mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er février 2022 et le 9 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
S'agissant de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
- son droit à être entendu au sens de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la préfète de l'Ariège n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 426-17, L. 432-1, L. 432-2 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de l'Ariège n'a pas procédé à un examen concret de sa situation au regard de la caractérisation de la menace à l'ordre public et de la durée et des conditions de sa résidence en France ;
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. C, en présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 31 décembre 1994, est entré en France selon ses déclarations le 13 juin 2010 et a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à partir du 25 mars 2011. M. C a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié du 12 janvier 2012 au 3 juillet 2017, puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable jusqu'au 3 juillet 2021. Il a sollicité le 11 mai 2021 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié ainsi que la délivrance d'une carte de résident. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans () ". L'article L. 432-1 du même code dispose : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. C en qualité de salarié ou de lui délivrer une carte de résident, la préfète de l'Ariège a considéré que sa présence sur le territoire national constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 12 septembre 2017 par le tribunal correctionnel de Thionville à six mois de prison avec sursis pour corruption de mineur de 15 ans, à raison de faits commis entre le 1er avril 2016 et le 17 janvier 2017, et à son inscription au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infraction sexuelle. Il a également fait l'objet d'un rappel à la loi le 5 octobre 2017 pour avoir omis, du fait de cette inscription, de justifier de son adresse auprès des services de police. Si la préfète fait état d'une poursuite engagée à l'encontre du requérant du fait d'un viol commis sur une mineure de plus de 15 ans, il ressort du procès-verbal de synthèse de l'enquête préliminaire dressé le 6 octobre 2015 que cette procédure a été classée sans suite, l'officier de police judiciaire mentionnant " qu'il n'existe pas de raisons plausibles de présumer que la ou les infractions () ont été commises et peuvent être retenues ". En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 2010, à l'âge de 16 ans, et qu'il réside de manière continue sur le territoire français depuis cette date, ses titres de séjour étant régulièrement renouvelés. Le requérant a épousé une compatriote le 25 novembre 2017, cette dernière étant autorisée par la préfète de l'Ariège le 10 janvier 2019 à rejoindre son époux en France par la voie du regroupement familial et étant enceinte de trois mois à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, M. C, qui a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en qualité de maçon dans le cadre de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, est employé depuis le 7 novembre 2016 au sein de la même entreprise en qualité d'ouvrier professionnel, par la voie d'un contrat de travail à durée indéterminée. Il justifie également, par la production de nombreuses attestations circonstanciées, de son intégration. Ainsi, compte tenu de son comportement depuis les faits délictueux commis en dernier lieu en 2017 et de l'intensité de sa vie privée et familiale en France, la préfète de l'Ariège a commis une erreur d'appréciation en considérant que la présence de M. C sur le territoire national constituait une menace suffisamment grave pour l'ordre public lui permettant de refuser le renouvellement de son titre de séjour ou de lui délivrer une carte de résident.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision de refus de séjour du 18 janvier 2022 doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions obligeant M. C à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, privées de base légale, doivent également être accueillies.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
7. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté du 18 janvier 2022, implique nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation, et dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. C satisfait aux conditions posées par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, que la préfète de l'Ariège lui délivre une carte de résident dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Ariège du 10 janvier 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de délivrer une carte de résident à M. C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026