jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201252 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | FRANCOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2022 et un mémoire enregistré le 12 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Francos, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Tarn, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
en ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas sollicité les autorités ivoiriennes pour effectuer les vérifications de son état civil, ne l'a pas informé de l'engagement de ces vérifications et a édicté la décision attaquée moins de trois mois après cette saisine en méconnaissance des dispositions du décret du 24 décembre 2015 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors que le préfet ne pouvait écarter les documents d'état civil produits par lui sans méconnaître les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 47 du code civil, l'article 509 du code de procédure civile et l'article 1er du décret du 24 janvier 2015 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas pris en compte l'avis de la structure d'accueil ou son insertion professionnelle, ni examiné la nature des liens qu'il entretient avec son pays d'origine, et ainsi, n'a pas procédé à un examen global de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est arrivé en France à l'âge de seize ans, qu'il a été confié à l'ASE entre l'âge de seize et dix-huit ans, qu'il ne présente pas une menace à l'ordre public et qu'il justifie du caractère réel et sérieux de sa formation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Toulouse du 23 mars 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2015-1710 du 24 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant ivoirien, déclare être né le 20 février 2003 à Abobo (Côte d'Ivoire) et être entré irrégulièrement en France en novembre 2019. Le 3 décembre 2019, il a fait l'objet d'un placement provisoire auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du Tarn, lequel a été maintenu par un jugement en assistance éducative du 17 décembre 2019. Le 19 juillet 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 février 2022, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications ".
4. Il résulte de ces dispositions que les actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays bénéficient d'une présomption de validité. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Pour établir son état-civil et, partant, son état de minorité à la date de sa prise en charge par l'ASE du Tarn, M. C produit un jugement supplétif d'acte de naissance rendu le 5 octobre 2018 par le tribunal de première instance d'Abidjan Plateau et un extrait d'acte de naissance établi le 17 avril 2020. Pour contester la valeur probante de ces documents, le préfet du Tarn s'est fondé sur le rapport de la police aux frontières du 12 novembre 2021 selon lequel le jugement supplétif aurait dû être transcrit sur les registres de l'année en cours et a été rendu sur le témoignage de la mère du requérant, laquelle était réputée décédée le 29 mai 2017 aux termes de l'acte de décès figurant au dossier. Toutefois, la circonstance que l'acte de naissance figure au registre des actes d'état civil de l'année 2020, en méconnaissance de l'article 85 du code civil ivoirien qui prévoit une transcription des jugements supplétifs sur le registre de l'année en cours, n'est pas de nature à établir le caractère erroné ou falsifié des informations qu'il comporte. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes du jugement supplétif ni des autres pièces du dossier que la personne ayant témoigné sous le nom D était identifiée par le tribunal ivoirien comme la mère du requérant. Dans ces conditions, les éléments sur lesquels s'est fondé le préfet du Tarn sont insuffisants pour renverser la présomption de validité des actes d'état-civil présentés par le requérant, et, partant, la présomption d'exactitude des mentions qui y figurent. Le refus de titre de séjour opposé à M. C au motif qu'il ne justifie pas de son placement à l'ASE avant l'âge de dix-huit ans est ainsi entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de fait.
6. En second lieu, d'une part, si le préfet du Tarn soutient en défense que M. C ne présente pas un parcours de formation assidu et ne démontre pas avoir rompu tout lien avec la famille restée au pays, la décision contestée est fondée sur le seul motif tiré de l'absence de justification par le requérant de son état-civil. D'autre part et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. C est un apprenti sérieux, motivé, apprécié tant par la communauté éducative dont plusieurs membres ont apporté leur témoignage, que par son employeur qui envisage de l'embaucher à l'issue de sa formation. Par ailleurs, le rapport de la structure d'accueil établi le 25 février 2022 est positif. Enfin, alors que les deux parents de l'intéressé sont décédés, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait conservé des liens significatifs dans son pays d'origine.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. C doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête. L'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi doivent par voie de conséquence être également annulées.
Sur les autres conclusions :
8. Les motifs d'annulation retenus n'impliquent pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. C dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que celui-ci remplisse actuellement les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils impliquent en revanche que le préfet du Tarn réexamine la situation du requérant. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en munissant dans l'attente M. C d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
9. M. C a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Francos sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 février 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Francos une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Francos et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carthé Mazères présidente,
Mme B, magistrate honoraire,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
C. B
La présidente,
I. CARTHE MAZERESLe greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026