lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201028 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SABATTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 février 2022, le 6 février, et les 22 et 27 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Thalamas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le centre hospitalier de Toulouse a refusé de faire droit à sa demande de protection fonctionnelle, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 21 octobre 2022 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Toulouse a refusé de lui accorder le bénéfice de protection fonctionnelle ;
3°) d'ordonner au centre hospitalier universitaire de Toulouse de verser au débats l'enregistrement et le procès-verbal de la séance du CHSCT du 7 décembre 2021, ainsi que tous les entretiens portant sur le comportement que le docteur E a adopté à son égard ;
4°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision expresse a été signée par une autorité incompétente ;
- les décisions implicites sont dépourvues de motivation ; le centre hospitalier n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles 6 et 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2022 et le 26 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B le paiement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan, rapporteure,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteur public,
- et les observations de Me Thalamas, représentant Mme B, et de Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse en qualité d'aide-soignante titulaire. Depuis le 4 mai 2015, elle est affectée au sein du service de médecine vasculaire, au pôle cardio-vasculaire et métabolique (CVM). Par un courrier du 22 juin 2021, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison de faits répétés de " violence verbale et psychologique " qu'elle aurait subis dans le cadre de l'exercice de ses fonctions. En l'absence de réponse à cette demande, Mme B a formé un recours gracieux le 21 octobre 2021, implicitement rejeté par le centre hospitalier universitaire de Toulouse. Par une décision du 21 octobre 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse a explicitement rejeté sa demande de protection fonctionnelle. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas les motifs de sa décision implicite.
3. Il résulte de ce qui vient d'être rappelé au point 2, d'une part, que la décision du
21 octobre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de Toulouse s'est prononcé expressément sur la demande de Mme B tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle s'est substituée aux décisions implicites de rejet de sa demande nées alors même que la demande de communication des motifs formée par la requérante le 22 octobre 2021 et notifiée le 25 octobre suivant n'a pas été suivie d'effets, et, d'autre part, que, cette décision dûment motivée s'est substituée aux décisions implicites initialement intervenues, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut qu'être écarté.
Sur la demande de production de pièces :
4. Aux termes de l'article R. 611-10 du code de justice administrative : " Sous l'autorité du président de la chambre à laquelle il appartient et avec le concours du greffier de cette chambre, le rapporteur fixe, eu égard aux circonstances de l'affaire, le délai accordé aux parties pour produire leurs mémoires. Il peut demander aux parties, pour être jointes à la procédure contradictoire, toutes pièces ou tous documents utiles à la solution du litige. () ".
5. La requérante demande que le centre hospitalier soit invité à produire l'enregistrement et le procès-verbal de la séance du CHSCT du 7 décembre 2021, ainsi que tous les entretiens portant sur le comportement que le docteur E a adopté à son égard et dont elle se prévaut. Toutefois, il appartient au seul juge, en vertu du caractère inquisitorial de la procédure, de demander, dans le cadre de ses pouvoirs propres d'instruction, la communication d'éléments dont il estime la production utile pour statuer en connaissance de cause. Au regard des pièces du dossier, les mesures et pièces demandées par les parties apparaissent inutiles.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, il ressort de l'article 2 de la décision du 2 février 2022, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-074, portant délégation de fonctions et de signature consentie par le directeur du centre hospitalier universitaire de Toulouse à Mme D C, directrice adjointe au sein du pôle ressources humaines et soins, que cette dernière était bien compétente en matière de gestion des ressources humaines, à l'exception de courriers et d'actes énumérées à l'article 1er, dont la décision contestée ne fait pas partie. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et ne peut par suite, qu'être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire () ". Aux termes de l'article L. 134-5 de ce code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Aux termes de l'article L. 133-2 de ce code : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
8. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Par ailleurs, si la protection fonctionnelle n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
9. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose l'ouverture d'une enquête administrative en vue d'établir si les faits de harcèlement moral dénoncés par un agent, et dont celui-ci n'apporte pas la preuve, sont établis. Ainsi, Mme B ne peut utilement se prévaloir des circonstances dans lesquelles l'enquête administrative diligentée par le CHU a été réalisée.
10. En deuxième lieu, Mme B fait valoir que le 9 juin 2021, l'un des praticiens hospitaliers du service a remis en cause ses compétences d'une manière particulièrement violente et dévalorisante, devant ses collègues et des patients, ce qui a provoqué chez elle une décompensation psychique reconnue comme un accident imputable au service par une décision du 9 décembre 2021 du centre hospitalier, après qu'une expertise a été réalisée par un expert psychiatre, le 29 septembre 2021. Elle soutient également qu'elle a été victime d'insultes et d'une menace de la part de ce même praticien, le 1er avril 2021 et un mercredi alors qu'il était d'astreinte, pour lesquelles elle a saisi le défenseur des droits. Toutefois, alors qu'elle précise que les évènements qu'elle relate se sont déroulés devant plusieurs témoins, elle ne produit aucun témoignage permettant de les corroborer, la seule attestation d'un délégué syndical, au demeurant peu circonstanciée, ne permettant pas d'établir la réalité des griefs qu'elle invoque. Les deux certificats médicaux établis par son médecin généraliste et l'attestation de sa psychologue, qui ne font que reprendre ses propos, ne permettent pas davantage d'établir la réalité des agressions qu'elle dénonce. Enfin, l'enquête interne diligentée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse, réalisée par la cellule " prévention des harcèlements et discriminations ", si elle fait état des difficultés organisationnelles au sein du service de médecine vasculaire, liées à un flux de patients irrégulier, source de stress pour l'ensemble de l'équipe et pouvant se traduire par des emportements, écarte expressément l'existence d'un harcèlement moral à l'encontre de Mme B.
11. Par suite, et alors qu'il n'est pas établi que les propos tenus par un praticien hospitalier le 9 juin 2021, pour violents et inappropriés qu'ils aient été, auraient été réitérés ou suivis d'autres propos ou comportements vexatoires ou discriminants de la part du même auteur, ils ne suffisent pas à faire présumer l'existence de la situation de harcèlement moral dont se prévaut Mme B. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées du code général de la fonction publique et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
12. En troisième lieu, alors que, comme il vient d'être dit, les évènements qui se sont déroulés le 9 juin 2021 ont été reconnus imputables au service, les arrêts de travail de l'intéressée ont été pris en charge au titre de la législation relative aux accidents de service, celle-ci a été orientée vers la médecine du travail et la psychologue du travail, et un changement d'affectation a également été envisagé. La direction des ressources humaines a par ailleurs diligenté, comme il a été dit, une enquête administrative au cours de laquelle la cellule prévention des harcèlements et discriminations a été mobilisée. Enfin, le praticien hospitalier en cause a été reçu par le chef du service, la directrice du pôle et la direction des affaires médicales afin d'évoquer sa conduite professionnelle et le centre hospitalier universitaire a mis en place un accompagnement managérial spécifique à son profit, associant un coaching personnalisé et son inclusion dans un dispositif de formation portant sur la qualité relationnelle. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le CHU aurait méconnu son obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et morale.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 octobre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de Toulouse a rejeté la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseiller,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La rapporteure,
C. PEAN
La présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef :
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026