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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200504

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200504

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBACHELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2022, Mme B D, représentée par Me Bachelet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi que le paiement d'une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, sur le seul fondement du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnait les stipulations des articles 6 (5°), 7 (b) et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision de refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité qui affecte les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 janvier 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 23 mars 1985, est entrée en France, le 14 novembre 2015 sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa de 90 jours émis par le consulat de France à Oran, valable du 18 octobre 2015 au 14 avril 2016. Le 3 mars 2021, l'intéressée a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié, respectivement sur le fondement des articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 16 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, l'intéressée sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 28 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

3. Par un arrêté en date du 20 septembre 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne n° 31-2021-325, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, ainsi que les décisions prises en application des articles L. 511-1 à L. 511-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision contestée vise les différents textes dont le préfet a fait application, notamment les articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien, et mentionne les considérations de fait propres à la situation personnelle de la requérante. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionnent explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de la requérante, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation personnelle de l'intéressée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. " L'article 9 du même accord ajoute : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. "

7. Il est constant que Mme D est entrée sur le territoire français, le 14 novembre 2015 muni d'un simple visa de court séjour dont la validité a expiré le 14 avril 2016 et qu'elle n'a, par la suite, jamais disposé d'un visa de long séjour ni été admis à résider sur le territoire français au titre de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dès lors, si la requérante a présenté, à l'occasion de sa demande de titre de séjour, un contrat de travail à durée indéterminée et à temps partiel en qualité d'assistante de vie, il résulte des stipulations, dispositions et principes précédemment rappelés que le préfet pouvait à bon droit se borner à constater, comme il l'a fait, que la requérante était dépourvue de visa de long séjour et ne remplissait pas, en tout état de cause, les conditions posées par les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. Dès lors, si le préfet de la Haute-Garonne a, au surplus, indiqué dans l'arrêté contesté que Mme D ne justifiait pas d'un contrat de travail visé par l'administration du ministère chargé de l'emploi ainsi que l'exigent les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, l'auteur de l'acte contesté n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, ni méconnu les stipulations de ce même article. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien.

8. En quatrième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour telles qu'elles figurent à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. En l'espèce, le contrat de travail versé au dossier par l'intéressée à l'appui de sa demande, concernant un emploi d'assistante de vie, pour lequel elle se borne à faire valoir huit mois d'expérience à ce poste alors qu'au demeurant elle n'était pas autorisée à travailler sur le territoire français, ne suffit pas à établir l'existence d'une qualification particulière ou d'une expérience significative, ni à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir propre de régularisation au titre de l'activité salariée, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour pour ce motif.

10. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus. "

11. Si Mme D fait état de ce qu'elle serait présente en France depuis 2015, outre le fait qu'elle n'établit pas le caractère continu de cette présence tout au long de cette période, dès lors qu'elle ne justifie pas, par les pièces produites, sa présence ininterrompue au titre des années dont elle se prévaut, il ressort également des pièces du dossier qu'elle s'y est maintenue en toute illégalité sans avoir jamais cherché à régulariser sa situation. Par ailleurs, si l'intéressée soutient avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, il ressort de ces mêmes pièces que Mme D, célibataire et sans enfants, dispose encore de liens forts en Algérie où résident notamment ses parents et quatre de ses frères et sœurs. Si elle indique aussi que quatre de ses frères résident en France, cette seule circonstance, alors au demeurant qu'elle n'établit pas la réalité et l'intensité de ses liens avec eux, ne saurait suffire à démontrer que le centre de ses intérêts personnels et familiaux se situerait désormais en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas méconnu les stipulations précitées au point 10 dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, en refusant de délivrer à l'intéressée un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale, n'a, pour les mêmes motifs, pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour n'est fondé. Par suite, Mme D ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté, en toute hypothèse.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

15. En dernier lieu, Mme D, qui n'a pas d'enfants, ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, Mme D ne saurait se prévaloir par voie d'exception de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

17. En second lieu, la décision fixant le pays de renvoi comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2021 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en toute hypothèse, celles présentées au titre de dépens inexistants.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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