jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TRANIER-LAGARRIGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 février, 4 et 6 juillet 2022, M. E, représenté par Me Tranier-Lagarrigue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'Éducation nationale a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de révocation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'Éducation nationale de le réintégrer en qualité de professeur certifié et de rétablir sa carrière et ses droits dans les 30 jours suivant la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la réunion de la commission de discipline qui l'a précédée, en l'absence de la délégation de pouvoirs du président de cette commission, de la conformité des convocations adressées à ses membres, du respect de la parité, du quorum requis et de la désignation régulière des représentants du personnel et de l'administration à la date de sa réunion ;
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une erreur de droit car elle a été prononcée en méconnaissance du congé de longue maladie dont il bénéficiait ;
- elle est entachée d'une erreur de fait car la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 juin, 5 et 7 juillet 2022, le ministre de l'Éducation nationale conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 84-914 du 10 octobre 1984 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,
- et les observations de Me Tranier-Lagarrigue, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, professeur certifié depuis le 1er septembre 2013, a été affecté au lycée Jean Baylet de Valence d'Agen (Tarn-et-Garonne) comme professeur certifié d'économie et gestion commerciale à compter du 1er septembre 2015 ; il a également effectué entre 2017 et 2019 des vacations à l'institut universitaire de technologie (IUT) Paul Sabatier de Toulouse. Le 16 septembre 2019, le directeur de l'IUT Paul Sabatier a adressé au recteur de l'académie de Toulouse un rapport sur le comportement qu'aurait eu M. E à l'égard d'un de ses élèves, M. D., alors âgé de 22 ans. Le 27 avril 2020, deux professeurs du lycée Jean Baylet ont signalé à leur proviseure plusieurs témoignages d'élèves relatifs au comportement inapproprié qu'il aurait eu à leur égard, notamment celui de M. A, alors âgé de 18 ans. Le 12 mai 2020, la proviseure du lycée lui a interdit l'accès aux locaux de l'établissement en application de l'article R. 421-12 du code de l'éducation. Par un courrier du 10 septembre 2020, M. E a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Par une décision du 9 janvier 2022, dont M. E demande l'annulation, le ministre de l'Éducation nationale a prononcé à son encontre la sanction de la révocation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; () ".
3. D'autre part, il résulte du décret du 2 octobre 2019 portant nomination du directeur général des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse et du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation que M. F, signataire de l'acte attaqué, a été nommé directeur général des ressources humaines de ces ministères.
4. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, premièrement, aux termes de l'article 12 du décret du 10 octobre 1984 relatif aux commissions administratives paritaires de certains personnels enseignants relevant du ministre de l'éducation nationale : " () les commissions administratives paritaires académiques et les formations paritaires mixtes académiques sont présidées par le recteur de chaque académie qui, en cas d'empêchement, est remplacé par le secrétaire général de l'académie ou un représentant de l'administration chargé des fonctions d'adjoint du secrétaire général d'académie. () ". Or il est constant que M. Couedic, président de la commission administrative paritaire du 7 juillet 2021, était bien à cette date secrétaire général adjoint de l'académie de Toulouse. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ce dernier n'aurait pas bénéficié d'une délégation de pouvoir aux fins de présider cette commission.
6. Deuxièmement, il ne ressort pas des pièces du dossier que les convocations adressées aux membres de la commission administrative paritaire ne seraient pas conformes aux dispositions réglementaires en vigueur.
7. Troisièmement, si une commission administrative paritaire ne peut valablement délibérer, en formation restreinte ou en assemblée plénière, qu'à la condition qu'aient été régulièrement convoqués, en nombre égal, les représentants de l'administration et les représentants du personnel, membres de la commission, habilités à siéger dans chacune de ces formations, et eux seuls, et que le quorum ait été atteint, et si la règle de la parité s'impose ainsi pour la composition des commissions administratives paritaires, en revanche il ne résulte d'aucune disposition légale que la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants du personnel et de représentants de l'administration conditionnerait la régularité de la consultation d'une commission administrative paritaire.
8. Quatrièmement, il ne ressort pas des pièces du dossier, dès lors notamment que le procès-verbal de la commission administrative paritaire note que son président a vérifié le quorum aussitôt après avoir ouvert la séance, que le quorum requis n'aurait pas été atteint.
9. Cinquièmement, il ressort des pièces du dossier que les membres de la commission administrative paritaire ont été nommés soit par l'arrêté du 9 juillet 2021 versé au dossier, en ce qui concerne les représentants du personnel, soit par l'arrêté du 29 juin 2021 versé au dossier, en ce qui concerne les représentants de l'administration. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les membres de cette commission auraient été désignés de manière irrégulière.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure manque en droit et en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
11. En premier lieu, la procédure disciplinaire et la procédure de mise en congé de maladie d'un fonctionnaire sont distinctes et indépendantes, de sorte que l'inaptitude temporaire et médicalement constatée d'un fonctionnaire à l'exercice de ses fonctions ne fait pas obstacle à l'exercice de l'action disciplinaire. Aucune disposition légale ou règlementaire n'oblige l'administration, dans un tel cas, à différer la date de prise d'effet de la sanction disciplinaire jusqu'à l'issue du congé de maladie de son agent, ou jusqu'à ce que ce que la condition d'aptitude physique soit de nouveau remplie.
12. Dès lors, M. E ne saurait se prévaloir de la circonstance que, par un arrêté du 19 janvier 2022, pris après un avis du comité médical départemental de la Haute-Garonne du 5 janvier 2022, au demeurant postérieur à la décision attaquée, le recteur de l'académie de Toulouse a prolongé son congé de longue maladie jusqu'au 3 septembre 2022. Par ailleurs, la circonstance que, par un courrier du 3 février 2022, postérieur à la décision attaquée, le recteur de l'académie de Toulouse l'a informé que sa révocation serait effective à l'issue de son congé de longue maladie, c'est-à-dire à compter du 4 septembre 2022, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, d'abord, M. E conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés en soutenant avoir été victime d'une usurpation d'identité et en contestant l'authenticité des échanges de sms versés au dossier. Toutefois, premièrement il est constant que M. D et M. A étudiaient, au moment où ils auraient chacun échangé des sms avec M. E, respectivement à l'IUT Paul Sabatier de Toulouse (Haute-Garonne) et au lycée Jean Baylet de Valence d'Agen (Tarn-et-Garonne), c'est-à-dire deux établissements situés dans des départements distincts. Deuxièmement, il ressort des pièces du dossier que ces étudiants n'avaient jamais eu de conflits avec M. E, à l'exception d'un différend léger avec la petite amie de l'un et d'une remarque sans portée particulière au sujet d'un signe religieux porté par l'autre. Troisièmement, il est constant que les sms échangés présentent de nombreuses similitudes de fond et de forme ainsi que, sur certaines captures d'écran, le numéro de téléphone du requérant. Quatrièmement, il est constant que M. E n'a jamais porté plainte pour une usurpation d'identité ni pour un usage de faux. Cinquièmement, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les échanges de sms, qui ont respectivement fait l'objet de rapports du directeur de l'IUT Paul Sabatier, d'une enseignante, de la conseillère principale d'éducation et de la proviseure du lycée Jean Baylet, tous versés au dossier, seraient des faux. Ensuite, si la commission administrative paritaire du 7 juillet 2021 s'est exprimé en faveur de l'absence de sanction à 18 voix contre 17, au demeurant après que 17 de ses membres s'étaient exprimés en faveur de la sanction de révocation proposée, il est constant que ni l'autorité compétente ni le juge administratif ne sont liés par cet avis, par lequel la commission n'a au surplus pas pris explicitement position sur la matérialité des faits reprochés à M. E. Enfin, ce dernier ne saurait se prévaloir des témoignages d'étudiants, parents et enseignants qui mentionnent essentiellement ses qualités professionnelles et sont, en tout état de cause, sans incidence sur l'établissement de la matérialité des faits qui lui sont reprochés, dont l'extrême gravité n'est au demeurant pas contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait manque en fait et doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'Éducation nationale aurait entaché d'illégalité la décision attaquée.
Sur les conclusions accessoires :
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse.
Une copie sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
S. D
Le président,
T. SORINLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026