mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201402 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | KOSSEVA-VENZAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2022 et un mémoire enregistré le 12 octobre 2022, M. C A, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité avec droit au travail ou à tout le moins de réexaminer sa situation en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et, dans l'hypothèse où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
Sur les moyens communs :
- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont entachés d'un défaut de motivation en droit et en fait ;
- ces décisions ont été prises au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- l'avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu dans des conditions irrégulières, le préfet n'établissant pas que ce collège a été saisi d'un rapport médical confidentiel ni qu'il a délibéré de manière collégiale ;
S'agissant du refus de titre de séjour :
- cette décision méconnaît l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L.423-2 de ce code ; le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît l'article L.435-1 du même code ; le préfet a omis d'instruire sa demande sur ce fondement ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du d'asile ;
- elle méconnaît l'article L.425-9 de ce code et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- cette décision est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L.611-3 (9) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est contraire à l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 5 juillet 2022, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant guinéen né le 17 septembre 1995, est entré sur le territoire français le 31 décembre 2017 selon ses déclarations. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé, le 10 décembre 2020, de lui reconnaître le statut de réfugié, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 avril 2021. Le 6 novembre 2019, M. A a sollicité un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Par arrêté du 28 février 2020, le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner en France pendant un an. Le tribunal administratif de Toulouse a annulé cette dernière décision par jugement du 30 octobre 2020. L'assignation à résidence de M. A a également été annulée le 1er mars 2021 par un jugement de ce tribunal enjoignant en outre au préfet de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Dans ce cadre, M. A, qui s'est entretemps marié le 20 août 2020 à une ressortissante française, a sollicité son admission au séjour, que le préfet de la Haute-Garonne a examinée au titre des articles L.425-9 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 11 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de M. A, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté et la délivrance d'un titre de séjour.
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France à l'âge de 22 ans, il y a plus de quatre ans à la date de l'arrêté contesté, et s'est marié le 20 août 2020 avec une ressortissante française, dont il partageait la vie depuis décembre 2019, soit plus de deux ans à la date de l'arrêté contesté. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a tissé un lien étroit avec le fils adolescent de son épouse, qu'il maîtrise le français, qu'il exerce une activité bénévole au sein de deux associations et qu'il est apprécié par le voisinage et la famille de son épouse, comme en témoignent les nombreux témoignages élogieux versés au dossier. En outre, un entrepreneur est disposé à l'embaucher si sa situation est régularisée. Ainsi, M. A établit avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, les liens en Guinée avec sa fille mineure de 6 ans, qu'il a quittée alors qu'elle avait 11 mois, et avec sa mère, qu'il a quittée à l'âge de 9 ans, son père étant décédé, ne pouvant être considérés comme de même nature et intensité que ceux noués en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'en 2021, M. A a demandé aux autorités guinéennes la délivrance d'un passeport, demande restée depuis lors sans réponse, ce que le requérant attribue à son appartenance à l'ethnie Peul, liée à l'opposition au pouvoir en place et qui fait obstacle à la possibilité de régulariser sa situation en sollicitant un visa long séjour depuis la Guinée. Dans ces conditions, et alors que M. A ne peut plus désormais faire l'objet d'une mesure d'éloignement en vertu du 6° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il méconnaît dès lors l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit, par suite, être annulé dans toutes ses dispositions, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
4. L'annulation de l'arrêté contesté implique nécessairement, eu égard au motif retenu par le présent jugement, que le préfet délivre un titre de séjour à M. A portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en munissant dans l'attente l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 250 euros, à verser à Me Kosseva-Venzal en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 février 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir l'intéressé, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Kosseva-Venzal la somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Kosseva-Venzal.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme B, magistrate honoraire,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
La rapporteure,
C. B
Le président
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026