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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200422

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200422

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, Mme A C, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros en application des dispositions combinées du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Benhamida, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'illégalité en ce que son signataire n'a pas reçu délégation de signature à effet de signer pareille mesure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en ce qu'elle est basée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'illégalité en ce que son signataire n'a pas reçu délégation de signature à l'effet de signer pareille mesure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Par ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mars 2023 à 12h00.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le à Lardjim (Algérie), est entrée en France le 15 janvier 2017, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de 30 jours délivré par le consulat de France à Oran. En raison de l'état de santé de son enfant, , à Tissemsilt, de nationalité algérienne, Mme C a sollicité le 28 novembre 2017 son admission au séjour en France en qualité d'accompagnant d'enfant malade sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 14 janvier 2019, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a par la suite été définitivement confirmé par la Cour administrative d'appel de Bordeaux dans un arrêt du 19 décembre 2019 (n°19BX03152, 19BX03153). Le 11 mars 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 13 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 12 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la demande tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

5. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision contestée qu'après avoir relevé que Mme C ne pouvait obtenir un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet de la Haute-Garonne a, dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, procédé à l'examen de sa situation personnelle afin d'apprécier s'il pouvait être délivré à l'intéressée un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ". Mme C, qui a levé le secret médical concernant sa fille, verse au dossier, un certificat médical en date du 4 mars 2021 par lequel le praticien de la case de santé en charge du suivi de cette dernière atteste que la malformation rachidienne complexe dont elle est atteinte ne peut pas être suivie dans son pays d'origine, car elle n'est pas prise en charge en Algérie. Un second certificat médical en date du 17 novembre 2021, atteste également de ce qu'un suivi spécialisé et une prise en charge dans un hôpital de haute complexité ainsi qu'une rééducation adaptée sont nécessaires pour " éviter une dégradation de son état neurologique ". Par ailleurs, Mme C se prévaut d'une demande d'autorisation de travail formulée par l'entreprise le 6 novembre 2020 pour un poste d'assistante ménagère, ainsi que de la scolarisation de ses cinq enfants en France et de son suivi d'ateliers de français démontrant par là son intégration sur le territoire français. Pour ces raisons, et dans les circonstances particulières de l'espèce, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions susvisées.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, que Mme C est fondée à demander l'annulation de cette décision ainsi que, par voie de conséquence des décisions, édictées dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Il en résulte que l'arrêté du 13 septembre 2021 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 13 septembre 2021 implique, eu égard aux motifs pour lesquels elle est prononcée, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en la munissant dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Benhamida renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Benhamida de la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme C.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 13 septembre 2021 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en la munissant, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Me Benhamida, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Benhamida renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Benhamida.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOS

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD La greffière

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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