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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200486

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200486

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 janvier et 15 avril 2022, M. C B, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel la préfète du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de réexaminer sa situation sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État, outre les entiers dépens, le paiement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Benhamida de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

-sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la préfète n'a pas apprécié si la mesure d'éloignement était de nature à comporter pour sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- il relève de la catégorie des ressortissants étrangers protégés contre l'éloignement au titre de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale :

- il est constant que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité guinéenne, a déclaré être entré en France le 5 mars 2014 de manière irrégulière. Il a fait l'objet d'une réadmission en Espagne le 4 juin 2015 mais est revenu en France le jour même et a déposé une demande de titre de séjour " étranger malade ". Il a obtenu un titre de séjour " étranger malade " valable jusqu'au 4 juin 2020. Par un arrêté du 23 novembre 2020, pris après que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que son état de santé ne nécessitait pas une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une extrême gravité, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un arrêté du 27 janvier 2022, pris à la suite d'une interpellation lors d'un contrôle de gendarmerie du même jour, et dont M. B demande l'annulation, la préfète du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 juin 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté du 1er décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Tarn a donné à M. Chollet, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certains actes limitativement énumérés et parmi lesquels ne figurent pas les décisions de refus de séjour d'un ressortissant étranger sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté en litige qu'il comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de M. B, que la préfète du Tarn se serait abstenue de procéder à un examen sérieux et personnalisé de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. En l'espèce, si M. B soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, il n'établit aucunement appartenir à la catégorie de personnes concernées par les dispositions susmentionnées. En particulier, sa seule allégation, portée au procès-verbal de son audition du 27 janvier 2022, selon laquelle il aurait des " pertes de conscience suite à des maux de tête ", au demeurant non établie et non circonstanciée, ne saurait démontrer que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale. Au surplus, il n'est pas contesté que, le 15 octobre 2020, le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis au terme duquel son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il relève de la catégorie des étrangers protégés contre l'éloignement au titre des dispositions susmentionnées, ni que la préfète du Tarn n'aurait pas apprécié si la mesure d'éloignement était de nature à comporter pour sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

9. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Si M. B se prévaut dans sa requête des conséquences d'une extrême gravité pour son état de santé qu'un défaut de prise en charge entraînerait, il ne l'établit aucunement, comme cela a été dit au point 8. En outre, s'il affirme que sa sœur réside à Toulouse, il reconnaît conserver des attaches familiales, notamment sa femme et ses trois enfants, dans son pays d'origine, la Guinée (Conakry), où il a vécu au moins jusqu'à ses 30 ans. Dans ces conditions, la préfète du Tarn n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations susmentionnées.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs et en l'absence de tout élément circonstancié à l'appui de sa requête, M. B ne saurait soutenir que la préfète du Tarn aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale

En ce qui concerne le pays de destination :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

13. Si M. B a allégué lors de son audition par les gendarmes le 27 janvier 2022 qu'une personne voulait le tuer car il était jaloux de son travail dans un garage, cette seule circonstance, au demeurant non établie, ne saurait démontrer qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations susmentionnées en cas de retour dans son pays d'origine, la Guinée (Conakry), en particulier en termes de disponibilité et d'accessibilité du traitement de suivi de son état de santé, ainsi qu'il a été dit plus haut, de sorte que ce dernier moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

15. En l'espèce, d'une part, il est constant que M. B n'a pas respecté la décision d'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours prévue par l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne pris à son endroit le 23 novembre 2020, d'autre part, il ne conteste pas être dans l'incapacité de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Tarn aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de deux ans :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

17. En l'espèce, il résulte de ce qui précède, en particulier de qui a été dit aux points 8, 10 et 16, que M. B n'est fondé à soutenir, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de deux ans, ni qu'elle serait illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de délai de départ volontaire, ni que la préfète du Tarn n'aurait pas tenu compte de sa situation personnelle et de ses conditions d'existence en la prononçant, ni qu'elle contreviendrait ai droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète du Tarn en date du 27 janvier 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le rapporteur,

S. A

Le président,

T. SORINLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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