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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201476

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201476

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2022 et le 14 avril 2022, M. A B, représenté par le cabinet de Caumont, aux écritures de Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision 48 SI en date du 1er février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié, outre une perte de quatre points de son permis de conduire consécutivement à l'infraction au code de la route commise le 28 avril 2020 à 19h30 à Fargues-sur-Ourbise, l'ensemble des retraits de points successivement opérés à son encontre ainsi que la perte de la totalité des points affectés à son permis de conduire et corrélativement celle de la validité du permis de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite invalidé aux services préfectoraux de son département de résidence dans le délai de dix jours francs à compter de la réception de la décision 48 SI ;

2) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les

8 juin 2017, 21 juin 2017, 13 juillet 2017, 14 juillet 2017, 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 27 juillet 2018, 2 novembre 2018, 7 octobre 2019 et 28 avril 2020 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5) de rejeter la demande de l'État présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la formalité d'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été satisfaite lors du constat des infractions des 8 juin 2017, 21 juin 2017, 13 juillet 2017, 14 juillet 2017, 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 27 juillet 2018, 2 novembre 2018 et 7 octobre 2019 ayant entraîné les retraits de points conduisant à l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

- la charge de la preuve de l'information préalable qui doit être complète incombe à l'administration, ainsi notamment en matière d'infraction relevée par procès-verbal électronique ;

- lorsqu'une contravention soumise à la procédure de l'amende forfaitaire est relevée avec interception du véhicule et donne lieu au paiement immédiat de l'amende forfaitaire entre les mains de l'agent verbalisateur, il incombe à l'administration d'apporter la preuve par la production de la souche de la quittance dépourvue de réserve sur la délivrance de l'information que celle-ci est intervenue préalablement au paiement ;

- les mentions du relevé d'information intégral n'ont pas de valeur probante à défaut de production de la quittance exempte de réserve ou du procès-verbal de contravention dûment signé, étant rappelé que le relevé d'information intégral est un document extrait du système du fichier national des permis de conduire lui-même à l'origine des décisions de retrait de points contestées et qu'il déjà apparu que certains relevés d'information intégral comportaient des mentions erronées, notamment en matière de radar automatique ;

- s'agissant du retrait de points consécutif à l'infraction du 28 avril 2020, sa motivation est insuffisante et aucune indication ne permet de caractériser le caractère définitif du jugement du 7 mai 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut :

1) au rejet de la requête ;

2) à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par lettre du 14 février 2023 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI en tant qu'elle notifie à M. B le retrait de quatre fois un point à la suite des infractions commises les 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 2 novembre 2018 et 7 octobre 2019, dès lors que ces points lui ont été restitués.

Vu :

- le relevé d'information intégral de M. B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision 48 SI en date du 10 février 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B la perte de quatre points de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 28 avril 2020 à 19h30 à Fargues sur Ourbise, a récapitulé les pertes de points consécutives à des infractions commises les 8 juin 2017, 21 juin 2017, 13 juillet 2017, 14 juillet 2017, 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 27 juillet 2018, 2 novembre 2018 et 7 octobre 2019, a constaté l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé à la suite de ces retraits et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation de cette décision 48 SI ainsi que des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 8 juin 2017, 21 juin 2017, 13 juillet 2017, 14 juillet 2017, 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 27 juillet 2018, 2 novembre 2018, 7 octobre 2019 et 28 avril 2020.

Sur les conclusions en annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 2 novembre 2018 et 7 octobre 2019 :

2. Pour les infractions commises les 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 2 novembre 2018 et 7 octobre 2019 ayant entraîné chacune le retrait d'un point du permis de conduire de M. B, il ressort du relevé d'information intégral édité le 28 mars 2022, produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés à l'occasion de ces infractions lui ont été restitués respectivement le 5 mai 2018, le 18 septembre 2018, le 6 juin 2019 et le 11 mai 2020 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 9 septembre 2017, 4 janvier 2018, 2 novembre 2018 et 7 octobre 2019 et, ainsi, de la décision référencée 48 SI en tant qu'elle notifie à M. B la perte de ces points sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions en annulation de la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 28 avril 2020 :

3. Il résulte de la décision 48 SI attaquée que la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 28 avril 2020 comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, les mentions du relevé d'information intégral, document nominatif dont l'accès est librement et personnellement réservé au titulaire du titre de conduite, récapitulent la date, le lieu, la qualification de l'infraction, les mentions relatives au caractère définitif de l'infraction par le paiement de l'amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou le prononcé d'une condamnation définitive, comme en l'espèce, et le nombre de points retirés. Par suite, et alors même que la reprise de ces mentions dans la décision 48 SI serait incomplète ou insuffisamment précise, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de retrait de points attaquée doit être écarté et, dès lors, les conclusions en annulation de cette décision rejetées.

Sur le surplus des conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de force probante du relevé d'information intégral :

4. M. B se borne à soutenir par des considérations générales que le relevé d'information intégral qui le concerne est dénué de valeur probante, sans faire état d'aucun élément de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions figurant sur ce document. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

5. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affectés au permis de conduire est réduit de plein droit, lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire ou par une condamnation définitive ou par l'émission du titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu au retrait des points et en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, lorsque l'intéressé est avisé qu'une infraction passible d'un retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé de la perte des points qu'il est susceptible d'encourir, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

6. Pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, il est prescrit depuis l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, dont les dispositions pertinentes sont codifiées aux articles A. 37 à A. 37-4 du même code, que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

S'agissant des infractions commises les 8 juin 2017, 21 juin 2017, 13 juillet 2017 et 27 juillet 2018 :

7. Pour les infractions pour excès de vitesse commises les 8 juin 2017, 21 juin 2017, 13 juillet 2017 et 27 juillet 2018, constatées par radar automatique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral le concernant que M. B s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires correspondant à ces infractions. Ce dernier n'apporte aucun élément permettant de mettre en doute l'exactitude de ces mentions, lesquelles établissent qu'il a nécessairement reçu le document nécessaire au paiement sur lequel figurent automatiquement les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour le contrevenant de contester cette affirmation en produisant lui-même les avis de contravention qui lui ont été remis et qui sont restés en sa possession, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de la remise à l'intéressé de l'ensemble des informations prescrites par le code de la route pour ces infractions. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de quatre fois un point consécutives à ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 14 juillet 2017 :

8. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction ayant donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention qui, dans le cadre de cette procédure électronique, est adressé au domicile du contrevenant ou du titulaire du certificat d'immatriculation. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Pour ce qui concerne l'infraction commise le 14 juillet 2017, ayant entraîné le retrait de quatre points de son permis de conduire, constatée par procès-verbal électronique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral le concernant que M. B s'est acquitté du paiement différé de l'amende forfaitaire afférente à cette infraction. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de quatre points consécutive à cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doit être rejeté.

Sur les conclusions en injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution."

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer à M. B la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

15. Si le ministre de l'intérieur, qui n'a pas eu recours au ministère d'un avocat, demande qu'une somme soit mise au titre de cet article à la charge de M. B, eu égard au surcroît de travail imposé par le traitement de l'ensemble des litiges relatifs aux permis de conduire, il ne fait état d'aucun frais spécifiquement exposé par ses services pour assurer la défense de l'Etat. Ses conclusions présentées au titre des dispositions précitées ne sauraient, par suite, être accueillies.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La présidente,

Isabelle Carthé Mazères

Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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