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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200660

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200660

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPETER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février 2022 et le 12 septembre 2022, M. A D, représenté par Me Peter, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le maire de Seysses lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif portant sur la construction de 11 villas sur un terrain sis au lieu-dit " Espinauguet de Saint-Ague " à Seysses (Haute-Garonne) ;

2°) d'annuler partiellement la délibération du 26 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Seysses a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune, en tant qu'elle classe en zone agricole les parcelles cadastrées section B n°s 874, 875 et 2553 ;

3°) d'enjoindre au maire de Seysses de réexaminer le classement des parcelles cadastrées section B n°s 874, 875 et 2553 en zone agricole, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Seysses le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section B n°s 874, 875 et 2553 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la commune de Seysses, représentée par Me Lapuelle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2023.

Par un courrier du 19 janvier 2024, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente en méconnaissance de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, la commune de Seysses a présenté des observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office communiqué par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rousseau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- les observations de Me Peter, représentant M. D,

- et les observations de Me Foucard, représentant la commune de Seysses.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme " opérationnel " portant sur la construction de 11 villas sur un terrain situé au lieu-dit " Espinauguet de Saint-Ague " à Seysses (Haute-Garonne). Par un arrêté du 2 décembre 2021, le maire de Seysses lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par la présente requête, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation du seul arrêté du 2 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / () b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus / () Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau ".

3. Il résulte de ces dispositions, qui n'ont pas pour vocation de suppléer les délégations que le maire peut consentir à ses adjoints en vertu de l'article L. 2122-18 du même code, qu'elles ne donnent compétence au suppléant que pour les actes dont l'accomplissement, au moment où il s'impose, serait empêché par l'absence du maire et ne permettrait donc pas un fonctionnement normal de l'administration municipale.

4. En l'espèce, l'arrêté du 2 décembre 2021 a été signé par Mme B C, première adjointe au maire, " pour le maire empêché ". Si la commune justifie de l'absence du maire de la commune de Seysses le jour où l'arrêté en litige a été pris, eu égard au délai d'instruction de la demande de certificat d'urbanisme présentée par M. D, qui expirait le 2 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme, cet arrêté ne présentait pas le caractère d'un acte dont l'accomplissement s'imposait normalement à la date du 2 décembre 2021. Dans ces conditions, la première adjointe au maire n'était pas compétente pour signer l'arrêté attaqué.

5. Pour l'application de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'est pas de nature à permettre l'annulation de l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le maire de Seysses a délivré à M. D un certificat d'urbanisme opérationnel négatif doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au maire de Seysses de réexaminer le plan local d'urbanisme de Seysses en tant qu'il classe en zone agricole les parcelles cadastrées section B n°s 874, 875 et 2553. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. D doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Seysses au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Seysses la somme demandée par M. D sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Seysses du 2 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Seysses au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Seysses.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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