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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200398

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200398

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 janvier 2022 et le 17 janvier 2023, Mme A B épouse E, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté de la préfète du Tarn en date du 7 décembre 2021 en tant à la fois qu'il porte refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) l'injonction à la préfète du Tarn de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention vie privée et familiale, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée, sur le terrain de la légalité externe, d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable et d'une insuffisance de motivation, notamment en droit ;

- sur le terrain de la légalité interne, la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation personnelle et familiale, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du même code, elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle méconnaît l'intérêt supérieur, au sens de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de ses quatre enfants nés et socialisés en France et elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2023 à 12 h 00.

Un mémoire, enregistré le 17 janvier 2023, a été présenté pour Mme B épouse E et n'a pas été communiqué.

Mme B épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1982, a épousé le 5 janvier 2012 son compatriote M. E, né le 27 juin 1978. Le 12 septembre 2014, M. E, alors titulaire d'un titre de séjour d'un an en qualité de salarié, s'est vu opposer un refus à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse en raison de l'insuffisance de ses ressources. Le 6 septembre 2015, Mme B épouse E est entrée en France sous couvert d'un visa Schengen valable jusqu'au 13 octobre 2015 délivré par les autorités consulaires espagnoles. Le 25 septembre 2018, le 14 août 2020 et le 13 juillet 2021, sont nés à Castres (Tarn) les trois enfants du couple, Mariam, Amira et Asil Ikram E. Dans l'intervalle, le 29 octobre 2020, Mme B épouse E a sollicité auprès de la préfète du Tarn son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en faisant état de son mariage avec son époux, désormais titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en qualité de salarié, et de la naissance de leurs deux premiers enfants. Par deux arrêtés en date du 7 décembre 2021, la préfète du Tarn a, d'une part, prononcé le retrait du titre de séjour de M. E, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la fixation du pays de destination, au motif, sur le fondement de l'article L. 423-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il avait fait venir son épouse en France en dépit de la décision de refus de regroupement familial qui lui avait été opposée, d'autre part, refusé l'admission au séjour de Mme B épouse E en assortissant la mesure d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la fixation du pays de destination, aux motifs que la seule présence en France de son époux faisant l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante et de ses deux enfants et sa propre présence depuis six ans en situation irrégulière sur le territoire national ne constituaient pas des motifs exceptionnels ou humanitaires lui permettant de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, compte tenu de la mesure d'éloignement prononcée à l'égard de son conjoint, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Mme B épouse E demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2021 la concernant en tant à la fois qu'il porte refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ."

3. D'une part, il est constant que Mme B épouse E, qui s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national après l'expiration de son visa Schengen délivré par les autorités consulaires espagnoles, est présente en France depuis le 6 septembre 2015, soit depuis six ans et deux mois à la date de l'arrêté attaqué, et il ressort des pièces du dossier qu'elle y élève les trois enfants, nés sur le territoire national en 2018, 2020 et juillet 2021 de son union avec son conjoint, la jeune C B épouse E étant scolarisée en classe d'école maternelle à la date de la décision de refus de séjour, que son époux exploite depuis janvier 2021 une entreprise individuelle de maçonnerie générale à Castres après avoir été salarié pendant plusieurs années dans le même secteur d'activité et qu'il a souscrit en 2019 un emprunt en vue de la construction d'une maison individuelle à usage de résidence principale sur un terrain à bâtir qu'il avait acquis dans la même commune en 2009. D'autre part, si, par un arrêté du 7 décembre 2021, la préfète du Tarn a prononcé le retrait du titre de séjour pluriannuel de M. E, le tribunal administratif de Toulouse, par un jugement du 21 février 2023, a annulé cette décision pour méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit au respect de la vie privée et familiale. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme B épouse E est fondée à soutenir que la décision de refus de séjour prise à son égard le 7 décembre 2021 porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision de refus de titre de séjour du 7 décembre 2021, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions de même date portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision de refus de séjour prononcée à l'égard de Mme B épouse E implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale soit délivré à la requérante. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Dès lors que Mme B épouse E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de la requérante de la somme sollicitée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 décembre 2021 édicté par la préfète du Tarn à l'encontre de Mme B épouse E est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à Mme B épouse E un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse E, au préfet du Tarn et à Me Sadek.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. D

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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