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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201064

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201064

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantWORMSTALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 février 2022 et le 6 août 2023, Mme D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saïx a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'évènement survenu le 8 avril 2021 et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 30 août 2021 au 30 octobre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au CCAS de Saïx de la rétablir dans ses droits à plein traitement sur toutes les périodes de congé de maladie en lien direct avec l'accident survenu le 8 avril 2021 et de lui rembourser les frais inhérents aux soins nécessités par les conséquences de cet accident ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Saïx la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été informée de la prolongation des délais de réponse au-delà du délai d'un mois prévu à l'article 37-5 du décret du 30 juillet 1987 ; il s'est écoulé plus de 4 mois entre la date de l'accident et la réunion de la commission départementale de réforme sans qu'elle ait été placée en congé d'invalidité temporaire imputable au service (CITIS) provisoire ;

- le CCAS ne peut se fonder sur la consultation effectuée le 5 juillet 2021 chez un médecin psychiatre pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'incident, dès lors que ce médecin ne se prononce pas sur cette imputabilité, mais sur la gravité de sa pathologie ;

- M. A, maire de la commune dans laquelle elle réside et où son époux est conseiller municipal, a siégé au sein de la commission de réforme, ce qui entache de partialité l'avis rendu par cet organe ; la procédure qui s'est déroulée devant la commission de réforme porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée ;

- le rapport du médecin agréé ne répond pas à la question de l'imputabilité au service de l'évènement survenu le 8 avril 2021 ; la commission de réforme ne comportait pas de médecin spécialiste de sa pathologie, ce qui l'a privée d'une garantie ; les deux dossiers examinés lors de cette séance n'ont donné lieu qu'à un seul vote des membres de la commission ;

- l'arrêté attaqué repose uniquement sur l'avis de la commission de réforme qui n'est lui-même justifié par aucun motif ;

- l'accident survenu le 8 avril 2021, résultant de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, est en lien direct et exclusif avec le service, nonobstant la circonstance que l'incident n'a pas eu lieu pendant le temps et sur le lieu du service ; aucune circonstance ne peut détacher l'accident du service ; aucune faute ne peut lui être reprochée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 juillet 2022 et le 24 août 2023, le CCAS de Saïx, représenté par Me Delbes, conclut au rejet de la requête, au rejet de l'intervention volontaire du syndicat SUD CT 31 et à ce que soit mis à la charge de Mme B le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'intervention du syndicat SUD CT 31 est irrecevable faute pour ce dernier de justifier d'un intérêt pour agir ;

- le syndicat ne peut saisir le tribunal de conclusions tendant à condamner le CCAS à réparer l'intégralité du préjudice que Mme B a eu à subir du fait de son comportement à son égard, qui excèdent celles formées par la requérante ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une intervention, enregistrée le 3 août 2023, le syndicat SUD CT 31 demande au tribunal de faire droit aux conclusions de la requête de Mme B et de condamner le CCAS de Saïx à réparer l'intégralité du préjudice que Mme B a eu à subir du fait de son comportement à son égard.

Il soutient que son intervention est recevable et reprend les mêmes moyens que ceux exposés par Mme B.

Par une ordonnance du 29 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rousseau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- les observations de Mme B,

- les observations de Mme C, représentant le syndicat SUD CT 31,

- et les observations de Me Delbes, représentant le CCAS de Saïx.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Saïx en octobre 2011 pour exercer des fonctions d'infirmière de soins généraux de classe supérieure dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) La Pastellière. Par un courrier daté du 2 avril 2021, reçu par Mme B le 8 avril 2021, elle a été informée par son employeur de l'engagement à son encontre d'une procédure disciplinaire. Le 20 mai 2021, Mme B a déclaré un accident de service survenu le 8 avril 2021, date à laquelle elle a eu connaissance des poursuites disciplinaires engagées à son encontre. La commission de réforme a émis le 13 septembre 2021 un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet incident. Par un arrêté du 24 septembre 2021, le président du CCAS de Saïx a refusé de reconnaître son imputabilité au service et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 30 août 2021 au 30 octobre 2021. Par un courrier du 23 novembre 2021, Mme B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur l'intervention volontaire du syndicat SUD CT 31 :

2. Eu égard à l'objet de la requête de Mme B, le syndicat SUD CT 31 a intérêt à agir dans la présente instance. Par suite, il y a lieu d'admettre son intervention au soutien de Mme B.

3. En revanche, les conclusions tendant à la condamnation du CCAS de Saïx, qui constituent des conclusions propres, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les décisions portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident sont au nombre des décisions qui, refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, doivent être motivées.

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué ne comporte lui-même aucun motif. Il se borne à viser l'expertise du médecin agréé en date du 5 juillet 2021 et l'avis de la commission de réforme du 13 septembre 2021, sans en préciser le sens et la teneur, ni s'en approprier le contenu. Ainsi, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ces documents auraient été joints à l'arrêté attaqué, ce dernier ne satisfait pas à l'obligation de motivation en fait prévue par les dispositions précitées et est, dès lors, entaché d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du président du CCAS de Saïx du 24 septembre 2021 doit être annulé, ainsi que la décision implicite portant rejet du recours gracieux formé par Mme B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, le présent jugement implique seulement que le président du CCAS de Saïx réexamine la demande d'imputabilité au service de l'incident du 8 avril 2021. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au président du CCAS de Saïx de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le CCAS de Saïx au titre des frais exposés par lui.

9. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par Mme B, qui n'est pas représentée par un conseil et ne justifie pas des frais exposés pour la présente requête.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention volontaire du syndicat SUD CT 31 est admise.

Article 2 : L'arrêté du président du CCAS de Saïx du 24 septembre 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par Mme B sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au CCAS de Saïx de réexaminer la demande de Mme B de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'incident du 8 avril 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le CCAS de Saïx au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Les conclusions présentées par le syndicat SUD CT 31 aux fins de condamnation du CCAS de Saïx à réparer les préjudices subis par Mme B sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au syndicat SUD CT 31 et au centre communal d'action sociale de Saïx.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2201064

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