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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200505

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200505

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 janvier et 4 avril 2022, M. D B, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, le cas échéant, " salarié ", sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen immédiat de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont entachées par l'incompétence du signataire de l'arrêté, en l'absence de délégation, d'empêchement du préfet et de date limite de délégation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant de transmettre le contrat de travail qu'il a présenté aux services du ministère de l'emploi pour validation conformément aux dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales combiné avec l'article 8 de la même convention et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 18 août 1982, déclare être entré en France le 8 octobre 2016, de manière irrégulière. Il a sollicité, le 10 juin 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié, respectivement sur le fondement des articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 10 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre 2021 au recueil n° 31-2021-325 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers et notamment les refus de séjour et les mesures d'éloignement. L'arrêté en cause qui ne subordonne pas la délégation à une indisponibilité du préfet, est suffisamment précis et n'avait pas à comporter une date de fin de délégation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté dans toutes ses dimensions.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée vise les différents textes dont le préfet a fait application, notamment les article 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien et mentionne les considérations de fait propres à la situation personnelle du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionnent explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En troisième lieu, la demande présentée par un étranger sur le fondement du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2. Il s'ensuit que le préfet n'était pas tenu de saisir l'autorité administrative compétente afin que cette dernière accorde ou refuse, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire, l'autorisation de travail visée à l'article L. 5221-5 du code du travail.

6. En quatrième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour telles qu'elles figurent à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. En l'espèce, la demande d'autorisation de travail versée au dossier par l'intéressé à l'appui de sa demande, concernant un emploi d'agent de sécurité, pour lequel il n'établit d'ailleurs pas disposer d'une qualification particulière ou d'une expérience significative, ne suffit pas à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir propre de régularisation au titre de l'activité salariée, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B pour ce motif.

8. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus. "

9. Si M. B soutient résider habituellement sur le territoire français depuis le 8 octobre 2016, il ne l'établit pas, en toute hypothèse, dès lors qu'il ne produit aucun justificatif notamment pour les périodes du 3 octobre 2017 au 20 juin 2018, du 11 janvier 2019 au 21 juin 2019 et, concernant la période du 26 février 2020 au 30 janvier 2021, il se borne à produire un justificatif en date du 11 juillet 2020 attestant de ce qu'il a sollicité la délivrance d'un passeport au consulat d'Algérie à Toulouse. Il ressort également des pièces du dossier que si M. B a épousé, en 2007, un ressortissante algérienne, titulaire en France d'un certificat de résidence, avec laquelle il a eu trois enfants nés respectivement en 2011, 2012 et 2017, il est constant que le divorce des époux a été prononcé par jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Toulouse en date du 25 octobre 2019. Et si M. B bénéficie de l'exercice conjoint de l'autorité parentale à l'égard de ses trois enfants ainsi que d'un droit de visite à la journée s'exerçant, les samedi et dimanche des semaines paires sans nuitée, toutefois, en se prévalant essentiellement de pièces relatives à la scolarité de ses enfants, insusceptibles de démontrer son implication effective dans leur éducation, ainsi que quelques photographies non datées, il n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses trois premiers enfants. Par ailleurs s'il fait état de son mariage religieux avec une ressortissante algérienne, titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'en 2023, avec laquelle il a eu un enfant né en France en 2019, M. B n'établit pas davantage la réalité et l'ancienneté de sa communauté de vie avec sa compagne alors qu'il a déclaré sur sa demande de titre de séjour, le 10 juin 2021, être hébergé par l'une de ses sœurs et a produit une attestation d'hébergement en ce sens, datée du 16 avril 2021, remettant sérieusement en cause les attestations produites par sa compagne à l'appui de sa requête. A cet égard, les pièces produites au nom du requérant et de sa compagne actuelle étant datées au plus tôt du mois de juillet 2021, M. B, qui se borne à produire une attestation et des factures de la crèche, ne démontre pas non plus participer à l'entretien et à l'éducation de son dernier enfant. Enfin, l'intéressé n'établit pas davantage la réalité de l'insertion dont il se prévaut, en ne produisant qu'une demande d'autorisation de travail versée au dossier par l'intéressé à l'appui de sa demande, concernant un emploi d'agent de sécurité. Dans ces conditions et dès lors qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie en Algérie, pays dans lequel sa cellule familiale à vocation à se reconstituer et où il conserve des attaches affectives importantes notamment sa mère, deux de ses sœurs et son frère, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Haute-Garonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision en litige, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien. Cette même décision ne peut, pour les mêmes motifs, être regardée comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

11. Comme indiqué au point 8 du présent jugement, M. B n'établit pas, par les pièces qu'il produit, qu'il exerçait toujours le droit de visite qui lui a été attribué à l'égard de ses trois enfants, ni qu'il contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci et de son dernier enfant, à la date du refus de titre de séjour litigieux. Par suite et en tout état de cause, il ne saurait utilement soutenir que, par ce refus de titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales combiné avec l'article 8 de la même convention et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté, en toute hypothèse.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour n'est fondé. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il en va de même, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, à le supposer soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir par voie d'exception de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

17. En second lieu, la décision fixant le pays de renvoi comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2021 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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