mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201238 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MOLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2022 et un mémoire enregistré le 27 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Moly, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, ensemble le rejet explicite de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation dans les deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors que son entrée en France doit être regardée comme régulière en raison des circonstances qui l'ont conduit à demander l'asile ;
- la décision contestée est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L.423-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi :
- la mesure d'éloignement contestée est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les menaces graves dont il fait l'objet en Algérie, toujours actuelles, s'opposent à son retour dans ce pays.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Moly représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 2 janvier 1985, est entré en France selon ses déclarations le 15 novembre 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 13 mars 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 septembre 2018. M. A a sollicité le 18 janvier 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par arrêté du 11 février 2022, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté ainsi que du rejet explicite, par décision du 24 février 2022, de son recours gracieux.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Tarn aurait omis de procéder à un examen réel et complet de la situation de M. A.
3. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la décision contestée méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française./ Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien conjoint d'un ressortissant français est soumise à la condition d'une entrée régulière sur le territoire français.
5. D'autre part, aux termes de l'article L.431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de régulariser les conditions de l'entrée en France, sauf s'il s'agit d'un étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2018 et que l'intéressé n'a obtenu ni la reconnaissance du statut de réfugié ni le bénéfice de la protection subsidiaire. La délivrance d'une attestation de demande d'asile n'ayant pas pour effet de régulariser l'entrée de M. A, le préfet du Tarn a pu, sans erreur de droit, lui opposer le défaut d'entrée régulière sur le territoire français pour refuser de lui délivrer un certificat algérien en qualité de conjoint de français.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (.). Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui réside depuis 6 ans en France, s'est marié le 18 décembre 2021 avec une ressortissante française avec laquelle il vivait depuis août 2018, soit trois ans et demi à la date de la décision contestée et que contrairement à ce que mentionne le préfet dans la décision contestée, M. A, qui a divorcé d'une précédente union en Algérie, a bien établi le centre de ses intérêts familiaux en France, en y fondant une nouvelle famille. Toutefois, d'une part, le couple n'a pas d'enfant, la fille de son épouse, qui témoigne de son attachement à M. A, est majeure, et M. A n'exerce pas d'activité professionnelle ; d'autre part, M. A dispose de la possibilité de régulariser sa situation en sollicitant du consulat de France en Algérie un visa en tant que conjoint de français, lequel ne peut lui être refusé que pour des motifs de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. Dans ces conditions, et eu égard au caractère provisoire de la séparation des époux, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A. Le moyen tiré de la violation de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
9. En cinquième lieu, M. A fait valoir qu'il s'est inséré dans la société française, qu'il dispose d'une promesse d'embauche et pratique les arts martiaux à un haut niveau. Il ressort également des pièces produites que son père, qui réside et travaille en France depuis 1971, a combattu dans les rangs de l'armée française. Toutefois, il ne résulte pas de ces seuls éléments que le préfet du Tarn aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. A.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposé au point 8, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. M. A fait valoir qu'il craint pour sa sécurité et sa vie s'il retourne en Algérie, où il est menacé par des partisans de la mouvance islamiste pour avoir refusé de les former aux arts martiaux. Toutefois, l'attestation de ses parents et le dépôt de plainte effectué auprès des autorités algériennes datent de 2018 et il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que les risques encourus par M. A seraient toujours actuels. Au surplus, sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 28 septembre 2018. Dans ces conditions, la réalité et l'actualité des risques invoqués par M. A ne peuvent être regardées comme établies. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 février 2022 et de la décision explicite de rejet du recours gracieux formé par M. A doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme C, magistrate honoraire,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
La rapporteure,
C. C
Le président
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026