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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200953

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200953

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, M. A C, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil (CMA) ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui verser les sommes dues au titre de l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le paiement d'une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'OFII le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'il est en situation de grande vulnérabilité, et qu'il ne s'est pas soustrait à ses obligations dans l'exécution de la mesure de transfert dont il faisait l'objet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement du Parlement européen et du Conseil (UE) n° 604/2013 en date du

26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, né le 13 mai 1998, a déposé une demande d'asile, enregistrée le 15 juillet 2019 par le préfet de de la Haute-Garonne en procédure dite " Dublin ", et il a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge qui lui a été accordée par l'OFII au titre du dispositif national d'accueil. L'intéressé a fait l'objet de deux arrêtés préfectoraux, en date du 30 septembre 2019, de transfert vers l'Italie, responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 et d'assignation à résidence. La légalité de ces arrêtés a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse, le 7 octobre 2019. Par une ordonnance en date du 15 juillet 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a considéré qu'il n'y avait plus lieu à statuer sur le recours exercé par M. C à l'encontre du jugement du Tribunal administratif de Toulouse. Par une décision du 9 décembre 2019, l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait dès lors qu'il était considéré comme en fuite au motif qu'il ne respectait plus ses obligations de pointage dont était assortie son assignation à résidence. Après l'expiration du délai de transfert, M. C a présenté, le 10 août 2020, une nouvelle demande d'asile et, le 24 août 2020, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Le 9 septembre 2021, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de l'intéressé qui a formé un recours, le 3 novembre 2021, devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par une décision du 20 janvier 2022, le directeur territorial de l'OFII a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 5 juillet 2022. Par suite, les conclusions du requérant tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 1er octobre 2020, publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le même jour, le directeur général de l'OFII a donné à M. F D, directeur territorial de Toulouse, délégation à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les textes dont elle fait application, mentionne les éléments de fait en considération desquels le directeur de l'OFII a refusé de rétablir M. C dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle précise notamment que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que les motifs évoqués ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge. Elle précise également que ses besoins et sa situation personnelle et familiale ont été examinés. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 744-7 du code précité : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : [] / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / [] ". Aux termes de l'article 20.1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / [] b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; [] ".

6. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement des dispositions précitées, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 742-3 à 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date de notification à l'administration du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai. Son expiration a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C bénéficiait des conditions matérielles d'accueil depuis le 15 juillet 2019. Le préfet de la Haute-Garonne a informé l'intéressé de ce qu'il allait être transféré vers l'Italie. Les arrêtés du 30 septembre 2019 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a ordonné le transfert de M. C aux autorités italiennes et l'a assigné à résidence sont intervenus dans le délai d'exécution du transfert d'une durée de six mois. Ce délai a toutefois été interrompu par l'introduction, par M. C, du recours qu'il a présenté contre cette décision. Un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification au préfet de la Haute-Garonne le 17 octobre 2019 du jugement rendu le 7 octobre 2019 par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Toulouse qui a rejeté sa demande. Il ressort également des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi par les services de la police, le 14 octobre 2019, que l'intéressé s'est soustrait à ses obligations de pointage dans le cadre de la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet. En conséquence, les services de la préfecture de la Haute-Garonne ont déclaré M. C en fuite, avec une date limite pour procéder à son transfert prorogée au 16 avril 2021. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cet arrêté de transfert aurait été exécuté à la suite du rejet de sa requête par le magistrat désigné, le requérant ne se prévaut d'aucun motif légitime justifiant qu'il se soit soustrait aux obligations fixées par les autorités chargées de l'asile. Par conséquent, le requérant placé en procédure dite " Dublin ", aurait dû exécuter son transfert vers le pays responsable de sa demande d'asile, l'Italie. Or, M. C s'est nécessairement soustrait à son obligation envers les autorités chargées de l'asile, notamment celle d'exécuter son transfert vers le pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, c'est à bon droit qu'il a été regardé comme n'ayant pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités pour permettre l'exécution de son transfert. Si M. C se prévaut d'une situation de vulnérabilité dès lors qu'il est sans hébergement et sans ressources financières, en l'absence de pièces complémentaires versées au dossier, le requérant n'établit pas davantage la réalité de la situation de vulnérabilité dont il se prévaut, alors qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Enfin, le requérant ne démontre pas qu'il n'aurait pas pu bénéficier des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en Italie s'il avait respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de leur acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, alors que M. C ne peut soutenir que le rejet de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil méconnaîtrait les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le président-rapporteur,

T. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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