mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201220 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CORMARY & BROCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, M. B C, représenté par Me Broca, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'un an, ainsi que la décision du 21 septembre 2021 rejetant son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de ses conditions de résidence et des critères d'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision de refus de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- la décision portant interdiction de retour n'est fondée sur aucun élément objectif.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mars 2022, le 30 novembre 2022 et le 9 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne doit être regardé comme concluant dans le dernier état de ses écritures au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français sont devenues sans objet, dès lors que M. C a exécuté cette décision ;
- les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sont devenues sans objet, dès lors qu'il a été procédé au relèvement de cette décision ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 3 février 1960, est entré en France en dernier lieu le 1er avril 2018 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises en Algérie et valable du 31 mars 2018 au 24 avril 2018. En raison de son état de santé, il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour délivrée le 28 octobre 2018 et renouvelée jusqu'au 6 janvier 2020. M. C a fait l'objet le 6 janvier 2020 d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Toulouse le 31 décembre 2020. Il a sollicité le 22 février 2021 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ou en qualité de salarié. Par sa requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an, ainsi que l'annulation de la décision du 21 septembre 2021 du ministre de l'intérieur rejetant son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et prononcer une interdiction de retour à son encontre. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.
4. En deuxième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. M. C se prévaut de sa présence depuis trois ans en France du fait de ses difficultés de santé, de ses séjours antérieurs sur le territoire français en 1992, de 1997 à 2007 puis en 2009, de sa séparation avec son épouse, celle-ci ayant la garde de ses enfants, de ce que sa demande d'indemnisation auprès de la mutualité sociale agricole des suites d'un accident de travail et sa demande de retraite seraient en cours d'instruction, de la nationalité française de ses frères et de sa nièce, du décès de son fils, ainsi que de ses perspectives d'insertion professionnelle, du fait d'une promesse d'embauche en qualité d'agent d'entretien. Toutefois, les circonstances ainsi invoquées ne sont pas de nature à établir qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ou en qualité de travailleur salarié, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en dernier lieu le 1er avril 2018, à l'âge de 58 ans. Il a fait l'objet le 6 janvier 2020 d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, à laquelle il n'a pas déféré. S'il se prévaut de la présence en France de plusieurs membres de sa famille, notamment de ses frères de nationalité française, et de l'intensité des liens développés avec ces derniers, il n'établit pas être isolé en Algérie où vivent ses enfants. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris les décisions attaquées de refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision obligeant M. C à quitter le territoire français doit être écarté. De même, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour seraient entachées d'un défaut de base légale doit être écarté.
9. En cinquième et dernier lieu, termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Pour prononcer l'interdiction de retour attaquée, le préfet de la Haute-Garonne a notamment considéré que M. C est entré en France en avril 2018, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en janvier 2020 à laquelle il n'a pas déféré, qu'il n'établissait pas l'ancienneté de liens personnels et familiaux en France où il n'avait bénéficié que d'un droit au maintien temporaire en raison de son état de santé et enfin qu'il ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Compte-tenu de l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les exceptions de non-lieu opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 21 septembre 2021 doivent également être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Les conclusions à fin d'annulation de M. C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
13. Les conclusions de M. C tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Broca et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026