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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201314

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201314

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantALLENE ONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022, M. D E A, représenté par Me Allene Ondo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " entrepreneur/profession libérale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- le centre de ses intérêts est situé en France ;

- les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles emportent sur sa situation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2021.

Par ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin suivant.

Un mémoire du préfet de la Haute-Garonne a été enregistré le 13 octobre 2022, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, déclare être entré en France en août 1998 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour. Le 8 décembre 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de sa durée de présence sur le territoire national et de ses perspectives d'insertion professionnelle. Par un arrêté du 18 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire national pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 21 décembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. D'une part, M. A soutient résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté. Toutefois, les éléments présentés à l'appui de sa requête n'établissent pas cette présence habituelle en France dès lors qu'au titre de l'année 2012, il ne verse que son avis d'impôt sur le revenu ne mentionnant aucun revenu et un courrier lui ayant été adressé le 14 décembre 2012 et que pour la période allant de décembre 2014 à mai 2016, il ne produit qu'un extrait de sa déclaration de revenu au titre de 2015 qui ne mentionne, à nouveau, aucun revenu et un courrier daté du 10 mars 2015 au titre de son activité professionnelle exercée l'année précédente. Ainsi, M. A ne justifiant pas avoir résidé habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu, en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir l'avis de la commission du titre de séjour avant de statuer sur la demande dont il était saisi.

5. D'autre part, M. A soutient que sa situation répond à des considérations humanitaires ou à des circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de la durée de son séjour et de son activité professionnelle, à savoir la création d'une entreprise de recyclage et de valorisation de coquillages dont il est l'un des associés. Néanmoins, M. A n'apporte aucun élément quant aux revenus qu'une telle activité est de nature à lui procurer, et s'il se prévaut, notamment lors de l'audience publique, de nombreuses récompenses et de contrats conclus ou à conclure, notamment avec des personnes publiques, ces éléments ne ressortent pas des pièces du dossier. Par ailleurs, il ne justifie d'aucun lien personnel sur le territoire national et a fait l'objet de trois mesures d'éloignement, la dernière en date étant du 21 novembre 2017, qu'il n'a pas exécutées. Dans ces conditions, en estimant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de A ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, la durée du séjour ne constituant pas de tels motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a, en l'état des pièces du dossier, pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée, le requérant n'est pas fondé à invoquer cette illégalité, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, le requérant n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans et s'il soutient avoir l'ensemble de ses intérêts privés sur le territoire national, il n'apporte aucun élément sur ce point et ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France.

8. En quatrième lieu, le moyen soulevé par M. A et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision fixant le pays de renvoi en raison de " sa situation personnelle et de l'incidence de son activité économique " est dépourvu des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

9. En cinquième et dernier lieu, pour édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Garonne a relevé que M. A avait fait l'objet de trois mesures d'éloignement respectivement en janvier 2004, août 2013 et novembre 2017, toutes non exécutées, et qu'en dépit de sa date d'entrée en France ancienne, il ne justifiait d'aucun lien ancien et stable en France. M. A n'apportant aucun élément susceptible de remettre en cause ces considérations de fait, le moyen tiré de la disproportion et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A, à Me Allene Ondo et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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