorité de sa vie et en particulier les vingt-sept années précédant son entrée récente en France, le préfet n'a entaché la décision en litige de refus de délivrance d'un titre de séjour, ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur de fait au demeurant nullement précisée, ni d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L.435-du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A H A I n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2021. Les conclusions qu'elle présente à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A H A I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A H A I et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
T. C
L'assesseur le plus ancien dans
l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026