vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DE BOYER MONTÉGUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2022, Mme D A, représentée par Me de Boyer Montégut, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat en la matière.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet de la Haute-Garonne lui oppose l'absence de visa long séjour alors qu'elle se prévaut des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'autorité préfectorale dans son refus de faire usage de son pouvoir discrétionnaire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence en ce que son signataire n'est pas spécifiquement habilité à agir en lieu et place du préfet de la Haute-Garonne pour pareille mesure ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'autorité préfectorale s'est estimée liée par les critères légaux pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que l'autorité préfectorale a refusé de lui accorder un délai de retour volontaire supérieur à trente jours eu égard aux nécessités liées au déroulement de ses études.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 mars 2023 à 12h00.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 13 juillet 1992, est entrée sur le territoire français le 1er octobre 2014 sous couvert d'un visa long séjour valide. Elle a obtenu un titre de séjour mention " étudiant " régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2018. Par une décision du 26 avril 2019, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 9 décembre 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 21 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, du 21 septembre 1992, publiée au Journal officiel de la République française le 23 avril 1995 : " Pour un séjour de plus de trois mois : () - les ressortissants ivoiriens à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de la même convention: " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la demande d'admission au séjour de Mme A à la fois sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celui de l'article 9 de la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire, signée à Abidjan le 21 septembre 1992. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne, après avoir examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante au regard des considérations humanitaires et motifs exceptionnels invoqués par l'intéressée, a pu également, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne, au seul motif qu'elle ne disposait pas, à la date de l'arrêté attaqué, du visa de long séjour requis par les stipulations précédemment visées.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir relevé que Mme A ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité, a apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation en relevant que Mme A disposait d'une inscription en " MBA Gestion de patrimoine " au titre des années 2019-2020 et 2020-2021 mais qu'elle ne justifiait pas de nécessités liées au déroulement de ses études en raison notamment de la fin de l'année scolaire.
5. Ainsi, l'autorité préfectorale ne s'est pas estimée liée par la seule circonstance que Mme A ne présentait pas le visa long séjour requis puisqu'elle a apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation en l'absence d'un tel visa. Le moyen tiré de ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ne peut donc qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ".
7. Il résulte des stipulations précitées qu'il appartient à l'administration saisie d'une demande de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, sous le contrôle du juge, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement des études et de vérifier le caractère réel et sérieux de celles-ci.
8. En l'espèce, il est constant qu'à la suite de l'obtention de sa licence de droit en 2016, Mme A s'est inscrite pendant deux années consécutives en première année de master de droit des affaires à l'Université Toulouse I Capitole, au titre des années universitaires 2017-2018 et 2018-2019, sans toutefois valider de diplôme. Par la suite, Mme A a entrepris un changement de cursus en s'orientant vers un MBA " Gestion de patrimoine ", qu'elle a suivi au sein de l'établissement MBA ESG durant les années universitaires 2019-2020 et 2020-2021. Si l'intéressée soutient qu'elle a réussi sa réorientation car elle a validé ses deux premières années dans une formation en lien avec ses études initiales et qu'elle a démontré être une étudiante persévérante et sérieuse, il est constant qu'elle n'a, en dépit de sa résidence en France depuis l'année 2014 sous couvert d'un titre de séjour étudiant, obtenu qu'une licence et accompli deux années de MBA à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, elle a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2019 qu'elle n'a pas exécutée. Par suite, en l'absence de progression notable de nature à démontrer le caractère réel et sérieux de ses études, les circonstances de l'espèce ne peuvent être regardées comme révélant un motif exceptionnel de régularisation, de telle sorte que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par le préfet de la Haute-Garonne à Mme A n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
10. En second lieu, Mme A soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle la contraindrait à interrompre ses études en France, dans des conditions qui sont plus favorables que dans son pays d'origine, la Côte d'Ivoire. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit au point 8, le caractère sérieux des études suivies en France par l'intéressée n'est pas établi. En outre, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas poursuivre ses études en Côte d'Ivoire. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020, publié au recueil administratif du même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. En conséquence, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
13. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée, alors que Mme A n'établit pas avoir sollicité un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à trente jours.
14. En troisième et dernier lieu, si Mme A soutient qu'un délai de trente jours pour quitter le territoire français est insuffisant en raison de nécessités liées au déroulement de ses études, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de Mme A présentait, à la date de la décision attaquée, un caractère exceptionnel justifiant que le préfet lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, n'est pas fondé et doit, dès lors, être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 21 juin 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me de Boyer Montégut et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Quessette, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD
L'assesseur le plus ancien,
M. BERNOSLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026