mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MAZEAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièce complémentaire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 13 septembre 2022, M. A D, représenté par Me Mazeas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à
compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois avec autorisation de travail renouvelable jusqu'à ce que lui soit remis un titre de séjour ou une nouvelle décision sur sa demande de titre, dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros d'astreinte par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Par ordonnance du 26 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée, au 27 septembre 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français le 16 décembre 2004 muni d'un passeport marocain revêtu d'un visa court séjour valable du 10 décembre 2004 au 7 juin 2005 portant la mention " famille de français " suite à son mariage célébré avec une ressortissante française à Essaouira (Maroc) le 15 octobre 2004 et transcrit le 21 octobre 2004. Il a bénéficié ensuite d'une carte de séjour temporaire d'un an renouvelée jusqu'au 2 février 2008, puis d'une carte de résident valable jusqu'au 2 février 2018. Il a obtenu la nationalité française le 6 février 2009. Entretemps, le divorce du couple a été prononcé, le 8 juin 2009. Le 26 septembre 2012, M. D s'est marié avec Mme C au Maroc et leurs trois enfants nés les 19 janvier et 25 décembre 2014, et le 24 février 2021 ont également obtenu la nationalité française par voie de conséquence. Mme C s'est vue délivrer un visa long séjour en qualité de conjointe de français et est arrivée sur le territoire français le 22 février 2013. Par des jugements du 25 février 2015 et du 1er mars 2016, le tribunal de grande instance de Bordeaux a annulé la naturalisation obtenue et retenu l'extranéité de M. D, décisions confirmées le 26 avril 2016 par la cour d'appel de Bordeaux. Celui-ci a restitué ses documents d'identité française le 20 septembre 2019, mais a obtenu le 23 septembre 2019 une carte de séjour temporaire en tant que parent d'enfants français. Les documents d'identité française de ses enfants ont finalement été restitués à l'administration le 30 novembre 2020. Par la décision du 14 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler cette carte de séjour temporaire en raison de l'absence de la nationalité française de ses enfants.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui [] restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision contestée par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à M. D le renouvellement de son titre de séjour vise les textes applicables à sa demande et fait état des éléments de fait propres à sa situation. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu sur le territoire français sous couvert d'un titre de séjour " parent d'enfant français " délivré le 23 septembre 2019 à la suite de la reconnaissance de son extranéité et de la restitution de ses documents d'identité français le 20 septembre 2019. S'il se prévaut de l'établissement du centre de sa vie privée et familiale en France, notamment du fait de la naissance et de la scolarisation de ses trois enfants mineurs en France, dont deux souffrent d'autisme, il ne justifie pas de l'impossibilité de poursuivre leur scolarité ni de reconstituer la cellule familiale au Maroc. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de son épouse, Mme C épouse D, cette dernière est en situation irrégulière en France, son entrée étant basée sur la possession d'un titre en qualité de conjointe de ressortissant français et ce dernier ayant été retiré en raison de la reconnaissance de l'extranéité du requérant. Par conséquent, d'une part, la décision en litige n'ayant pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, et d'autre part, le préfet n'ayant pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un titre de de séjour à titre exceptionnel, le moyen invoqué à cet égard doit également être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. La décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants mineurs, ni d'empêcher leur scolarisation. En outre, il n'est pas démontré que ses enfants ne pourraient pas poursuivre hors de France une scolarisation dans des conditions équivalentes ou que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Maroc ou dans tout pays où ils seraient légalement admissibles. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par Me Mazeas sur leur fondement soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Mazeas et au préfet de la Haute-Garonne
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD
L'assesseur le plus ancien,
L. QUESSETTELa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026