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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200782

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200782

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMIREPOIX

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud ;

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public ;

- et les observations de Mme C, représentant le département de la Haute-Garonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G épouse Zagouri a été agréée par le département de la Haute-Garonne le 8 décembre 2011 en qualité d'assistante maternelle pour l'accueil à temps complet de 2 enfants de 0 à 18 ans. Le 30 juin 2020, son agrément a été étendu pour l'accueil d'un 3ème enfant. A la suite d'informations portées à sa connaissance, le président du conseil départemental a suspendu son agrément d'assistante maternelle à titre conservatoire pour une durée de 4 mois, par une décision du 14 septembre 2021. Le 29 septembre 2021, Mme G épouse Zagouri a sollicité le renouvellement de son agrément. En parallèle, le président du conseil départemental a réuni la commission consultative paritaire départementale. Suivant l'avis favorable de cette commission, le président du conseil départemental a procédé le 20 décembre 2021 au retrait de l'agrément d'assistante maternelle de Mme G épouse Zagouri. Par décision du 21 décembre 2021, il a refusé de renouveler son agrément d'assistante maternelle. Par sa requête, Mme G épouse Zagouri demande l'annulation des décisions des 20 et 21 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 20 décembre 2021 portant retrait de l'agrément d'assistante maternelle :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 6 septembre 2021 publié au recueil des actes administratifs du conseil départemental de la Haute-Garonne le 30 septembre 2021 et consultable sur le site internet du département, le président du conseil départemental a donné délégation à Mme E B, cheffe du service des modes d'accueil à la direction adjointe de la protection maternelle et infantile de la direction enfance et famille, et, en son absence, à Mme F A, à l'effet de signer tous documents entrant dans le cadre de ses attributions et compétences, à l'exclusion de certains actes parmi lesquels ne figurent ni les décisions de retrait d'agrément ni les décisions de renouvellement d'agrément. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside ()/ L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes du 3ème alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. " Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. À cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que le ou les enfants accueillis sont victimes des comportements en cause ou risquent de l'être.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le retrait de l'agrément d'assistante maternelle de Mme G épouse Zagouri est fondé sur son incapacité à garantir la sécurité des enfants, sur ses difficultés à interroger ses pratiques professionnelles et, enfin, sur son absence de collaboration avec les services intervenant dans la prise en charge des mineurs.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour estimer que les conditions exigées par l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles n'étaient plus réunies et procéder au retrait de l'agrément d'assistante familiale de Mme G épouse Zagouri, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne s'est tout d'abord appuyé sur les informations recueillies par ses services et signalant d'une part que la requérante a administré le 14 avril 2021 une gifle à une jeune enfant de 3 ans qu'elle accueillait et d'autre part, que le 3 septembre 2021, les parents d'un nourrisson de 9 mois ont constaté, au retour au domicile de leur enfant, que celui-ci présentait une fracture au tibia. Le président du conseil départemental s'est également fondé sur la grille d'évaluation dressée par deux puéricultrices à l'issue de la visite domiciliaire effectuée chez la requérante le 22 avril 2021. Il a également tenu compte du compte-rendu de l'entretien organisé préalablement à la suspension de l'agrément de Mme G épouse Zagouri, le 10 septembre 2021.

6. D'une part, la grille d'évaluation élaborée à l'issue de la visite du 22 avril 2021 relate une gifle que Mme G épouse Zagouri admet avoir administré le 14 avril 2021à une enfant de 3 ans. S'il n'est pas contesté que la requérante a averti les parents le jour même de la commission cet acte de brutalité, il est constant qu'elle n'en a pas informé les services de la protection maternelle et infantile (PMI) et qu'elle a, en conséquence, manqué à ses obligations déclaratives. En outre, la grille d'évaluation souligne les carences relevées par les professionnels du secteur de la petite enfance dans l'adaptation proposée par Mme G épouse Zagouri à cette jeune enfant. Il est ainsi souligné que la requérante n'a pas questionné ses pratiques professionnelles après avoir constaté que l'enfant pleurait et connaissait des épisodes de colère durant les journées d'accueil alors que les parents, interrogés sur le comportement de leur fille, déclaraient ne pas constater le même comportement. Ensuite, il ressort du compte-rendu de la visite du 10 septembre 2021 qu'à son retour d'une journée d'accueil, un nourrisson de 9 mois présentait une fracture au tibia sans que Mme G épouse Zagouri ne soit en mesure de fournir un récit détaillé de la journée de ce tout jeune enfant. Les agents ayant mené l'entretien notent l'absence d'empathie éprouvée par la requérante face à la blessure de l'enfant. D'après ce même document, la requérante a changé de version au cours de l'entretien et a attribué la probable cause de l'accident à l'utilisation d'un lit à barreaux, équipement à l'utilisation duquel elle s'opposait depuis plusieurs années. S'agissant de cet évènement, Mme G épouse Zagouri ne peut sérieusement soutenir qu'elle aurait prévenu les services de la PMI dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ce n'est que le 9 septembre suivant, après que les parents du nourrisson l'aient informée de leur décision de mettre fin au contrat d'accueil, que l'intéressée a adressé un courriel aux services de la PMI lequel, s'il mentionne une fracture au tibia, ne précise pas que cette blessure a été diagnostiquée au retour d'une journée d'accueil à son domicile. Dans ces conditions, le président du conseil départemental a pu estimer que des suspicions de maltraitance étaient caractérisées et que la requérante avait, au surplus, méconnu ses obligations déclaratives.

7. D'autre part, il ressort de la grille d'évaluation établie à l'issue de la visite du 22 avril 2021 que Mme G épouse Zagouri a reconnu s'être confiée auprès de ses collègues à propos de la gifle et qu'elle a, ainsi, manqué à son devoir de confidentialité.

8. Enfin, la même grille d'évaluation signale la présence de produits d'hygiène à portée d'enfants au domicile de la requérante. A cet égard, les photographies produites par Mme G épouse Zagouri, non datées, ne sont pas de nature à contrarier ce constat. Par suite, le président du conseil départemental a pu considérer que la sécurité des enfants n'était plus assurée.

9. L'ensemble des faits ainsi reprochés à Mme G épouse Zagouri, leur nature ainsi que la gravité de l'acte de maltraitance du 14 avril 2021 puis de la blessure le 3 septembre 2021du nourrisson pris en charge par la requérante, survenus dans un bref intervalle de temps, ont pu conduire le président du conseil départemental de la Haute-Garonne à estimer que les conditions posées par l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles n'étaient plus réunies. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision ne présente pas un caractère disproportionné.

En ce qui concerne la décision du 21 décembre 2021 portant refus de renouvellement de l'agrément d'assistante maternelle :

10. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 2 du présent jugement le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. (). Tout refus d'agrément doit être motivé () ".

12. Si la décision portant refus de renouvellement de l'agrément dont bénéficiait Mme G épouse Zagouri ne mentionne pas les textes dont il est fait application, il ressort des pièces du dossier que cette décision a été prise à la suite du retrait de l'agrément de l'intéressée, intervenu le 20 décembre 2021, la veille du refus de renouvellement, et notifié à la requérante le jour même où la décision attaquée a été prise. Il ressort également des pièces du dossier que la décision attaquée vise les termes de cette précédente décision à laquelle elle renvoie expressément. Or, la décision portant retrait d'agrément vise les textes dont il est fait application, en particulier l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles qui régit tant la délivrance que le renouvellement de l'agrément d'assistant maternel, et mentionne les faits reprochés à Mme G épouse Zagouri, notamment les suspicions de maltraitance subis par deux enfants pris en charge à son domicile. En outre, cette décision mentionne l'absence de remise en question de l'intéressée, ainsi que les manquements relevés aux règles de sécurité, à son devoir de confidentialité ainsi que son absence de collaboration avec la PMI. Ces indications ont permis à la requérante de comprendre et de contester utilement la mesure prise à son encontre. Dans ces conditions, Mme G épouse Zagouri n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation.

13. En troisième lieu, si Mme G épouse Zagouri soutient que la décision attaquée est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de son agrément, il résulte de ce qui a été dit précédemment que cette dernière décision n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

14. En quatrième et dernier lieu, pour les motifs énoncés aux points 4 à 9 du présent jugement, Mme G épouse Zagouri n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant retrait de l'agrément d'assistante familiale de Mme G épouse Zagouri et refusant le renouvellement de cet agrément doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Les conclusions à fin d'annulation de Mme G épouse Zagouri étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les dépens :

17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme G épouse Zagouri présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Haute-Garonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme G épouse Zagouri demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G épouse Zagouri est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G épouse Zagouri et au président du conseil départemental de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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