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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201132

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201132

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantANTONIOLLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 février 2022 et le 1er décembre 2023, M. A B, représenté par Me Cayssials, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le maire de Mancioux a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison d'habitation et un garage sur un terrain sis rue de la Source au lieu-dit Lasbordes à Mancioux (Haute-Garonne), ensemble la décision du 30 décembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Mancioux de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la partie succombante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire, intéressé au projet, était incompétent pour prendre l'arrêté au regard des dispositions de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il se fonde sur un avis défavorable du préfet de la Haute-Garonne lui-même illégal ; cet avis méconnaît les dispositions des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme ; le terrain d'assiette du projet appartient à un ensemble groupé d'une dizaine de constructions formant le hameau " Las Bordes ", qui est situé à 1 km du centre bourg et à 100 mètres du hameau " Coumasses et Esquerpe ", comprenant une douzaine de constructions ; il est situé à moins de dix mètres d'une maison d'habitation et est desservi par les réseaux ; il n'aura pas pour effet d'étendre l'urbanisation de ce hameau ; en outre, le projet, qui est situé dans le périmètre d'une ancienne bergerie, et qui a été pensé dans le respect des traditions architecturales locales, entre dans le champ de l'exception prévue au 1° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ; en opposant à sa demande l'état de ruine de cette ancienne bergerie, le préfet a ajouté une condition et a commis une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire de Mancioux s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard de l'avis du préfet ;

- les demandes de substitution de motif de la commune ne peuvent être accueillies.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mai 2022 et le 2 février 2024, la commune de Mancioux, représentée par Me Antoniolli, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle était en situation de compétence liée pour rejeter la demande de M. B en raison de l'avis défavorable émis par le préfet de la Haute-Garonne sur le projet ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;

- la décision attaquée est également justifiée par l'insuffisance du dossier de permis de construire au regard des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme, et par la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 9 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rousseau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- et les observations de Me Antoniolli, représentant la commune de Mancioux.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 29 juillet 2021 une demande de permis de construire une maison d'habitation et un garage sur un terrain sis rue de la Source, au lieu-dit " Lasbordes " à Mancioux (Haute-Garonne). Le préfet de la Haute-Garonne, saisi en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, a émis un avis défavorable au projet le 13 septembre 2021. Par un arrêté du 7 octobre 2021, le maire de Mancioux a refusé de délivrer à M. B le permis de construire sollicité. Par courrier du 24 novembre 2021, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du 30 décembre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 et la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

3. Ces dispositions imposent au maire de consulter le préfet du département en vue de recueillir son avis conforme sur le projet, le maire se trouvant dès lors en situation de compétence liée pour se conformer à cet avis et pour refuser l'autorisation sollicitée en cas d'avis défavorable du préfet. Toutefois, le pétitionnaire est recevable à exciper de l'illégalité de cet avis conforme du préfet à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de délivrer l'autorisation d'urbanisme en litige.

4. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". L'article L. 111-4 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; / () ".

5. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il s'ensuit que les constructions ne peuvent être autorisées en dehors de ces parties, sauf dans le cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme. A cet égard, le 1° de l'article L. 111-4 prévoit deux exceptions que sont, d'une part, l'adaptation, le changement de destination, la réfection et l'extension des constructions existantes et, d'autre part, la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole et dans le respect des traditions architecturales locales. Au titre de la seconde exception, peut être autorisée la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation, à la double condition qu'ils soient implantés à l'intérieur d'un périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole et qu'ils respectent les traditions architecturales locales. Le bénéfice de cette exception n'est pas réservé aux cas dans lesquels le périmètre constitué par les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole est clos, mais peut aussi valoir pour les cas où les bâtiments nouveaux sont implantés dans un espace entouré de bâtiments agricoles suffisamment rapprochés pour pouvoir être regardés comme délimitant, même sans clôture ou fermeture, un périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et vues aériennes produits par les parties, que le terrain d'assiette du projet, non bâti et d'une superficie de 5765 m2, se situe à environ 1 km du bourg de la commune, en bordure d'un hameau dont il est séparé par une voie communale. Il est par ailleurs entouré, au nord-ouest, à l'ouest et au sud par de vastes étendues naturelles et partiellement boisées. Si M. B fait valoir que son terrain est desservi par les réseaux, cette circonstance ne suffit pas à le faire regarder comme étant compris dans les parties urbanisées de la commune de Mancioux au sens des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître ces dispositions que le préfet de la Haute-Garonne a considéré que le projet, qui porte sur la construction d'une maison d'habitation de 151 m² et d'un garage de 81 m² sur cette parcelle, était situé en dehors des parties urbanisées de la commune.

7. D'autre part, M. B fait valoir que le projet entre dans le champ de l'exception à la règle de constructibilité limitée prévue au 1° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme dès lors qu'il est implanté dans le périmètre d'une ancienne bergerie. Cependant, la seule présence d'un mur à l'état de ruine situé sur la parcelle de M. B ne permet pas de caractériser l'existence d'une ancienne exploitation agricole au sens de ces dispositions. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées en considérant que le projet n'était pas au nombre des exceptions énumérées à l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme.

8. Il résulte de ce qui précède que l'avis défavorable du préfet de la Haute-Garonne du 13 septembre 2021 n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le maire de la commune de Mancioux se trouvait en situation de compétence liée et était tenu de refuser le permis de construire sollicité. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté de refus de permis de construire litigieux est entaché d'incompétence doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les demandes de substitution de motif sollicitées par la commune de Mancioux, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du maire de Mancioux en date du 7 octobre 2021 et de la décision du 30 décembre 2021 de rejet du recours gracieux formé par M. B, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mancioux et du préfet de la Haute-Garonne, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Mancioux.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Mancioux la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Mancioux.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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