mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201490 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, M. C E, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention "vie privée et familiale", sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation à compter de la notification dudit jugement en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
L'ensemble des décisions :
- sont entachées d'une incompétence de leur signataire ;
La décision portant refus d'admission au séjour :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;
- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît l'article 6 § 1 de l'accord franco-algérien ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;
- la décision méconnaît l'article 7 (b) de l'accord franco-algérien et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien ;
- est entachée d'une erreur manifeste des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale ;
- est disproportionnée.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 29 avril et 10 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Par une ordonnance en date du 13 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12 h 00.
Un mémoire, enregistré le 2 février 2023, a été présenté pour M. E et n'a pas été communiqué.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Sadek pour M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant algérien né le 5 juin 1974 à Mostaganem (Algérie), est entré en France une première fois le 6 janvier 2001 sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa de trente jours en qualité de " non professionnel ". A la suite du rejet de sa demande d'asile le 1er octobre 2001, il a fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière le 19 septembre 2002, exécuté d'office le 26 septembre 2002. Le 20 septembre 2007, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant reconduite à la frontière et, le 2 septembre 2009, il a sollicité son admission au séjour en France en faisant valoir son mariage avec une ressortissante française et a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 2 avril 2010. L'intéressé a fait l'objet d'un nouvel arrêté de reconduite à la frontière le 28 juin 2011 et a sollicité de nouveau son admission au séjour le 13 septembre 2018 en se prévalant de son ancienneté de séjour en France et a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 28 décembre 2018. Le 22 octobre 2021, M. E a sollicité son admission au séjour en France sur le fondement des articles 6 (1°), 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 24 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans, aux motifs qu'il n'établit pas la continuité de son séjour en France, que ses périodes d'incarcération ne peuvent être prises en compte dans le calcul de sa durée de résidence en France, qu'il ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française, qu'il ne détient pas de visa de long séjour requis pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié, qu'il est défavorablement connu des services judiciaires, que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, que la communauté de vie avec son épouse de nationalité française a cessé depuis leur mariage, qu'il est désormais célibataire, sans enfant, que ses liens en France ne sont pas anciens, intenses et stables, qu'il dispose d'attaches dans son pays d'origine, que dès lors il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour en Algérie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet a donné délégation à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions de refus de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, il résulte de la motivation, décrite au point 1, de la décision portant refus d'admission au séjour que celle-ci non seulement vise les stipulations des articles 6 (1°), 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, mais comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, ladite décision est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen suffisant de la situation de M. E.
5. En troisième lieu, aux termes du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".
6. M. E soutient qu'il justifie d'une présence ininterrompue sur le territoire français depuis 2007, soit depuis plus de dix années en France. Toutefois, par la production de ses nombreuses pièces, le requérant atteste seulement d'une présence ponctuelle en France. Il ressort notamment des pièces du dossier que l'intéressé n'apporte aucun élément permettant d'établir sa présence en France d'octobre 2008 à février 2009. S'agissant de l'année 2010, M. E ne se prévaut d'aucun document avant l'arrêté préfectoral dont il a fait l'objet le 2 avril 2010, qui en tout état de cause ne saurait établir une présence en France pour le premier trimestre de l'année 2010 dès lors qu'il a été édicté en réponse à une demande d'admission au séjour déposée le 2 septembre 2009. En outre, le requérant ne justifie pas de sa présence en France de septembre 2011 à avril 2012 par la seule production d'une facture EDF en date du 31 janvier 2012 adressée à son épouse et à lui-même. A partir du mois d'août 2012 et jusqu'au mois de janvier 2013, le requérant se prévaut de factures " Docteur A " attestant d'achats à Toulouse. Toutefois, ces attestations, rédigées par M. E lui-même, ne sauraient établir de façon probante sa présence sur le territoire français. En outre, les attestations GAF dont le requérant se prévaut attestent de son adhésion à une salle de sport pour les années 2013, 2014 et 2015, mais ne permettent pas non plus d'établir une présence stable et continue en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. E était incarcéré au centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses du 21 novembre 2018 au 20 novembre 2019. Cette période d'incarcération ne saurait être prise en compte dans le calcul des années de résidence en France de l'intéressé. Dans ces conditions, M. E ne justifie pas suffisamment de sa présence continue sur le territoire français depuis plus de dix ans et de ce qu'il remplirait les conditions de l'article 6 § 1 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. Si M. E se prévaut d'une présence en France depuis 2007, il ressort de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement qu'il ne peut se prévaloir d'une présence continue sur le territoire français. En outre, l'intéressé se prévaut d'une intégration sociale et professionnelle en France par la production d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée, des attestations d'associations établissant qu'il a suivi des cours de langue française et qu'il a été adhérent dans une salle de sport. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à démontrer que M. E aurait établi en France le centre de ses intérêts privés. Le requérant, séparé et sans charge de famille, ne se prévaut d'aucune attache particulière sur le territoire français et ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attaches en Algérie, où résident ses parents. Dans ces conditions et compte tenu des trois condamnations dont M. E a fait l'objet en France, ainsi que du caractère récent de la dernière condamnation par laquelle il a été condamné à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis, le préfet n'a pas méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En cinquième lieu, en considérant que le comportement de l'intéressé représentait une menace à l'ordre public dès lors qu'il a fait l'objet de trois condamnations en France, dont la dernière a donné lieu à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pour des faits de vol aggravé par trois circonstances et recel de bien provenant d'un vol avec violence, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7,7bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".
11. M. E ne justifie pas être entré en France muni du visa de long séjour exigé par les stipulations précitées. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit ni méconnu les stipulations précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié au motif qu'il était dépourvu de visa de long séjour.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
13. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles elles renvoient, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Ces conditions étant régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.
14. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
15. En l'espèce, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour au requérant dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Si M. E se prévaut d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée pour un emploi de carrossier, il n'établit en tout état de cause ni même n'allègue disposer d'une qualification particulière ou d'une expérience significative. Dans ces conditions, le requérant, qui ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
16. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions fixées par les articles visés par les dispositions du L. 432-12 du code précité. Il résulte des points précédents que M. E ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations dont il se prévaut. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour avant de lui opposer un refus de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Par voie de conséquence, et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français sont rappelées, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
18. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité du refus d'admission au séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
19. En second lieu, il résulte de la motivation, décrite au point 1, de la décision fixant le pays de renvoi, que celle-ci comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la présence du requérant sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, qu'il a déjà fait l'objet de nombreuses mesures d'éloignement entre 2002 et 2018 non exécutées, et que la nature et l'ancienneté de ses liens ne sont pas établies en France. Dans ces conditions, la décision susvisée est suffisamment motivée.
21. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
22. Il ressort des pièces du dossier que M. E a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Si le requérant se prévaut d'une intégration en France, il résulte de ce qui a été dit au point 8 qu'il ne peut se prévaloir d'une intégration particulière en France et qu'il ne bénéficie pas de liens d'une particulière ancienneté ou intensité sur le territoire français. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans n'apparaît pas disproportionnée.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 24 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil du requérant la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026