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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200313

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200313

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200313
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 janvier 2022, le 22 avril 2022, le 22 août 2022 et le 30 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Montazeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 30 septembre 2020 approuvant la modification n° 1 du plan local d'urbanisme de Rieumes ainsi que la décision rejetant son recours gracieux contre cette délibération ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rieumes de reprendre l'instruction sous la forme d'une procédure de révision du plan local d'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rieumes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive dès lors que la délibération, qui n'a pas fait l'objet des publications prévues par l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme, ne mentionnait pas les voies et délais de recours et que la commune n'a pas porté ces mentions sur l'accusé de réception adressé en réponse à son recours gracieux ;

- le recours à la procédure de modification est illégal eu égard à la portée de modifications apportées au plan local d'urbanisme, qui appelaient une révision ;

- l'enquête publique a été entachée d'irrégularité faute de publication intégrale des informations requises par les articles L. 123-10, R. 123-9 et R. 123-11 du code de l'environnement ;

- le maire de la commune et un conseiller municipal étant conseillers intéressés au sens des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, la délibération est irrégulière en raison de la présidence de la séance du conseil municipal par le maire et de leur participation au vote ;

- aucune délibération de l'établissement public de coopération intercommunale n'est intervenue en vue de permettre l'urbanisation d'une zone, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-38 du code de l'urbanisme ;

- le contenu des modifications est contraire aux dispositions du projet d'aménagement et de développement durables ;

- le plan local d'urbanisme ainsi modifié méconnaît le programme local de l'habitat et le schéma de cohérence territoriale ;

- la consommation d'espaces fonciers est excessive, de telle sorte que le plan local d'urbanisme modifié méconnaît l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrées le 13 juillet 2022 et le 13 octobre 2022, la commune de Rieumes, représentée par Me Sire, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par la commune de Rieumes et enregistré le 21 décembre 2022 n'a pas été communiqué.

Par une ordonnance du 30 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 décembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 153-20 du code de l'urbanisme : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : / () 2° La délibération qui approuve, révise, modifie ou abroge un plan local d'urbanisme () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes- membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département, à l'exception de la décision mentionnée au 6° de l'article R. 153-20. / Il est en outre publié : / 1° Au Recueil des actes administratifs mentionné à l'article R. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, lorsqu'il s'agit d'une délibération du conseil municipal d'une commune de 3 500 habitants et plus ; / 2° Au Recueil des actes administratifs mentionné à l'article R. 5211-41 du code général des collectivités territoriales, s'il existe, lorsqu'il s'agit d'une délibération de l'organe délibérant d'un établissement public de coopération intercommunale comportant au moins une commune de 3 500 habitants et plus ; / 3° Au Recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, lorsqu'il s'agit d'un arrêté préfectoral ; / 4° Au Journal officiel de la République française, lorsqu'il s'agit d'un décret en Conseil d'Etat. / Chacune de ces formalités de publicité mentionne le ou les lieux où le dossier peut être consulté. / L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues au premier alinéa, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".

3. Il résulte de ces dispositions que, s'agissant de la délibération approuvant un plan local d'urbanisme, sa révision ou sa modification, le délai de recours contentieux court à compter de la plus tardive des deux dates correspondant, l'une au premier jour d'une période d'affichage en mairie d'une durée d'un mois, l'autre à l'insertion effectuée dans la presse départementale, la publication de la délibération attaquée au recueil des actes administratifs, qui a uniquement pour objet de rendre exécutoire la délibération en cause n'étant pas au nombre des formalités dont l'exécution conditionne le point de départ du délai de recours contentieux contre une telle délibération.

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Par ailleurs, en vertu des dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 112-5 de ce code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; () ". Enfin, en vertu de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation ".

5. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative que la mention des voies et délais de recours sur une décision administrative ne conditionne pas le déclenchement du délai de recours en ce qui concerne les actes à caractère réglementaire, qui n'ont pas à être notifiés.

6. En second lieu, il résulte des dispositions du code de justice administrative et du code des relations entre le public et l'administration précitées que, si l'opposabilité des délais de recours à l'auteur d'une demande est subordonnée à l'indication des voies et délais de recours au sein de l'accusé de réception qui est adressé au demandeur, toutefois, lorsque la publication d'un acte suffit à faire courir le délai de recours à l'égard des tiers, indépendamment de toute notification, ces mêmes dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce que, en cas de recours gracieux formé par ces tiers contre l'acte en cause, le délai de recours contentieux recommence à courir à leur égard à compter de l'intervention de la décision explicite ou implicite de rejet de ce recours gracieux, même en l'absence de délivrance d'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la délibération du 30 septembre 2020 a été affichée en mairie de Rieumes du 8 octobre 2020 au 8 novembre 2020 et que son intervention a fait l'objet d'une publication dans l'édition du 12 octobre 2020 du quotidien " la Dépêche du midi ". Il en résulte que le délai de deux mois imparti aux tiers pour le contester a commencé à courir, en vertu des règles rappelées au point 3 de la présente ordonnance, le 12 octobre 2020, la mention des voies et délais de recours dans cette délibération n'ayant en tout état de cause aucune incidence sur le déclenchement de ce délai en raison du caractère réglementaire de cet acte. Mme A a, le 8 décembre 2020, présenté au maire de Rieumes un recours gracieux contre cette délibération et a ainsi interrompu le cours de ce délai. En application des règles rappelées au point 5 ci-dessus, l'absence de mention des voies et délais de recours sur l'accusé de réception adressé à la requérante n'a pas fait obstacle à la reprise du cours de ce délai, pour sa totalité, à compter de la notification de la réponse du maire de Rieumes à ce recours gracieux, dont il n'est pas contesté qu'elle est intervenue le 21 mars 2021. Il s'ensuit que la demande de Mme A, enregistrée le 21 janvier 2022, est tardive. Il y a lieu, par suite, de la rejeter dans son intégralité, en application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Rieumes, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme A la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Rieumes sur ce fondement.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rieumes tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune de Rieumes.

Fait à Toulouse, le 8 mars 2023.

Le président de la 3ème chambre,

P. GRIMAUD

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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