mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2022, M. H K, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) l'annulation de l'arrêté de la préfète du Tarn en date du 7 décembre 2021 en tant à la fois qu'il porte retrait de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;
2°) l'injonction à la préfète du Tarn de lui restituer son titre de séjour pluriannuel et de le renouveler à la date de son expiration, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 2 000 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
En ce qui concerne la décision de retrait de titre de séjour :
- cette décision est entachée, sur le terrain de la légalité externe, d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable et d'une insuffisance de motivation, notamment en droit ;
- sur le terrain de la légalité interne, la décision de retrait de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit tenant à la méconnaissance du délai de retrait des décisions créatrices de droits en l'absence de fraude alléguée, elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle méconnaît l'intérêt supérieur, au sens de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de ses quatre enfants nés et socialisés en France et elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ; en particulier, l'article L. 423-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet le retrait du titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans le cas où l'étranger fait venir en France son conjoint en dehors de la procédure de regroupement familial.
Par une ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2023 à 12 h 00.
Un mémoire, enregistré le 18 janvier 2023, a été présenté pour M. K et n'a pas été communiqué.
M. K a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. I.
Considérant ce qui suit :
1. M. J K, ressortissant marocain né le 27 juin 1978, est entré en France pour la dernière fois le 21 janvier 2012 sous couvert d'un visa de court séjour et a bénéficié d'un titre de séjour d'un an en qualité de salarié à compter du 25 mars 2013, régulièrement renouvelé, puis d'un titre de séjour pluriannuel en la même qualité, valable du 25 avril 2018 au 24 avril 2022. Par une lettre en date du 9 août 2021, la préfète du Tarn l'a informé qu'elle envisageait de lui retirer son titre de séjour pluriannuel en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 423-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il n'avait pas respecté la procédure de regroupement familial, et l'a invité à présenter ses observations lors de la réunion de la commission du titre de séjour. Lors de sa réunion du 18 octobre 2021, la commission du titre de séjour a émis un avis favorable au maintien du titre de séjour pluriannuel de M. K. Par un arrêté en date du 7 décembre 2021, la préfète du Tarn a prononcé le retrait du titre de séjour de l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, au motif qu'il avait fait venir en France en 2015 son épouse et compatriote Mme C E, avec laquelle il s'était marié le 5 janvier 2012, en dépit de la décision de refus de regroupement familial qui lui avait été opposée le 12 septembre 2014 en raison de l'insuffisance de ses ressources et que, dès lors que son épouse et ses trois enfants marocains avaient vocation à quitter le territoire français, son épouse faisant l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante, et qu'il n'avait pas la garde de son premier enfant de nationalité algérienne, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. K demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant à la fois qu'il porte retrait de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
Sur les conclusions en annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le titre de séjour d'un étranger qui n'entre pas dans les catégories mentionnées aux articles L. 631-2, L. 631-3 et L. 631-4 peut faire l'objet d'un retrait lorsque son titulaire a fait venir son conjoint ou ses enfants en dehors de la procédure du regroupement familial. La décision de retrait du titre de séjour est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ."
4. Il est constant que M. K a fait venir en France en 2015 son épouse en dépit de la décision de refus de regroupement familial qui lui avait été opposée le 12 septembre 2014 en raison de l'insuffisance de ses ressources. Toutefois, non seulement il ressort des pièces du dossier que l'intéressé réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour en qualité de salarié depuis huit ans et huit mois à la date de la décision attaquée, mais il n'est pas contesté qu'il participe, conformément au jugement du juge aux affaires familiales près le tribunal de grande instance d'Albi en date du 8 décembre 2011, à l'entretien de sa fille F K, née le 27 novembre 2010 à Castres (Tarn) d'une première union et résidant régulièrement en France auprès de sa mère, et il ressort des pièces du dossier qu'il élève trois enfants, G, B et A D, nés à Castres, respectivement le 25 septembre 2018, le 14 août 2020 et le 13 juillet 2021, de son union avec sa compatriote Mme E, nonobstant le caractère irrégulier de la présence sur le territoire national de cette dernière, la jeune G K étant scolarisée en classe d'école maternelle à la date de la décision attaquée, qu'il exploite depuis le 17 janvier 2021 une entreprise individuelle de maçonnerie générale à Castres après avoir été salarié pendant plusieurs années dans le même secteur d'activité et qu'il a souscrit en 2019 un emprunt en vue de la construction d'une maison individuelle sur un terrain à bâtir qu'il avait acquis dans la même commune en 2009. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. K est fondé à soutenir que la décision de retrait de titre de séjour pluriannuel du 7 décembre 2021 porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision de retrait de titre de séjour du 7 décembre 2021, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions de même date portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
7. Dès lors que le titre de séjour pluriannuel de M. K valable du 25 avril 2018 au 24 avril 2022, dont le présent jugement prononce l'annulation pour méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est expiré à la date du présent jugement et que ledit jugement ne se prononce pas sur un refus de renouvellement de séjour, les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Tarn de lui restituer son titre de séjour pluriannuel et de le renouveler à la date de son expiration ne peuvent qu'être rejetées. Il appartiendra cependant au préfet du Tarn, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de statuer à nouveau sur le droit de M. K à un titre de séjour pluriannuel au regard des motifs du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. Dès lors que M. K a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme sollicitée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 décembre 2021 édicté par la préfète du Tarn à l'encontre de M. K est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H K, au préfet du Tarn et à Me Sadek.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. I
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026