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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201041

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201041

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2022, M. E B, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait car elle ne mentionne pas la naissance de sa fille ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait car sa date d'entrée en France est contestée à tort ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit car le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est fondé sur l'absence de détention d'un visa de long séjour alors que cette condition est étrangère à l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'éloignant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. B et enregistré le 23 mai 2022 n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur ;

- et les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant azebaïdjanais né le 25 septembre 1997, est entré en France selon ses déclarations le 31 mai 2018, accompagné de sa concubine Mme D, également ressortissante azerbaïdjanaise. Ayant sollicité le bénéfice de l'asile, il a été débouté par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 juin 2021. M. B a, le 16 août 2021, sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 2 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande, obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les faits justifiant le refus de séjour sur le fondement de cette disposition. Il comporte donc les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et, dès lors, est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la situation particulière du requérant avant de lui refuser le séjour. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D, concubine du requérant, a accouché d'une fille le 1er février 2022, M. B est dès lors fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui indique qu'aucun enfant n'est né de cette relation, repose sur un fait matériellement inexact. Toutefois et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les autres motifs fondant le refus de titre de séjour, qui étaient par ailleurs de nature à fonder cette décision. De même, la circonstance que l'arrêté attaqué relève des doutes quant à la date d'entrée en France du requérant est sans incidence sur sa légalité dès lors que le préfet de la Haute-Garonne, qui indique la date d'entrée en France alléguée par le requérant, a par ailleurs retracé les éléments de son parcours et examiné l'ensemble de sa situation.

5. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. D'une part, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne n'a opposé l'absence de détention d'un visa de long séjour par M. B qu'au titre de l'examen de la possibilité de lui délivrer de plein droit un titre de séjour portant la mention " salarié " en vertu des articles L. 421-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non pour l'application des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

7. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. B, qui dispose de la qualification de pelleteur-bancheur, a travaillé plusieurs mois en France en vertu d'un contrat à durée indéterminée conclu le 5 octobre 2020 et voit ses compétences reconnues par plusieurs de ses collègues, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la qualification de son emploi, au degré de son insertion professionnelle et à son expérience, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour adoptée à l'encontre de M. B n'est pas entachée des illégalités que le requérant allègue. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. B se prévaut, d'une part, de la présence en France de sa concubine, Mme D, de la stabilité de leur vie privée et familiale en France depuis mai 2018 et de la naissance de leur enfant ainsi que, d'autre part, de ses perspectives d'insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier que le requérant a vécu dans son pays d'origine la majeure partie de sa vie, de même que Mme D, qui a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le même jour que le requérant, et qu'aucune circonstance n'impose le maintien sur le territoire français du couple et de son enfant. Par ailleurs, si M. B est titulaire d'un contrat de travail de pelleteur-bancheur et a travaillé pendant quelques mois, il ressort des pièces du dossier que l'insertion socioprofessionnelle du couple en France est demeurée limitée. Il en résulte que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté, par la décision attaquée, une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 février 2022 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme réclamée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Haute-Garonne.

- Copie en sera adressée à Me Amari de Beaufort.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Le Fiblec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

M. C La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2201041

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