mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2200502 et un mémoire, enregistrés les 31 janvier et 17 mars 2022, M. B C, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision contestée a été prise en méconnaissance des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée méconnait les dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne pouvait faire l'objet d'une telle mesure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête n° 2200708 et un mémoire, enregistrés les 9 février et 17 mars 2022, M. B C, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) de constater l'illégalité de l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2022 par lequel la préfète du Tarn l'a assigné à résidence pour une durée de six mois renouvelable ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;
- la décision d'assignation à résidence n'est pas justifiée dès lors qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité et qu'il ne présente aucune menace pour l'ordre public ;
- elle est illégale, disproportionnée et impacte sa liberté d'aller et de venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions des 24 mai et 28 juin 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant marocain, né le 14 août 2003, déclare être entré sur le territoire français le 1er juin 2016, mineur, accompagné de ses parents. Le requérant a obtenu, le 9 octobre 2018, un titre de séjour d'une durée de cinq ans en Espagne. L'intéressé a sollicité, le 6 septembre 2021 un titre de séjour " vie privée et familiale " en France. Par un arrêté du 15 novembre 2021, la préfète du Tarn a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 4 janvier 2022, la préfète du Tarn a assigné l'intéressé à résidence dans ce département pour une durée de six mois renouvelable. Par les présentes requêtes, M. C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés des 15 novembre 2021 et 4 janvier 2022.
Sur la jonction :
2. Les présentes requêtes nos 200502 et 200708 ont été introduites par un même requérant, ont trait à une même situation et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un jugement commun.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Il incombe au juge administratif, pour apprécier la réalité du séjour de l'étranger et la consistance de ses liens personnels et familiaux, d'apprécier l'ensemble des pièces produites par l'intéressé, une absence de courte durée du territoire national ne remettant pas nécessairement en cause le caractère habituel de la résidence en France.
4. Pour refuser à M. C la délivrance de droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète s'est notamment fondée sur la circonstance que le requérant ne justifierait pas résider habituellement en France depuis l'âge de treize ans avec ses parents. L'intéressé soutient cependant qu'il réside avec ses parents depuis son entrée en France, au mois de juin 2016, et produit, à cet effet, un bail d'habitation conclu par ses parents pour un logement situé 4 rue Louis Ranvier à Roanne (42) le 1er juin 2016, ainsi qu'une quittance de loyer pour le mois de juillet 2016. Si la préfète fait état de ce que le requérant n'attesterait de sa propre présence qu'à compter de la rentrée de septembre 2016, soit moins d'un mois après la date anniversaire de ses 13 ans, il résulte des éléments précités ainsi que de la teneur des jugements rendus à l'égard du père du requérant, respectivement, par les tribunaux administratifs de Lyon et de Montpellier les 12 novembre 2019 et 25 mai 2021, sous les n° 1904036 et 2100917, devenus définitifs, que M. C doit être regardé comme justifiant, au regard de ce faisceau d'indices concordants, de son entrée en France accompagné de ses parents, au mois de juin 2016 soit avant son treizième anniversaire. Il est par ailleurs établi par les pièces versées au dossier, notamment les avis d'imposition de 2017 à 2021 et le procès-verbal d'audition en date du 29 décembre 2021, que le requérant réside en France avec ses parents depuis 2016. M. C justifie également, notamment par les certificats de scolarité qu'il produit, les attestations des chefs des établissements qu'il a fréquentés et ses relevés de notes, qu'il est scolarisée de façon continue et sérieuse en France depuis l'année scolaire 2016-2017 et qu'il poursuit, à la date de la décision attaquée, un cursus de certificat d'aptitude professionnelle en " Ferronerie d'Art " à Mazamet. Au demeurant, si le requérant ne produit pas de certificat de scolarité pour l'année 2019-2020, il justifie toutefois de sa scolarisation en France par l'obtention du diplôme national du brevet au titre de la session 2020, ce que la préfète a d'ailleurs reconnu elle-même dans sa décision. Par ailleurs, s'il est constant que le requérant a obtenu, le 9 octobre 2018, un titre de séjour d'une durée de cinq ans en Espagne, et qu'il se serait rendu sur le territoire espagnol du 1er juillet 2021 au 10 août 2021, soit pendant une durée d'un peu plus d'un mois en période estivale, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour remettre en cause sa résidence habituelle sur le territoire français, au sens et pour l'application des dispositions précitées. Dès lors, M. C est fondé à soutenir que la préfète du Tarn, qui n'a pas procédé à un examen précis et circonstancié de sa demande, a de surcroît fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision de refus de titre de séjour en litige doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises le même jour par lesquelles la préfète du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ainsi que la décision du 4 janvier 2022 par laquelle elle l'a assigné à résidence pour une durée de six mois renouvelable, lesquelles s'avèrent privées de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Tarn, sous réserve d'un éventuel changement de circonstances de fait, de délivrer à M. C un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions précitées au point 3, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que le conseil de M. C renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros à verser à Me Sadek.
D E C I D E :
Article 1 : Les arrêtés de la préfète du Tarn des 15 novembre 2021 et 4 janvier 2022 pris à l'encontre de M. C sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait, de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 500 euros au conseil de M. C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Sadek renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Sadek et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
T. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2200502, 2200708
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026