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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200854

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200854

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2022, M. C A, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- la décision contestée est signée d'une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision est signée d'une autorité incompétente ;

- elle est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la fixation du pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur de fait ;

- elle est contraire à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et par suite, irrecevable, à titre subsidiaire qu'elle n'est pas fondée.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité ghanéenne, est entré en France selon ses déclarations le 23 mai 2018. Il a bénéficié d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade valable jusqu'au 18 août 2021. Le 6 juillet 2021, M. A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par arrêté du 31 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 28 juin 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif à titre provisoire sont désormais sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du moyen commun :

3. L'adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, par arrêté du 20 septembre 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2021-325. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

S'agissant du refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé dans son avis du 10 novembre 2021 que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Ghana, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. A soutient que le Ghana ne peut assurer les soins psychiatriques dont il a besoin, et produit à l'appui de ses affirmations un certificat médical daté du 7 juillet 2020 attestant qu'il est suivi régulièrement depuis son hospitalisation de février 2020 par le centre médico-psychologique Saint-Michel et qu'il nécessite un suivi très étayant et régulier ainsi qu'un traitement médicamenteux qui lui est indispensable. Ni ce certificat médical, ni le justificatif d'hospitalisation psychiatrique sur demande d'un tiers établi par le directeur de l'hôpital le 13 décembre 2019 ne mentionnent que le traitement ambulatoire que suit M. A n'est pas disponible au Ghana. Si M. A soutient que le titre de séjour délivré sur le même fondement en janvier 2021 correspondait à un état de santé et une prise en charge inchangés depuis lors, il ne l'établit pas. Ainsi, la circonstance que le requérant a bénéficié l'année précédente d'un titre de séjour comme étranger malade ne permet pas à elle seule et en l'absence de toute précision concernant le traitement qu'il suit et le système de santé ghanéen à contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, considérer que M. A ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. M. A fait valoir qu'il a fixé désormais le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, où résident sa mère et ses deux sœurs. En effet, il n'a plus d'attache dans son pays, ayant rompu les liens avec son père et alors que sa sœur aînée, avec laquelle il vivait avant de venir en France, s'est établie en Allemagne. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément démontrant son isolement au Ghana, alors qu'il est constant qu'il est célibataire sans charge de famille et est entré récemment en France, à l'âge de 27 ans. S'il ressort notamment des circonstances de son hospitalisation fin 2019 que M. A souffre de graves troubles psychiatriques qui le rendent vulnérable et ont nécessité l'intervention de sa famille, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il ne serait pas actuellement en mesure de faire face à un retour dans son pays et d'y effectuer les démarches lui permettant de se soigner. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit, en raison de ce qui précède, être écarté.

9. En deuxième lieu, M. A soutient que la mesure d'éloignement contestée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'interruption de son traitement et de son suivi psychiatrique entraînerait pour lui des conséquences exceptionnellement graves et qu'il ne peut accéder à ces soins au Ghana. Ce moyen doit toutefois être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.

10. En troisième lieu, compte tenu de la situation de M. A telle que retracée sur le plan médical au point 5 et sur le plan familial au point 7, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ou des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle en prenant la mesure d'éloignement attaquée doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté. Faute de toute précision permettant d'en apprécier la portée, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de fait doit également être écarté.

12. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

13. M. A soutient qu'il est exposé à une situation inhumaine et dégradante au Ghana dès lors qu'il ne pourrait bénéficier dans ce pays du traitement que nécessite son état de santé. Toutefois, pour les raisons explicitées au point 5, le risque allégué n'est pas établi. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

Sur les autres conclusions :

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2021 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer, en tout état de cause, sur la fin de non recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

F. HÉRY

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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