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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200799

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200799

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2022 et le 24 février 2023, M. C F, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui octroyer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui octroyer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée de vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin auteur du rapport médical n'ait pas siégé au sein du collège de médecins et que celui-ci ait délibéré de manière collégiale ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une inexacte application des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- cette décision n'est pas motivée ;

- cette décision est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'une inexacte application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette décision viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête de M. F.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né le 24 juin 1980 et entré en France selon ses déclarations en janvier 2021, a demandé au préfet de la Haute-Garonne l'octroi d'un certificat de résidence d'un an sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 le 13 octobre 2021. Par un arrêté du 11 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande, a obligé M. F à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de l'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

S'agissant de la légalité externe :

2. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-325, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les mesures d'éloignement et les arrêtés portant décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. F. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Le premier alinéa de l'article R. 425-13 de ce code prévoit notamment que " Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

6. D'une part, l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 28 décembre 2021 sur la situation de M. F, porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège de médecins. Cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. M. F n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause le caractère collégial de cet avis, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un titre de séjour est entachée à cet égard d'un vice de procédure.

7. D'autre part, il ressort du bordereau de transmission de l'avis du collège de médecins, communiqué par l'OFII au préfet de la Haute-Garonne, ainsi que de l'avis du 28 décembre 2021, que le rapport médical relatif à l'état de santé de la requérante a été établi par le Dr A, et que ce médecin n'a pas siégé au sein du collège composé des docteurs Theis, Ruggieri et Minani. Par suite, le second moyen tiré du vice de procédure relatif à la composition du collège de médecins de l'OFII invoqué par M. F doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

8. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. F. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

10. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé notamment sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, en date du 28 décembre 2021, lequel énonce que si l'état de santé du requérant appelle une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourrait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

11. Si M. F a été amputé d'une partie du pied gauche par le biais d'une opération transtibiale en janvier 2021 au centre hospitalier universitaire Ambroise Paré de Paris, souffre d'un diabète insulino-dépendant et a présenté une plaie au pied droit, aucune des pièces produites par l'intéressé, et notamment les certificats médicaux des 6 mars 2021, 26 novembre 2021 et 3 juin 2022, que le traitement appelé par son état de santé ne serait pas disponible en Algérie. Dans ces conditions, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation, en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

12. Si, en dernier lieu, le requérant soutient que la décision de refus de séjour viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant dès lors que cette décision ne fixe par elle-même aucun pays de destination.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il ressort des termes de la délégation de signature conférée à Mme D que celle-ci est compétente pour décider des mesures d'éloignement et des décisions qui les assortissent. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

15. La décision portant obligation de quitter le territoire français, fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision refusant à M. F l'octroi d'un titre de séjour en vertu des dispositions ci-dessus reproduites. La décision relative au séjour étant suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit au point 5, l'obligation de quitter le territoire français l'est également.

16. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

17. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 11 ci-dessus que M. F, qui n'établit pas que le traitement appelé par son état de santé ne serait pas disponible en Algérie, n'est pas fondé à invoquer ces dispositions.

18. En dernier lieu, la décision de refus de titre de séjour adoptée à l'encontre de M. F n'est pas entachée des illégalités que le requérant allègue. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, il ressort des termes de la délégation de signature conférée à Mme D que celle-ci est compétente pour décider des mesures d'éloignement et des décisions qui les assortissent. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

20. En deuxième lieu, cette décision vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité du requérant et mentionne que M. F n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie. Elle est donc, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivée.

21. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. F n'est pas entachée des illégalités que le requérant allègue. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

22. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 ci-dessus que M. F n'établit pas être exposé au risque de défaut de soins en Algérie et, par suite, et à des conséquences d'une exceptionnelle gravité susceptible de caractériser un traitement inhumain et dégradant proscrit par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit donc être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 11 janvier 2022. Sa requête doit dès lors être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. Le présent jugement, dès lors qu'il rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F, n'implique la prescription d'aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à cette fin par le requérant doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais relatifs au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Durand la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Clémence Durand.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOS

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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