jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200917 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ALLENE ONDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2022, Mme D, représentée par Me Allene Ondo, demande au tribunal :
1°) l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
L'ensemble de l'arrêté :
- est pris par un signataire incompétent ;
- est insuffisamment motivé en fait ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation aux regard des articles L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et 5 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
Les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Katz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante centrafricaine, est entrée en France le 27 août 2015 muni d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 24 août 2015 au 8 octobre 2015. Suite au rejet définitif de sa demande d'asile le 7 septembre 2017, le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire le 29 novembre 2018. Le 6 octobre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-11 (7°) et portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021. Ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les moyens dirigés contre l'ensemble de l'arrêté :
3. En premier lieu, par l'arrêté n°31-2020-12-15-001 du 15 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°31-2021-290, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département et notamment tous les actes, demandes et requêtes pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué contient l'ensemble des considérations de droit précises et circonstanciées et des faits précis et circonstanciés qui le fondent. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé, et il ne ressort pas de cette motivation que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et de sérieux de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. "
6. Mme D se prévaut de plus de cinq ans de résidence en France, ainsi que de la présence de sa mère, de trois sœurs et deux frères. Elle fait également valoir sa maitrise de la langue française et justifie d'une activité de bénévolat auprès de l'association Café Libre Grenouille et du CADA de Langeac. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante n'établit pas le caractère continu et habituel de sa présence en France. En outre, elle n'établit pas davantage que le centre de sa vie privée et familiale se situe en France dès lors que l'intéressée, qui est célibataire et sans charge de famille, a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, la Centrafrique, et qu'elle ne démontre aucune insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porter une atteinte excessive au respect de son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que le préfet a pu refuser à Mme D le titre de séjour demandé.
7. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 5 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent () pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : () 2°) d'un contrat de travail visé par le ministère du Travail de l'Etat d'accueil conformément à sa législation ". Ces stipulations se bornent à régir les conditions d'entrée, sur le territoire de l'un des deux Etats, de ceux des ressortissants de l'autre Etat qui souhaitent y exercer une activité salariée. L'article 10 de cette convention renvoie néanmoins à la législation nationale pour la délivrance et le renouvellement des titres de séjour. Ainsi, pour l'admission sur le territoire d'un ressortissant centrafricain désirant exercer une activité salariée, il est renvoyé à la législation interne.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". " Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente :1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. "
9. En l'espèce, si Mme D fait valoir une promesse d'embauche pour un poste d'aide à domicile établi le 1er février 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que celle-ci ne justifie ni d'un visa long séjour, ni d'un contrat de travail visé par les services compétents pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994. En outre, alors qu'elle ne produit aucune demande d'autorisation de travail au sens de l'article R. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante ne présente ni qualification ni expérience significative au regard de l'emploi envisagé, de nature à justifier une dérogation et à lui faire bénéficier d'une régularisation dans le cadre du pouvoir d'appréciation du préfet. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu l'article 5 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire :
10. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester l'obligation de quitter le territoire français.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.
Sur le moyen dirigé contre la décision portant fixation du pays de destination :
12. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la décision portant fixation du pays de destination.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme D, doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C D, à Me Allene Ondo et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
L'assesseure la plus ancienne
V. JORDA
Le président-rapporteur,
D. KATZ La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026