jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200858 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LAFFOURCADE-MOKKADEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, M. A B, représenté par Me Laffourcade-Mokkadem, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus de lui autoriser l'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité ;
2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de l'admettre sur la liste des personnes admises à suivre cette formation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ; à supposer que la décision attaquée se fonde sur les mêmes motifs que la décision prise par la commission locale d'agrément et de contrôle, elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, pris en la personne de son directeur, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Laffourcade-Mokkadem, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 juin 2021, M. B a sollicité l'autorisation préalable nécessaire au suivi d'une formation aux métiers de la sécurité privée auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 7 août 2021, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier reçu le 4 octobre 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Par une décision du 15 décembre 2021, dont M. B demande l'annulation, la CNAC a rejeté ce recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 2° A transporter et à surveiller, jusqu'à leur livraison effective, des bijoux représentant une valeur d'au moins 100 000 euros, des fonds, sauf, pour les employés de La Poste ou des établissements de crédit habilités par leur employeur, lorsque leur montant est inférieur à 5 335 euros, ou des métaux précieux ainsi qu'à assurer le traitement des fonds transportés ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; / 4° A la demande et pour le compte d'un armateur, à protéger, contre des menaces d'actes définis aux articles 224-6 à 224-8 du code pénal ou d'actes de terrorisme définis au titre II du livre IV du même code, des navires battant pavillon français, en application de l'article L. 5441-1 du code des transports. "
3. Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Et selon l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20 ".
4. D'abord, il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
5. Ensuite, il en résulte également que, s'agissant de la nécessité d'emploi de salariés titulaires d'une carte professionnelle, les textes applicables ne distinguent pas selon que les salariés participent exclusivement ou non à l'activité de sécurité privée définie à l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure.
6. Enfin, il résulte des travaux parlementaires préparatoires à la loi pour la sécurité intérieure, à l'origine des dispositions de l'article L. 621-20 précité, que la " participation " d'une personne aux activités privées de sécurité doit être strictement interprétée comme une mission " de terrain ", par opposition à la précédente rédaction dont l'ambiguïté pouvait s'étendre à des activités sans lien avec la sécurité.
7. Il résulte des termes de la décision attaquée que le CNAPS a refusé de délivrer à M. B l'autorisation préalable d'accès à une formation d'agent privé de sécurité qu'il avait sollicitée, d'une part au motif qu'il avait continué d'exercer une activité privée de sécurité alors qu'il n'était plus titulaire d'une carte professionnelle en cours de validité, et d'autre part, en raison de ses deux mises en cause en qualité d'auteur de faits de vol dans un local d'habitation ou lieu d'entrepôt commis à Colomiers le 16 septembre 2016, pour lesquels il a fait l'objet d'un rappel à la loi, et en qualité d'auteur de faits de conduite de véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique commis à Labège le 7 avril 2015, pour lesquels il a été condamné à une amende de 250 euros et à une suspension du permis de conduire de deux mois.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du recours administratif préalable obligatoire que M. B a formé le 1er octobre 2021 contre la décision de refus d'autorisation préalable d'accès à une formation d'agent privé de sécurité prise par la CLAC du Sud-Ouest le 7 août 2021, que l'intéressé exerçait à cette date les fonctions de responsable d'exploitation pour l'entreprise " Privilège Sécurité ". De plus, il en ressort aussi, en particulier de la fiche de poste insérée dans la requête, qu'il exerçait, à la date de la décision attaquée, les mêmes fonctions pour l'entreprise " Byblos Human Security ". Enfin, il ressort de cette même fiche de poste que ces fonctions consistaient d'une part, dans les relations avec les clients de l'entreprise et, d'autre part, à encadrer ses agents privés de sécurité, et notamment à organiser leur formation, à les dynamiser (sic), les conseiller et les coacher, à faire circuler l'information entre sa hiérarchie et ces agents, à assurer leur discipline, à planifier leur travail et à assurer la permanence du service. Dans ces conditions, les fonctions exercées par M. B dans cette société, qui relèvent de l'encadrement, de la formation et des relations client, ne constituent pas une " participation " aux activités privées de sécurité dont cette société fournit des prestations, au sens et pour l'application des dispositions combinées des articles L. 612-20 et L. 611-1 du code de la sécurité intérieure. Dans ces conditions, il n'était pas tenu d'être titulaire d'une carte de sécurité professionnelle pour exercer de telles fonctions.
9. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. B a été mis en cause pour un vol commis cinq ans avant la décision attaquée, pour lequel il a fait l'objet d'un rappel à la loi, et pour une conduite en état d'ivresse, six ans et demi avant cette décision, pour laquelle il a été condamnée à une amende de 250 euros et à une suspension de son permis de conduire pendant deux mois, toutefois ces deux faits, qui ne sont pas contestés, sont anciens et d'une gravité relative.
10. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le CNAPS a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, autorise M. B à accéder à une formation d'agent privé de sécurité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette obligation d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le CNAPS a refusé de délivrer à M. B une autorisation préalable d'accès à une formation d'agent de sécurité privée est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de délivrer à M. B l'autorisation préalable d'accès à une formation d'agent de sécurité privée sollicitée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CNAPS versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026