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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200370

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200370

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, M. B A, représenté par la Scp Artaud Castillon Belfiore Grebille-Romand, aux écritures de Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision 48 SI en date du 4 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié, outre le retrait de quatre points affectés à son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée à son encontre le 3 juin 2021 à 08h04 à Brive la Gaillarde, l'ensemble des retraits de points successivement opérés à son encontre et, corrélativement, a constaté la perte de validité de ce titre et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence dans le délai de dix jours à compter de la réception de cette décision ;

2) d'annuler les décisions successives par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré respectivement deux, trois, un et quatre points de son permis de conduire consécutivement aux infractions commises les 16 octobre 2020, 4 février 2021, 12 mars 2021 et 3 juin 2021 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer, sous huitaine à compter de la signification du jugement à intervenir, son permis de conduire au capital reconstitué ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- il peut utilement contester la légalité de chacun des retraits de points dont il a fait l'objet dans la mesure où le délai pour exciper l'illégalité de ces décisions n'est pas expiré, étant précisé qu'il ne s'est jamais vu notifier les retraits de points contestés ;

- ayant effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 12 et 13 février 2021 avant notification de la lettre 48 SI, celle-ci sera annulée, son permis de conduire étant crédité de quatre points supplémentaires ;

- la formalité d'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été satisfaite lors du constat des infractions au code de la route qui lui sont reprochées ;

- il appartient à l'administration d'apporter la preuve que l'information préalable a bien été remise au contrevenant en produisant le double du formulaire d'information dressé et prouvant, par son émargement, qu'il a bien été averti avant tout paiement ;

- le Conseil d'Etat a sanctionné récemment des décisions ponctuelles et isolées de certains tribunaux administratifs qui estimaient que la proximité d'infractions antérieures à celle pour laquelle le retrait de point est contesté devait permettre nécessairement à l'automobiliste d'être dûment informé des droits légalement prévus ;

- l'émission d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne signifie pas que la formalité d'information lui a bien été dispensée ;

- la présence d'une signature sur le procès-verbal électronique ne démontre pas non plus que l'information relative aux pertes de points a bien été effectuée auprès du contrevenant ;

- s'agissant des infractions qui ont donné lieu à un paiement immédiat, à défaut de production de la souche de quittance relative au paiement de l'amende, le retrait de points sera jugé irrégulier ;

- ayant contesté auprès des différents officiers du ministère public les avis de contravention ayant entraîné des pertes de points, les décisions de retrait de points seront irrégulières en cas de classement sans suite ou de renvoi devant le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en toutes ses conclusions.

Il fait valoir que :

- s'agissant de l'infraction commise le 12 mars 2021, les conclusions en annulation du retrait de point décidé à ce titre sont sans objet dès lors qu'il ressort des mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé que le point retiré consécutivement à cette infraction lui a été restitué ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le relevé d'information intégral de M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu:

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, titulaire d'un permis de conduire probatoire depuis le 19 décembre 2019, demande l'annulation de la décision 48 SI en date du 4 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé à l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que des décisions successives de retrait de points afférentes aux infractions commises les 16 octobre 2020, 4 février 2021, 12 mars 2021 et 3 juin 2021.

Sur les conclusions en annulation de la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 12 mars 2021 :

2. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A, édité le 14 mars 2022, produit par le ministre de l'intérieur, que le retrait d'un point relatif à l'infraction commise le 12 mars 2021 n'y figure plus. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 12 mars 2021 ont perdu leur objet ainsi que le soutient le ministre dans son mémoire en défense. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions. En revanche, il y a lieu de statuer sur les décisions de retraits de deux, trois et quatre points de son permis de conduire consécutivement aux infractions commises les 16 octobre 2020, 4 février 2021 et 3 juin 2021.

Sur le surplus des conclusions en annulation :

En ce qui concerne la procédure de notification des retraits de points :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Dès lors, M. A ne saurait utilement se prévaloir de ce que les retraits de points successifs ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

5. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affectés au permis de conduire est réduit de plein droit, lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire ou par une condamnation définitive ou par l'émission du titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu au retrait des points et en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, lorsque l'intéressé est avisé qu'une infraction passible d'un retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé de la perte des points qu'il est susceptible d'encourir, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

6. Pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, il est prescrit depuis l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, dont les dispositions pertinentes sont codifiées aux articles A. 37 à A. 37-4 du même code, que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

S'agissant de l'infraction commise le 16 octobre 2020 :

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction ayant donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention qui, dans le cadre de cette procédure électronique, est adressé au domicile du contrevenant ou du titulaire du certificat d'immatriculation. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Pour ce qui concerne l'infraction d'excès de vitesse commise le 16 octobre 2020, ayant entraîné le retrait de deux points de son permis de conduire, constatée par procès-verbal électronique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral le concernant que M. A s'est acquitté du paiement différé de l'amende forfaitaire afférente à cette infraction. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de deux points consécutive à cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 4 février 2021 :

9. En ce qui concerne l'infraction d'excès de vitesse commise le 4 février 2021, le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique afférent à cette infraction. Ce procès-verbal est revêtu de la mention " Vu les règles sanitaires pour lutter contre le covid-19, la personne est informée de sa verbalisation et de la non apposition de sa signature ", pour expliquer la non-apposition de la signature du requérant dans le cadre de ce contexte sanitaire. Et le procès-verbal comporte l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi les mentions de ce procès-verbal, qui font foi jusqu'à preuve contraire, attestent que l'administration s'est acquittée envers le requérant, lors de son établissement, de l'obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier

que le requérant avait bénéficié, de manière suffisamment récente, à l'occasion de l'infraction de même nature commise le 16 octobre 2020 de l'ensemble des informations légalement exigées. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le retrait de trois points à la suite de l'infraction commise le 4 février 2021 serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 3 juin 2021 :

10. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que l'infraction commise le 3 juin 2021 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi qu'en témoigne la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit à l'instance l'avis d'amende forfaitaire majorée du 9 septembre 2021, correspondant à l'infraction du 3 juin 2021, qui comporte les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et qui a été adressé à M. A par lettre recommandée à l'adresse qu'il a déclarée et où il a accusé réception de la décision 48SI d'invalidation de son permis de conduire. Dans ces conditions, et alors que ce pli, présenté au destinataire le 14 septembre 2021, a été retourné à l'autorité administrative avec la mention " pli refusé par le destinataire ", l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors et M. A n'ayant pas répliqué utilement concernant ces éléments précis, il n'est dès lors pas fondé à soutenir que le retrait de quatre points consécutif à cette infraction serait irrégulier.

En ce qui concerne le moyen tiré de la non-prise en compte d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière :

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information intégral de M. A et de l'attestation de suivi de stage, que l'intéressé a bénéficié, le 14 février 2021, d'un ajout de deux points, dans la limite du solde maximal de six points du permis de conduire probatoire, à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a réalisé lors de la période probatoire. Par suite, le moyen tiré par M. A de ce que la décision " 48 SI ", en tant qu'elle invalide son permis de conduire, serait illégale, faute pour le ministre de l'intérieur d'avoir pris en compte ce stage de sensibilisation, doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.".

13. Le présent jugement qui constate un non-lieu à statuer partiel et rejette le surplus des conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par M. A aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. D'autre part, M. A ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 12 mars 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La présidente,

Isabelle Carthé Mazères Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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