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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200736

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200736

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCAMBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2022, M. E D représenté par Me Cambon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; il n'a jamais été informé de la possibilité de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet n'a pas examiné ses droits au séjour au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

- sa situation n'est pas constitutive d'un abus de droit au sens du 3°de l'article L. 251-1 dès lors qu'il est en France de manière continue depuis 2009, qu'il y exerce une activité professionnelle depuis 2017 et est affilié à la sécurité sociale ;

- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et a été prise en méconnaissance du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision interdisant la circulation du requérant en France pendant un durée de deux ans :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; il n'a jamais été informé de la possibilité de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la décision attaquée qui est motivée notamment par les circonstances que M. D ne justifie pas de l'exercice d'une activité professionnelle en France ni être affilié à une assurance maladie, trouve son fondement légal dans les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal est en conséquence susceptible de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions des 2° et 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées par le préfet de la Haute-Garonne, celles du 1° du même article.

Des observations, enregistrées le 25 novembre 2022, ont été présentées pour M. D et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant belge, est entré en France au cours de l'année 2010 avec sa mère et ses deux frères. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 5 juillet 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a fait obligation à M. D de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des chapitres III et IV du Titre I du Livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions d'éloignement et de leurs mesures accessoires. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de telles décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'elles ne créent pas d'obligation pour les États membres, mais uniquement pour les institutions, organes et organismes de l'Union. Cet étranger peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union relatif au respect des droits de la défense impose qu'il soit mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé, lors de son audition par les services de police le 12 mai 2021, de ce qu'il allait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a été mis à même de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir. En outre, il n'est pas établi qu'il aurait été empêché de communiquer aux services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire en litige. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnait son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ni, en tout état de cause, l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D avant de prendre son arrêté. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet a vérifié s'il remplissait les conditions fixées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour séjourner en France pendant une durée supérieure à trois mois.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "

9. Pour obliger M. D à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne a relevé que le comportement de l'intéressé représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, que sa présence en France était constitutive d'un abus de droit et, enfin, qu'il ne justifiait pas remplir les conditions fixées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un séjour en France d'une durée supérieure à trois mois.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné, par jugement du tribunal correctionnel de Saint-Gaudens le 4 octobre 2018 à deux mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public dans un établissement scolaire ou éducatif ou aux abords à l'occasion de l'entrée et de la sortie des élèves et a un mois d'emprisonnement pour des faits de voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable. Le 18 octobre 2018, il a été condamné par le même tribunal à un mois d'emprisonnement pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et détention non autorisée de stupéfiants. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient être regardés comme constituant, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet d'obliger un ressortissant d'un état membre de l'Union européenne à quitter le territoire français.

11. D'autre part, le préfet de la Haute-Garonne n'établit pas et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D, qui est en France depuis l'année 2010, aurait renouvelé des des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire ou qu'il y serait resté dans le but essentiel de bénéficier du système d'assurance sociale. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait pas davantage se fonder sur le 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer la mesure d'éloignement en litige.

12. Toutefois, ainsi que l'a mentionné le préfet dans son arrêté, M. D ne justifie pas, qu'à la date de l'arrêté contesté, il exerçait une activité professionnelle ni qu'il disposait de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ainsi que d'une assurance maladie. Dès lors, le requérant ne remplissait pas les conditions fixées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour séjourner en France pendant plus de trois mois. Par suite, et alors que M. D résidait en France depuis 2010 et qu'il ne justifiait plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par l'article L. 233-1, il pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

14. En l'espèce, la décision en litige trouve son fondement légal dans les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 2° et du 3°du même article l'ayant fondée à tort. Cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

15. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le motif tiré de ce que M. D ne remplissait pas les conditions fixées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour séjourner en France pendant plus de trois mois.

16. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. M. D, qui est entré en France au cours de l'année 2010, se prévaut de l'ancienneté de son séjour et de la présence de sa mère ainsi que de ses frères. Toutefois, à la date de la décision contestée, il était célibataire et sans charge de famille. Ainsi qu'il le reconnaît lui-même, ses liens avec sa mère s'étaient distendus tandis qu'il n'apparaît pas qu'il serait particulièrement proche de ses deux frères. De même, s'il a effectué plusieurs années de scolarité en France, les rares attestations produites ne permettent pas de le regarder comme ayant noué durant son séjour des liens personnels d'une particulière intensité. Par ailleurs, s'il se prévaut de son intégration professionnelle en indiquant n'avoir jamais cessé de travailler, il ressort des pièces du dossier que ses périodes d'activité étaient limitées à quelques mois par an et, alors qu'il a fait l'objet en 2018 de trois condamnations pénales à des peines d'emprisonnement, il ne justifie pas d'une intégration particulière en dépit du suivi assuré par une association d'insertion. Dans ces circonstances, le préfet de la Haute-Garonne, en faisant obligation à M. D de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

18. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

19. Eu égard à ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, qu'en estimant qu'il existait une urgence à éloigner M. D en raison de son comportement sur le territoire français et en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur d'appréciation et a entaché sa décision d'illégalité.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. D avant de prendre son arrêté.

22. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

23. Si M. D soutient que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucune précision quant aux menaces qui pèseraient sur lui dans son pays et ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans :

24. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

25. Ainsi qu'il été dit aux points 10 et 11 du présent jugement, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait légalement se fonder sur le 2° et le 3° de l'article L. 251-1 du code précité pour faire obligation à M. D de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, sa décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire pour une durée de deux ans est entachée d'illégalité.

26. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est seulement fondé à demander l'annulation des décisions du préfet de la Haute-Garonne en date du 1er juin 2021 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les frais liés au litige :

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 31 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. D.

Article 2 : Les décisions du préfet de la Haute-Garonne en date du 1er juin 2021 refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. D et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Cambon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La présidente-rapporteure,

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

M. B

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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