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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201240

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201240

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTESTUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, M. E C représenté par Me Testut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, né le 10 octobre 1972, de nationalité bulgare, est entré en France, selon ses déclarations, en 2001 ou 2002. Deux obligations de quitter le territoire ont été prises à son encontre les 14 février 2012 et 28 mars 2017. Interpellé par la police le 7 février 2022, il fait l'objet d'un arrêté préfectoral pris le jour même portant obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois et fixant le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté en litige est signé de Mme A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature pour prendre les décisions relatives à la police des étrangers, en vertu de l'arrêté du 20 septembre 2021 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n°31-2021-35. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

4. Il ressort du procès-verbal d'audition du 7 février 2022 que M. C a été informé qu'il était en situation irrégulière, qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et qu'il pouvait présenter ses observations orales. M. C a notamment indiqué lors de cette audition qu'il est père de trois enfants mineurs, qu'il travaille en France, souffre de problèmes de santé et ne souhaite pas repartir dans son pays. Le droit de M. C à être entendu avant l'édiction de la mesure d'éloignement n'a donc pas été méconnu, en sorte que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant. Si l'arrêté contesté ne précise pas que M. C est marié et a à sa charge trois enfants mineurs, il vise le procès-verbal des services de police du 7 février 2022 comportant ces informations et examine la condition de ressources posée par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la fois pour le requérant et pour sa famille.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. M. C soutient que l'intégralité de sa famille est sur le territoire français où il réside depuis vingt ans, et qu'il n'a plus d'attaches en Bulgarie. Toutefois, M. C, s'il déclare être marié depuis le 7 janvier 2019 avec Mme D, n'établit ni même n'allègue que son épouse résiderait en France. S'il soutient vivre avec ses trois enfants mineurs, nées en Bulgarie en 2014, 2016 et 2017, les certificats de scolarité produits n'établissent une présence en France de ces enfants que pour l'année scolaire 2021-2022. Alors que le séjour de ces fillettes en France est très récent à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles ne pourraient poursuivre leur scolarité en Bulgarie aux côtés de leurs parents. Enfin, la seule présence en France de son frère, qui serait en situation régulière, et dont les liens avec le requérant ne sont pas précisés, ne suffit pas à considérer que le centre des intérêts familiaux de M. C s'est fixé en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. C fait valoir qu'il travaille en mission d'intérim, qu'il vit en France depuis de nombreuses années et qu'il souffre de diabète insulino-dépendant ainsi que d'une pathologie cardiaque. Il est vrai que M. C est présent sur le territoire français depuis au moins dix ans. Toutefois, il ne justifie pas de l'ancienneté de son activité professionnelle en France, les pièces produites portant sur des missions d'intérim postérieures à la décision contestée. Alors que sa durée de séjour est particulièrement longue, il ressort de son audition par la police qu'il ne maîtrise toujours pas le français. Enfin, s'il a été reconnu handicapé et si les pathologies dont il souffre nécessitent, selon le certificat médical du 7 mars 2022, un traitement permanent, il n'est ni soutenu ni établi qu'il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge appropriée en Bulgarie. Dans ces conditions, et eu égard à la situation familiale du requérant rappelée au point 7 du présent jugement, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de celui-ci.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et complet de la situation personnelle et familiale du requérant.

10. En deuxième lieu, alors que le préfet a accordé un délai d'un mois à M. C pour exécuter la mesure d'éloignement, le requérant ne fait valoir aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai supplémentaire lui soit accordé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. En dernier lieu, la mesure portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Aucun des moyens invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire n'étant retenu par le présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 février 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Haute-Garonne et à MeTestut.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

La rapporteure,

C. B

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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