mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DEBAISIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Debaisieux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite intervenue le 14 mai 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de réexamen et de délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le certificat de résidence algérien sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale au regard des articles 2 et 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la requête est tardive ;
- aucune décision implicite de rejet de la demande de M. C n'est intervenue dès lors que cette décision est purement confirmative de la décision du 11 septembre 2020 ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 janvier 2023 à 12 h 00.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 22 février 1972, est titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, délivré le 11 septembre 2020. Le 12 janvier 2021, il a sollicité le réexamen de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 auprès de la préfecture de la Haute-Garonne. Une décision implicite de rejet est née le 14 mai 2021 du silence gardé par le préfet de la Haute-Garonne sur cette demande. M. C en a sollicité la motivation par un courrier du 11 juillet 2021 auquel le préfet de la Haute-Garonne a répondu le 21 juillet 2021. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cette décision implicite de rejet.
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet.
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a expressément refusé de délivrer à M. C un titre de séjour valable dix ans par une décision du 21 juillet 2021. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de M. C dirigées contre une décision implicite de rejet du préfet de la Haute-Garonne intervenue le 14 mai 2021, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 21 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :
4. En premier lieu, le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que la décision implicite portant rejet de la demande de réexamen formée par M. C le 14 janvier 2021 est insusceptible de recours dès lors qu'elle est purement confirmative de l'arrêté en date du 11 septembre 2020 portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans et délivrance d'un titre de séjour d'un an. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour rejeter sa demande de réexamen, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur des circonstances nouvelles et postérieures à la première décision, démontrant de fait un nouvel examen de la situation du requérant. Ainsi, l'interpellation du requérant en date du 27 mai 2021 et les suites judiciaires qui en résultent constituent une circonstance nouvelle, de nature à faire obstacle à ce que la décision de rejet du recours gracieux en date du 14 mai 2021 puisse être regardée comme simplement confirmative de l'arrêté susvisé.
5. En deuxième lieu, le préfet de la Haute-Garonne doit être entendu comme se référant aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative lesquels disposent que : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / Cet acte ou cette pièce doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagné d'une copie. " Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
6. Ainsi qu'il a été énoncé au premier point du présent jugement, il ressort des pièces du dossier que l'accusé de réception de la demande de réexamen présentée par M. C à la préfecture de la Haute-Garonne lui a été délivré le 14 janvier 2021. Par suite, en application des dispositions précitées, la demande de réexamen a été implicitement rejetée par le préfet de la Haute-Garonne le 14 mai 2021. Par ailleurs, le requérant a formulé une demande de motivation de cette décision sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration à laquelle le préfet de la Haute-Garonne a répondu. Ces différents courriers sont versés au dossier, ainsi que les accusés de réception y afférant. Dans ces conditions, il ne peut être fait droit à la fin de non-recevoir soulevée sur ce point par le préfet de la Haute-Garonne.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-2 de ce même code dispose également : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". En application des dispositions combinées de l'article L. 112-3 et de l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration, toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception, qui doit notamment mentionner les délais et voies de recours à l'encontre de la décision. Enfin, en vertu de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".
8. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la demande de motivation et de réexamen formée le 12 janvier 2021 par M. C, reçue le 14 janvier 2021 en préfecture de la Haute-Garonne, aurait donné lieu à la transmission au requérant d'un accusé de réception comportant la mention des voies et délais de recours. Par suite, la requête de M. C, au demeurant formée dans un délai raisonnable, n'est pas tardive.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées par le préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour d'une durée de dix ans :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
11. Pour les motifs exposés aux points 2 et 3 ci-dessus, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du 14 mai 2021 doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 21 juillet 2021. Dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
12. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties s'engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune () ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais également à celles qui ont pour effet d'affecter leur situation de manière suffisamment directe et certaine.
13. En l'espèce, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la cellule familiale, M. C étant par ailleurs en possession d'un titre de séjour délivré par le préfet de la Haute-Garonne le 11 septembre 2020, d'une durée d'un an renouvelable. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision 21 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il s'ensuit que les conclusions susvisées présentées sur le fondement desdites dispositions et de celles du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Debaisieux.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD
L'assesseur le plus ancien,
L. QUESSETTE
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026