jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er mars 2022 et le 28 mars 2023, M. F I, Mme K I, Mme C I, M. H I, M. B I, M. G I, Mme E I et Mme D I, représentés par Me Nunès, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 1er mars 2021 par laquelle le Premier ministre a rejeté leur demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'État à leur verser, à chacun, la somme de 100 000 euros en raison des préjudices qu'ils estiment avoir subis en conséquence de leur abandon sur le sol algérien puis de leur internement dans le camp de Bias de 1968 à 1984, assortie des intérêts moratoires à compter du 1er janvier 2021 et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de mettre la charge de l'Etat le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- durant leur captivité en Algérie, de 1962 à 1968, puis durant leur internement au camp de Bias, de 1968 à 1984, ils ont été élevés par leurs parents sans ressources, ont été spoliés et fragilisés dans la réalité de leurs droits fondamentaux ;
- ils ignoraient la créance née des atteintes à leurs droits et libertés ;
- la somme de 100 000 euros constitue le minimum de la réparation effective du drame qu'ils sont en droit d'attendre ;
- la juridiction administrative est compétente pour connaître de la demande de réparation des préjudices en lien avec l'abandon des harkis par la France lors de l'indépendance de l'Algérie ;
- le dispositif de réparation forfaitaire prévu par la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 est lacunaire et dérisoire, et il méconnaît les articles 3, 5 et 6 §1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 1er du 1er protocole additionnel de cette convention.
Par un mémoire, enregistré le 24 mars 2023, le ministre des Armées conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre très subsidiaire, à la prescription des créances relatives aux préjudices allégués.
Il fait valoir que :
- il appartient aux requérants de déposer une demande d'indemnisation auprès de l'ONAC sur le fondement de la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions tendant à la réparation de préjudices en lien avec l'abandon des harkis par la France lors de l'indépendance de l'Algérie ;
- les créances invoquées par les requérants sont prescrites en application de l'article 1er de la loi du 30 décembre 1968 ;
- les requérants ne produisent aucune pièce permettant de vérifier l'exactitude de la durée alléguée d'hébergement au camp de Bias.
Un mémoire en intervention de l'association " Comité harkis et vérité " a été enregistré le 26 mars 2023 et n'a pas été communiqué.
Par un courrier en date du 24 février 2023, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que les dispositions de la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 font obstacle à ce que la responsabilité de l'État au titre des conditions d'accueil et de vie réservées sur le territoire français aux anciens supplétifs de l'armée française en Algérie et à leurs familles puisse être examinée sur le fondement des règles de droit commun de la responsabilité de la puissance publique.
Par un courrier en date du 3 mars 2023, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que la justice administrative est incompétente pour connaître de conclusions tendant à la réparation de préjudices subis sur le territoire algérien postérieurement à l'indépendance de l'Algérie intervenue en 1962.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi du 29 janvier 1831 ;
- la loi n° 45-0195 du 31 décembre 1945 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;
- le décret n° 2022-393 du 18 mars 2022 ;
- le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Farges, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 30 décembre 2020, Mme C I, veuve de M. J I, ancien combattant harki, et ses enfants H, K, B, G, E, F et D I ont formé une demande indemnitaire préalable auprès du Premier ministre en demandant l'indemnisation des préjudices subis notamment à raison de leur internement au camp de Bias, de 1968 au milieu des années 1980, à raison de la somme de 100 000 euros chacun. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de la décision implicite de refus née le 1er mars 2021 ainsi que l'indemnisation des préjudices allégués.
Sur les préjudices liés à la captivité des requérants en Algérie de 1962 à 1968 :
2. Si les requérants recherchent la responsabilité de l'Etat au titre de leur captivité en Algérie, de 1962 à 1968, toutefois, les préjudices invoqués, au demeurant non établis, ne sont pas détachables de la conduite des relations entre la France et l'Algérie et ne sauraient par suite engager la responsabilité de l'État sur le fondement de la faute. A ce titre, si le 1er alinéa de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français prévoit que : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés ", cette disposition n'a ni pour objet ni pour effet d'engager la responsabilité de l'Etat au titre de préjudices subis sur le territoire algérien postérieurement à l'indépendance de l'Algérie intervenue en 1962. Ces conclusions doivent ainsi être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les préjudices liés à l'internement au camp de Bias entre 1968 et 1975 :
3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 susmentionnée : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés / Elle reconnaît sa responsabilité du fait de l'indignité des conditions d'accueil et de vie sur son territoire, à la suite des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie, des personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu'à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été source d'exclusion, de souffrances et de traumatismes durables ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixé par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ". L'article 4 de la même loi institue auprès du Premier ministre, pour les besoins de la mise en œuvre de ce dispositif d'indemnisation, une commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles, qui bénéficient de l'assistance de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Les modalités, notamment financières, de ce mécanisme de réparation, sont en particulier précisées aux articles 8 et suivants du décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles.
4. Il résulte des dispositions qui viennent d'être mentionnées, ainsi en outre que des travaux préparatoires de la loi du 23 février 2022 susvisée, que le législateur a entendu définir un mécanisme de réparation qui vise à assurer de façon complète l'indemnisation des préjudices subis par les harkis et les membres de leur famille en raison des conditions de leur accueil entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée en annexe du décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 susvisé. Le montant qui est susceptible d'être alloué dans ce cadre est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour, y compris notamment le préjudice scolaire. Ce dispositif vise ainsi à indemniser de façon forfaitaire et complète l'ensemble des préjudices en cause, en se substituant à la voie d'une action indemnitaire de droit commun, qui est au demeurant susceptible de se heurter à l'obstacle de la prescription quadriennale soulevée en défense par le ministre des armées, cette prescription étant en revanche écartée dans le dispositif législatif spécifique. En outre, si les requérants allèguent que le dispositif indemnitaire prévu par cette loi méconnaîtrait les articles 3, 5 et 6 §1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 1er du 1er protocole additionnel de cette convention dès lors que la réparation proposée serait déséquilibrée au regard des préjudices allégués, toutefois il résulte des termes mêmes de l'article 3 de cette loi qu'elle ne fixe pas le barème des réparations, prévu par décret.
5. En l'espèce, il en résulte que, s'il est loisible aux requérants, à supposer qu'ils établissent la réalité ainsi que la durée de leur séjour dans le camp de Bias, de former une demande d'indemnisation en raison des préjudices subis, dans le cadre de ce dispositif législatif et en bénéficiant des conditions plus favorables qu'il définit, ils ne peuvent en revanche obtenir, dans le cadre d'une action indemnitaire de droit commun, une indemnisation distincte de celle ainsi définie de façon complète et spéciale par la loi. Leurs conclusions indemnitaires relatives aux préjudices allégués, qui se fondent sur le seul droit commun de la responsabilité de la puissance publique, au demeurant prescrites en application des dispositions des lois susvisées du 31 décembre 1945 portant fixation du budget général pour l'exercice 1946 et du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics, sont, dès lors, irrecevables, compte tenu de l'application exclusive et immédiate du régime spécial plus favorable ainsi défini par le législateur.
Sur les préjudices liés à l'internement au camp de Bias entre 1976 et 1984 :
6. D'une part, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. " Et aux termes de l'article 9 de cette loi : " Les dispositions de la présente loi sont applicables aux créances nées antérieurement à la date de son entrée en vigueur et non encore atteintes de déchéance à cette même date. "
7. D'autre part, il résulte de l'article 3 de la loi du 23 février 2022 précitée que seuls relèvent du régime spécial d'indemnisation qu'elle crée les préjudices subis durant la période courant du 20 mars 1962 au 31 décembre 1975, cette dernière date correspondant, ainsi qu'il ressort des travaux parlementaires, à la fermeture administrative de la dernière structure d'accueil des harkis et de leurs familles sur le territoire national. Par suite, les préjudices éventuellement subis par les personnes qui se seraient maintenues sur ces sites après cette date ne relèvent pas de ce régime spécial. Il appartient dès lors aux requérants, selon les règles de droit commun d'engagement de la responsabilité de l'État, d'établir, outre l'existence d'une faute imputable à l'administration, la réalité d'un préjudice indemnisable.
8. En l'espèce, le point de départ de la prescription le plus tardif qui puisse être accueilli correspond à la date de l'accès à la majorité de la plus jeune des requérantes, Mme D I, née le 16 février 1977, soit le 16 février 1995. Par conséquent, les créances des requérants au titre des préjudices allégués pour la période comprise entre 1976 et 1984 sont prescrites, en toute hypothèse.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées, sans préjudice de la possibilité pour les requérants de solliciter, s'ils s'y croient fondés, le bénéfice des dispositions précitées de la loi du 23 février 2022 susvisée.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la famille I la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions recherchant la responsabilité de l'État en raison de la captivité des requérants en Algérie de 1962 à 1968 sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la famille I est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F I, Mme K I, Mme C I, M. H I, M. B I, M. G I, Mme E I et Mme D I et au ministre des armées.
Copie en sera adressée à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
Le rapporteur,
S. A
Le président,
T. SORINLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026