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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200992

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200992

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEIGNALET MAUHOURAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2022, et des mémoires enregistrés les 15 mars et 13 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Seignalet Mauhourat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de renouvellement de son titre de séjour est entaché d'une erreur d'appréciation quant au sérieux et à la réalité de ses études et à la cohérence de son projet de formation ;

- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision fixant le pays de renvoi est illégale par suite de l'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité gabonaise, est entré en France le 12 septembre 2020 muni d'un visa long séjour " étudiant " valable jusqu'au 19 août 2021. Il a sollicité le 26 octobre 2021 le renouvellement de ce titre de séjour. Par arrêté du 9 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de ces décisions et la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / () ".

3. Le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé, pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B sur l'absence de progression dans ses études et des absences injustifiées aux examens. Il est vrai que M. B a échoué à ses examens de première année de licence de sociologie. Mais ce seul échec, alors que le requérant s'est réorienté immédiatement vers un cursus technique et commercial correspondant mieux à ses aspirations, ne suffit pas à établir l'absence de sérieux et d'assiduité dans ses études. Contrairement à ce que soutient le préfet, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réorientation de l'intéressé est sans lien avec un projet professionnel. Le motif sur lequel s'est fondé le préfet de la Haute-Garonne est ainsi entaché d'une erreur d'appréciation.

4. Toutefois, le préfet de la Haute-Garonne, qui fait valoir en défense que M. B suit un enseignement à distance en 2021-2022 qui ne lui ouvre pas droit à un titre de séjour, doit être regardé comme demandant une substitution de motif. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préparation du BTS Management Commercial Opération auprès du Centre national d'enseignement à distance (CNED) qui est dispensée en ligne, nécessite la présence du requérant en France, dès lors qu'il n'apparaît pas que les stages que prévoit ce cursus ne puissent être accomplis au Gabon. M. B ne peut dès lors être regardé comme suivant des études en France. Par suite, la substitution de motif doit être accueillie, dès lors qu'elle ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale et qu'elle a pu faire l'objet d'un débat dans le cadre de l'instance.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. B fait valoir qu'il a noué des relations en France, qu'il y a fixé son projet de formation et que des membres de sa famille y résident, notamment sa jeune sœur dont il se dit très proche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé séjourne en France depuis un an et demi à la date de la décision contestée, qu'il est célibataire sans enfant et n'est pas isolé dans son pays où réside sa mère et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. De plus, ainsi qu'il a été dit, il n'établit pas qu'il ne pourrait poursuivre au Gabon la formation en ligne organisée par le Centre national d'enseignement à distance à laquelle il est inscrit. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise doit être écarté.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire serait illégale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté, compte tenu de ce qui précède.

8. Enfin, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire n'est retenu par le présent jugement. Il en résulte que le moyen tiré, à l'appui de la contestation de la décision fixant le pays de renvoi, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

Sur les autres conclusions :

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 février 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M.Bi est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.CdBi et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme A, magistrate honoraire,

Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

F. HÉRY

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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