mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KASSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 12 avril 2022, M. B E, représenté par Me Kassi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 1. de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, de mettre cette même somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient, outre que la requête est recevable, que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande, notamment au regard des stipulations du 1. de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- la décision attaquée méconnait les stipulations du 1. de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait pas fonder la décision attaquée sur l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ni sur les stipulations du 5. de l'article 6 ou du b. de l'article 7 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il a seulement sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 1. de l'article 6 de cet accord ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet de la Haute-Garonne s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les observations de Me Kassi, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né le 2 octobre 1977, est entré en France le 4 novembre 2003 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant ". Il a ensuite été mis en possession d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant, renouvelé jusqu'au 20 novembre 2009. Par arrêté du 15 mars 2010, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. La légalité de cet arrêté a été confirmée par jugement du tribunal administratif du 17 juin 2010 et par arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 29 mars 2011. M. E a sollicité par lettre du 29 avril 2021 la délivrance d'un certificat de résidence. Il demande l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. E ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y par suite plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-325, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les mesures d'éloignement et les arrêtés portant décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E et l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, qui, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, s'est notamment prononcé sur la demande de M. E tendant à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 1. de l'article 6 de l'accord franco-algérien, n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de sa situation.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
8. Si M. E se prévaut de sa présence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans, les pièces produites à l'appui de la requête, constituées pour les années 2017 à 2021 de factures d'opérateurs téléphoniques, de courriers adressés à la domiciliation postale du requérant, d'extraits de pages internet localisant son téléphone portable sur la commune de Toulouse, de souscriptions mensuelles d'abonnement de transports en commun et d'attestations d'utilisation de ces abonnements, qui n'impliquent pas nécessairement la présence de l'intéressé, et enfin, d'attestations peu circonstanciées, ne permettent pas de justifier de sa présence habituelle en France durant cette période. Ainsi, le requérant ne satisfait pas à la condition de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du 1. de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a fait l'objet le 15 mars 2010 d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité d'agent qualifié de service au sein d'une société de nettoyage, au demeurant postérieure à la décision de refus de séjour attaquée, il ne justifie pas, par les éléments qu'il produit, de son intégration. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être écarté.
10. En sixième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus de séjour étant écartés, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français, du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.
11. En septième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé en situation de compétence liée pour obliger M. E à quitter le territoire français.
12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" () ".
13. M. E, qui n'a été en situation régulière sur le territoire français que jusqu'au 20 novembre 2009, au demeurant en qualité d'étudiant, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. En neuvième et dernier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant écartés, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination, du fait de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation susvisées doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
16. Les conclusions à fin d'annulation de M. E étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
17. Les conclusions de M. E tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Kassi et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026