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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200211

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200211

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2022, M. D A, représenté par Me Ouddiz-Nakache, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention salarié, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, tout en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la légalité interne :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen effectif de sa situation personnelle, en tant notamment que l'autorité préfectorale a estimé qu'il ne justifiait pas de son entrée régulière en France ;

- les mêmes décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par une mise en demeure du 20 juin 2022, prise au visa des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative, le préfet de la Haute-Garonne a été invité à produire ses observations en défense dans le délai de quinze jours.

Par une ordonnance en date du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2022 à 12 h 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application du 19 juin 1990 de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 entre les gouvernements des Etats de l'Union économique Benelux, de la République fédérale d'Allemagne et de la République française relatif à la suppression graduelle des contrôles aux frontières communes ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, né le 13 décembre 2000 à Mostaganem (Algérie), de nationalité algérienne, est entré en France, selon ses déclarations, le 16 février 2019, en provenance d'Espagne, sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles, valable du 13 décembre 2018 au 13 novembre 2019. Le 14 août 2021, il a épousé à Toulouse Mme E C, ressortissante française née le 15 décembre 2002. Le 22 septembre 2021, il a sollicité auprès du préfet de la Haute-Garonne son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de conjoint de ressortissante française sur le fondement de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement dudit article, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, aux motifs qu'il ne détenait pas de visa de long séjour, qu'il ne remplissait pas la condition d'une entrée régulière sur le territoire français, que, compte tenu du caractère récent de son mariage et de l'absence d'enfant issu de cette union, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il n'établissait pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

3. Malgré une mise en demeure en date du 20 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne n'a produit aucun mémoire en défense. Dans ces conditions, ledit préfet doit être réputé avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par M. A, sous réserve que ceux-ci ne soient pas démentis par les pièces versées au dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du § 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière () ". Et aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis alinéa 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. " Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance à un ressortissant algérien d'un certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale en qualité de conjoint de ressortissant français n'est pas subordonnée à la détention d'un visa de long séjour mais à la simple entrée régulière sur le territoire français. La régularité de l'entrée en France d'un étranger admis à séjourner sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne et en provenance directe du territoire de cet Etat est subordonnée à la souscription, au moment de l'entrée sur le territoire français, de la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de de la convention d'application du 19 juin 1990 de l'accord de Schengen et l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. M. A soutient que la décision du préfet de la Haute-Garonne du 21 décembre 2021 lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de ressortissante française sur le fondement de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation particulière en tant notamment que l'autorité préfectorale a estimé qu'il ne justifiait pas de la condition d'entrée régulière en France exigée par ledit article. En premier lieu, s'il est constant que le requérant n'est pas entré en France sous couvert d'un visa de long séjour, il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que cette circonstance mentionnée par la décision de refus de séjour est sans incidence sur l'appréciation de la régularité de l'entrée de M. A sur le territoire national, seule exigée par l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 3 que le préfet de la Haute-Garonne doit être réputé, en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, avoir acquiescé à l'allégation du requérant selon laquelle il est entré en France pendant la période de validité de son permis de résidence espagnol. En dernier lieu, le préfet de la Haute-Garonne ne conteste, ni dans la décision de refus de séjour ni dans le cadre de la présente instance en l'absence d'observations en défense, que M. A n'aurait pas souscrit, au moment de son entrée en France, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de de la convention d'application du 19 juin 1990 de l'accord de Schengen et l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de séjour du 21 décembre 2021 est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation particulière en tant que l'autorité préfectorale a estimé qu'il ne justifiait pas de la condition d'entrée régulière en France exigée par l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien pour le bénéfice d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de ressortissante française. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'annulation de la décision de refus d'admission au séjour du requérant à raison du défaut d'examen effectif de sa situation particulière ne saurait impliquer la délivrance à l'intéressé d'un titre de séjour en qualité de salarié, mais seulement le réexamen de sa demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de conjoint de ressortissante française conformément aux motifs du présent jugement, ainsi que la délivrance, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte, de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours suivant la notification dudit jugement.

Sur les conclusions au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions combinées en mettant à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de Me Ouddiz-Nakache, conseil de M. A, lequel a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve que ledit conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 21 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la demande d'admission au séjour en qualité de conjoint de ressortissante française de M. A dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours suivant la notification dudit jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ouddiz-Nakache, conseil de M. A, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ledit conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Ouddiz-Nakache.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. B

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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